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Le Fonds monétaire international s’engage sur la voie que lui tracent ses instances supérieures rn ùettant en œuvre une stratégie à trois volets pour raviver la demande et accroître la productivité en élargissant les opportunités pour tous dans le contexte des mutations rapides de l’économie mondiale et en coopération avec nos partenaires internationaux pour éviter que la croissance ne sombre dans la «nouvelle médiocrité».

L’objectif prioritaire demeure de remédier à l’atonie de la demande dans beaucoup de pays. La politique monétaire ayant atteint ses limites, le Plan d’action mondial du printemps 2016 recommandait une stratégie se déclinant en trois dimensions.

 Malgré quelques signes de reprise et d’affermissement dans certains pays, la croissance mondiale reste décevante et ce sont principalement les pays émergents qui donnent l’impulsion. Cette faiblesse persistante fait ressortir dans beaucoup de pays des tendances complexes, notamment les difficultés d’adaptation aux changements rapides de la donne économique mondiale qu’éprouvent certains groupes de pays. Les décideurs devraient passer à l’action et utiliser avec discernement tous les leviers à leur disposition pour raviver la demande et faire croître la productivité et veiller à ce que les fruits de la technologie et de la mondialisation — qui ont permis des progrès sans précédent du bien-être à l’échelle mondiale — soient plus largement partagés.

Faiblesse persistante de la demande

 La demande est faible dans beaucoup de pays avancés, qui ne se rétablissement pas de la crise au même rythme, et les écarts de production restent négatifs. La croissance de la productivité ne s’est pas ravivée et, bien les causes ne soient pas pleinement identifiées, cela semble tenir à plusieurs facteurs qui entravent l’investissement, notamment le surendettement et les perspectives d’évolution médiocres et incertaines de la demande. La croissance économique des pays émergents s’est généralement améliorée à la faveur de l’activité robuste des pays émergents d’Asie et la situation des grands pays en difficulté montre quelques signes d’amélioration. Les vulnérabilités persistent toutefois, surtout dans le secteur des entreprises de quelques grands pays. Le bas niveau des cours des matières premières continue à peser sur la croissance de nombreux pays à faible revenu. Sur le court terme, les risques ont diminué dans le secteur financier. Les bilans des banques sont en général plus solides et les marchés financiers ont passé avec succès un test de résistance significatif — l’issue inattendue du référendum au Royaume-Uni sur la sortie de l’Union européenne — et se sont stabilisés depuis lors. Pour le moyen terme, cependant, les incertitudes sont encore élevées et les risques augmentent en raison des nouveaux défis qui se profilent.

 Les tendances lourdes qui se dessinaient avant même la crise sont devenues plus visibles dans cette conjoncture. Dans beaucoup de pays avancés et quelques pays émergents, la lente adaptation à l’évolution technologique et à la mondialisation a freiné l’augmentation des salaires des travailleurs moyennement ou peu qualifiés, tout en faisant croître les rendements du capital et les salaires des travailleurs très qualifiés. Le ralentissement de la croissance a affaibli les finances publiques, d’où le manque de ressources pour des mesures susceptibles de faciliter l’ajustement. Il est aussi devenu plus difficile de résoudre les problèmes démographiques déjà anciens dans un contexte croissance faible. Et le bas niveau des cours des matières premières a clairement démontré que beaucoup de pays émergents et en développement doivent entreprendre des ajustements difficiles et diversifier leur économie.

La mondialisation et les progrès technologiques ont été extrêmement bénéfiques pour l’économie mondiale, notamment en facilitant l’accès plus large des consommateurs aux biens et services et en extrayant de la pauvreté des millions de personnes dans les pays émergents et en développement. Avec le recul, il semble que les préoccupations de ceux qui en ont subi le contrecoup n’aient pas été suffisamment prises en compte, ce qui a fait naître des tensions sociales et des réactions politiques hostiles. Cela s’est ajouté à un climat politique qui encourage le repli sur soi, complique la mise en oeuvre des réformes et met en péril l’ensemble des gains de productivité bien réels résultant de la mondialisation et du progrès technologique.

Enjeux et priorités de l’action publique

L’objectif prioritaire demeure de remédier à l’atonie de la demande dans beaucoup de pays. La politique monétaire ayant atteint ses limites, le Plan d’action mondial du printemps 2016 recommandait une stratégie se déclinant en trois dimensions. Il faut en poursuivre l’application. Là où la demande fait encore défaut, les politiques budgétaire et monétaire peuvent soutenir la croissance à court terme tout en accentuant l’impact positif des réformes structurelles sur la croissance. Les taux directeurs étant au plus bas ou presque dans de nombreux pays, la politique budgétaire doit jouer un rôle particulièrement crucial — moyennant un surcroît d’investissements publics s’il existe une marge de manoeuvre budgétaire, une structuration des avantages fiscaux plus efficace et équitable et la résolution les problèmes du surendettement et du déséquilibre des bilans dans le secteur privé. Il faut que ces mesures se déploient de manière ferme et cohérente pour garantir la viabilité de la dette. Afin de prévenir tout risque d’atterrissage brutal, les pays émergents et en développement qui ont été durement éprouvés par la chute des cours des matières premières devront accélérer l’ajustement au moyen d’un vaste ensemble de mesures intrinsèquement cohérentes

Compte tenu des menaces qui pèsent sur la croissance à long terme, il importe d’accélérer la mise en oeuvre des réformes structurelles. Depuis le Plan d’action mondial du printemps dernier, le FMI a détaillé ses recommandations à ce sujet,et souligné qu’il est certes important de les mettre en oeuvre, mais qu’il faut aussi veiller à les hiérarchiser et les déployer en bon ordre. Les réformes structurelles qui donneront les meilleurs résultats dépendront de la vigueur de l’activité et des carences structurelles, ainsi que de la conjoncture macroéconomique de chaque pays (stade de développement, fonds disponibles pour financer les réformes et situation dans le cycle économique).

L’enjeu consiste à faire en sorte que l’innovation et les compétences continuent à être récompensées, tout en partageant plus largement les fruits du progrès technologique et de la mondialisation. Bien que ce ne soit pas chose aisée, il importe d’encourager et d’aider les travailleurs et les communautés pour atténuer l’impact des transformations en cours afin qu’ils puissent en tirer profit. Il est par exemple possible de venir en aide aux travailleurs qui perdent leurs emplois pour cause d’externalisation ou de délocalisation en assurant leur formation et le développement de leurs compétences. Plus généralement, il faudrait privilégier les mesures visant à promouvoir l’emploi des jeunes et des femmes ainsi que l’intégration des migrants pour donner à chacun la possibilité de tirer parti de débouchés plus vastes et du progrès rapide des technologies.

Les accords multilatéraux à large participation sont difficiles dans un monde de plus en plus multipolaire, mais ils peuvent être très utiles. Les stratégies exhaustives et coordonnées exploitent les synergies, de sorte que l’ensemble est supérieur à la somme de ses parties — l’effet des initiatives individuelles est amplifié grâce à leurs retombées positives au-delà des frontières. Le plan de relance mis au point par le G20 au lendemain la crise financière et les stratégies de croissance dont il est convenu au Sommet de Brisbane en 2014 en sont de bons exemples. Les décideurs doivent poursuivre leurs efforts en vue d’une plus grande intégration commerciale. Il reste aussi indispensable de coordonner plus efficacement les mesures visant à réduire les déséquilibres extérieurs et à en amortir les retombées, notamment en expliquant clairement les orientations retenues. Il importe que les décideurs mettent en oeuvre et achèvent le programme de réformes de la règlementation financière mondiale pour renforcer la solidité du secteur financier. Il leur faut aussi uniformiser les règles de la fiscalité internationale. Enfin, il est crucial de faire progresser la construction d’un système monétaire international plus solide, notamment en dotant le FMI de ressources adéquates.

Que peut faire le FMI pour aider ses pays membres

Les marges de manoeuvre dont disposent les pays membres sont variables. Il est donc nécessaire d’expliciter plus précisément la stratégie à trois volets exposée dans le Plan d’action mondial du printemps dernier. Le système d’évaluation des marges budgétaires sera donc finalisé et employé pour analyser la situation des finances publiques dans le cadre des consultations au titre de l’Article IV. Les services du FMI continueront aussi à développer et appliquer la procédure d’identification des réformes structurelles hautement prioritaires en fonction de la situation macroéconomique et des facteurs structurels propres à chaque pays. Ces objectifs prioritaires seront intégrés pas à pas dans les consultations au titre de l’Article IV. Une meilleure compréhension des synergies et des avantages et inconvénients de diverses options, par exemple du coût budgétaire à court terme et des bienfaits des réformes structurelles ou de l’impact des taux directeurs négatifs, peut aider les gouvernants à comprendre l’utilité et les limites des instruments de politique économique disponibles.

Il est nécessaire d’actualiser et d’amplifier de temps à autre le cadre stratégique qui guide l’action des pays membres pour qu’ils soient mieux à même de résister aux chocs. À cette fin, le FMI — en collaboration avec la Banque mondiale — va revoir le cadre d’évaluation de la viabilité de la dette des pays à faible revenu afin de pouvoir mieux évaluer les risques. Les résultats de l’approche institutionnelle de libéralisation et de gestion des flux de capitaux seront aussi passés en revue, y compris en ce qui concerne le régime des mouvements de capitaux adopté, de manière à remédier aux lacunes identifiées. Après avoir fait la synthèse des résultats de cette étude et du récent état des lieux de la politique macroprudentielle, le FMI en tirera le bilan de manière à pouvoir présenter aux pays membres des recommandations spécifiques et concertées pour faire face aux risques sur la stabilité macroéconomique et financière émanant des flux de capitaux. Les services du FMI étudieront les dimensions macrofinancières de la surveillance bilatérale en analysant les relations entre le secteur financier et les autres secteurs de l’économie, en s’appuyant sur les récentes études pilotes. Les services du FMI analyseront aussi la manière dont certains systèmes fiscaux amplifient les risques d’instabilité macroéconomique en privilégiant le financement par l’emprunt. À partir des résultats des études menées sur les pays pilotes, le FMI analysera les questions macrocritiques liées au changement climatique dans le prochain lot de pays. Il sera utile d’établir un cadre d’évaluation des petits États affectés par des catastrophes naturelles et le changement climatique pour accroître leur résilience.

Il subsiste beaucoup d’incertitudes quant aux causes et à la persistance du ralentissement de la productivité mondiale, surtout dans le contexte de l’évolution technologique actuelle. Les études seront donc poursuivies pour examiner les causes possibles et présenter des recommandations pratiques. Pour mieux

quantifier l’impact des nouvelles technologies sur l’activité économique, les services du FMI vont s’attacher à affiner les méthodes de mesure de la productivité, y compris de l’économie numérique. L’initiative en faveur des infrastructures sera élargie à d’autres pays pilotes — ce qui contribuera à leur capacité de production. Le renforcement des institutions demeure essentiel pour accroître l’efficience économique globale dans de nombreux pays. À cette fin, le FMI va actualiser la politique relative aux problèmes de gouvernance et de corruption, et intensifier parallèlement l’appui au développement des capacités dans les domaines de la gestion des finances publiques et de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Le FMI a joué un rôle majeur d’appui au programme de réformes de la réglementation en collaborant avec les instances normatives internationale et le Conseil de stabilité financière. Ces travaux seront poursuivis en vue de l’achèvement de ce programme. Le FMI accorde une grande importance à la mise en oeuvre systématique des réformes dans les délais impartis et continuera à fournir une grande quantité d’assistance technique aux pays membres pour les aider à développer leurs capacités dans ce domaine. La surveillance macrofinancière et le Programme d’évaluation du secteur financier approfondi servent à évaluer le système réglementaire des pays, et à veiller à ce que le programme de réformes soit intégralement adopté.

Les pays à faible revenu continuent à bénéficier de conseils stratégiques personnalisés et d’une assistance financière et technique considérable de la part du FMI. Les objectifs fixés par le Programme de développement de l’après-2015 seront intégrés dans les travaux du FMI, notamment en vue de renforcer la mobilisation des recettes intérieures, de développer les capacités budgétaires dans les petits États fragiles, de subvenir aux besoins d’investissement et de promouvoir la recherche du juste équilibre entre le financement des besoins de développement et la nécessité de préserver la viabilité de la dette. Le FMI continuera à oeuvrer pour venir en aide aux pays les plus durement touchés par la chute des cours des matières premières à élaborer un ensemble cohérent de mesures propres à encourager la diversification et à maximiser le rebond de la croissance. Le FMI examinera les possibilités d’accès des pays à un soutien financier de précaution et clarifiera les pratiques actuelles concernant la combinaison des ressources du Compte des ressources générales (CRG) et celles du Fonds de fiducie pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (RPC).

Certains des objectifs prioritaires du FMI consistent à renforcer le développement des capacités à l’appui du financement du développement, notamment dans les domaines de la mobilisation des recettes et du développement du secteur financier, et à mettre en place un système plus solide de développement des capacités des États fragiles. Pour atteindre ces objectifs, le FMI complétera et prendra appui sur le dispositif existant, qui se compose des centres régionaux et de fonds thématiques globaux et insistera sur les résultats et la souplesse de fonctionnement du développement des capacités. Cela inclura, entre autres la mise en place du Centre régional d’assistance technique et de formation d’Asie du

sud-est (SARTTAC), premier du genre; un accroissement des activités de soutien pour la mobilisation des recettes et la bonne gestion des finances publiques et le lancement d’un nouveau fonds de développement des capacités pour la stabilité du secteur financier. À l’appui de ces efforts, les services du FMI travailleront au renforcement des partenariats extérieurs et rechercheront d’autres partenaires.