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Par Abdelghani AOUIFIA. Johannesburg – Le repli de la rhétorique idéologique du passé et l’émergence d’une nouvelle élite africaine soucieuse de permettre à l’Afrique d’occuper la place qui lui revient sur la scène internationale ne laisseront aucune place dans le continent aux velléités séparatistes, soulignent des analystes sud-africains interviewés par la MAP. «L’Afrique est en train de se réconcilier avec elle-même par le biais d’une nouvelle libération de certaines idéologies qui hypothéquaient l’avenir du continent», indique Naeem Jeenah, directeur de l’Afro-Middle East Center (AMEC), un think-tank basé à Johannesburg.

Ces idéologies sont en train de perdre du terrain devant la montée d’une nouvelle élite de dirigeants politiques et économiques conscients des défis que les pays africains doivent relever en termes d’intégration et de coopération économique, a dit le chercheur.

C’est dans ce contexte, que le Maroc a pu retrouver sa place parmi ses pairs africains avec son retour au sein de l’Union africaine (UA), a dit M. Jeenah, soulignant que les percées économiques réalisées le Maroc à la faveur de sa stratégie fondée sur la promotion d’un partenariat gagnant-gagnant expliquent l’appui apporté par l’écrasante majorité des pays africains au retour du Royaume au sein de l’UA.

Pour sa part, Ibrahim Deen, chercheur au sein de l’AMEC, souligne que «le peu de soutien dont jouissait le Polisario en Afrique devra continuer à s’affaiblir» devant la crédibilité que ne cesse de gagner les efforts déployés par le Maroc pour le règlement de la question du Sahara.

Dans une étude publiée récemment, l’AMEC a souligné que le retour du Maroc au sein de l’UA marque le début d’une nouvelle ère, durant laquelle le plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007 pour régler, sous sa souveraineté, ce conflit crée autour de son intégrité territoriale, suscitera davantage de soutien comme la solution idoine. L’initiative jouit déjà du soutien des principales puissances mondiales dont les Etats-Unis, la France et l’Espagne, qui la considèrent comme sérieuse et crédible, note le centre. Le Maroc, qui jouera désormais un rôle clef au sein de l’UA, bénéficiera de l’écoute attentive de ses partenaires africains sur cette question précise, ajoute le think-tank, rappelant l’important effort de développement déployés par le Maroc pour le développement de ses provinces du sud. Abondant dans le même sens, l’Institut des études sécuritaires (ISS, basé à Pretoria) relève que le retour du Maroc au sein de l’UA devra encourager d’autres pays membres de l’organisation continentale à retirer leur reconnaissance de l’entité auto-proclamée par les séparatistes du Polisario.

Dans le même contexte, l’influente publication sud-africaine, le Daily Maverick, a souligné dans une récente analyse que le retour du Maroc est porteur d’un changement profond dans le continent, où le groupe séparatiste du Polisario a vu ses thèses essuyer de sérieux revers sous le coup de la diplomatie agissante et le poids économique du Royaume.

«Le message est enfin passé», observe le journal, soulignant que «le Maroc, un pays qui jouit d’un poids politique et économique important, est prêt à jouer un rôle de premier plan dans le façonnement de l’avenir de l’Afrique».

Un Maroc fort au sein de l’UA sera mieux placé pour mettre fin aux rêves du Polisario, poursuit le Daily Maverick, rappelant que de nombreux pays ont retiré leur reconnaissance de la fantomatique rasd, autoproclamée par le groupe séparatiste.

Avec le retour du Maroc au sein de l’UA, l’attention focalisera de plus en plus sur le rôle de l’Algérie dans la question du Sahara, estime le grand tirage sud-africain, rappelant que le Polisario est non seulement soutenu et financé par le voisin de l’est du Maroc mais reçoit ses ordres directement d’Alger.

Le Polisario n’ayant aucune souveraineté, l’Algérie utilise ce groupe séparatiste pour la seule fin de tenter de déstabiliser le Maroc, ajoute le Daily Maverick, soulignant que l’Algérie exploite la question du Sahara dans le cadre de ses desseins hégémoniques dans la région d’Afrique du nord.

Le conflit crée de toutes pièces autour de l’intégrité territoriale du Maroc sert aussi aux dirigeants algériens pour détourner l’attention d’une situation interne instable et explosive, résultat de la répression brutale exercée par le régime algérien contre son propre peuple depuis le début des années 1990, indique le journal.

Revenant sur le plan d’autonomie présenté par le Maroc, le Daily Maverick note qu’il serait intéressant de voir comment l’UA traitera ce plan, qui a recueilli un important soutien sur la scène internationale depuis sa présentation en 2007.

De son côté, l’analyste sud-africaine, Liesl Louw-Vaudran, revient en particulier sur la position de l’Afrique du Sud sur la question de l’intégrité territoriale du Maroc, soulignant que le renforcement du rôle du Royaume en Afrique après son retour au sein de l’UA devra pousser les Sud-Africains à procéder à une réévaluation de leurs anciennes positions «fondées sur les slogans idéologiques de lutte anticoloniale».

Devant le large soutien dont jouit le Maroc en Afrique, Pretoria est aussi appelée à adopter des positions plus modérées, celles de facilitateur au lieu de tenter de s’imposer comme partie prenante, souligne l’analyste, également consultante auprès de l’ISS.

Mme Louw-Vaudran, qui a une grande expérience dans l’analyse des questions politiques et sécuritaires en Afrique du Sud et dans tout le continent africain, a fait état d’«une grande méconnaissance de la réalité de la question de l’intégrité territoriale du Maroc» en Afrique du Sud.

«Dans ce pays, la question du Sahara est plutôt un slogan qui n’a jamais fait l’objet d’un débat prenant en compte les réalités sur le terrain», a-t-elle dit, soulignant qu’après le sommet d’Addis-Abeba, les responsables notamment de l’African National Congress (ANC, au pouvoir en Afrique du Sud) devront engager une nouvelle réflexion au sujet de ce dossier, tout en tenant sérieusement en compte la position du Maroc, un acteur clef et crédible sur la scène internationale et continentale.

Et d’ajouter que le retour du Maroc au sein de l’UA doit offrir l’occasion à l’Afrique du Sud et à tous les pays d’Afrique australe de s’ouvrir sur le Maroc.

«Il ne faut pas oublier que la présence du Maroc au sein de tous les mécanismes de l’organisation continentale est de nature à conférer davantage de crédibilité» notamment au plan d’autonomie présenté par le Royaume, conclut l’analyste sud-africaine.