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Les autorités algériennes doivent dépénaliser l’immigration irrégulière, adopter une loi sur l’asile et lutter contre les propos racistes anti-subsahariens dans le pays, a déclaré Amnesty International, le 18 décembre, à l’occasion de la journée internationale des migrants.

Depuis le début du mois de décembre, de graves abus à l’encontre de centaines de migrants subsahariens ont été enregistrés depuis le début du mois. Le 1er décembre, les autorités ont procédé à l’arrestation, dans différents quartiers de la capitale, de plus de 1500 migrants, réfugiés et demandeurs d’asile subsahariens chez eux, dans la rue et sur leurs lieux de travail, selon des chiffres rapportés dans la presse. Parmi eux figuraient des ressortissants du Mali, du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, de la République démocratique du Congo, de Guinée  et du Bénin. Des gendarmes et policiers ont arrêté les subsahariens au faciès, sans vérifier leur identité ou leur documents, ni leur communiquer la vraie raison de leur détention, au mépris de la loi.

Ces migrants, réfugiés et demandeurs d’asile subsahariens ont été détenus dans un camp à Zéralda à 35km d’Alger dans des conditions inadéquates, tant du point de vue de l’alimentation que sanitaire. Le 2 décembre, ils ont été acheminés jusqu’à Tamanrasset, près des frontières avec le Mali et le Niger. Lorsqu’ils ont appris qu’ils allaient être expulsés, certains ont refusé de monter à bord des bus, et ont été forcés à le faire par les forces de sécurité, occasionnant des blessures. Malgré la longueur du trajet, plus de 1 900 kilomètres, les autorités n’ont pas fourni suffisamment de nourriture et d’eau, selon plusieurs témoignages. Les conditions au camp où ils étaient retenus à Tamanrasset paraissaient tout aussi inadéquates, avec l’absence de sanitaires, d’eau potable et d’alimentation suffisante.

Le 7 décembre, les autorités ont expulsé plusieurs centaines d’entre eux vers le Niger, vers un camp à Agadez, tandis que d’autres ont été renvoyés vers leurs pays d’origine. Environ 200 Maliens parmi eux, une fois arrivés à Bamako, se sont plaints de mauvais traitements qu’ils auraient subi de la part de policiers algériens, et ont même évoqué trois morts. Le 8 décembre, les autorités ont relâché les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile encore détenus à Tamanrasset. Les jours suivants, alors qu’ils tentaient de rejoindre leurs lieux de vie, les bus et taxis en partance pour le nord du pays leur ont refusé l’accès. Dans le même temps, le 11 décembre, les autorités ont détruit un camp de tentes dans lequel des migrants, réfugiés et demandeurs d’asile s’abritaient dans le quartier de Gataa El Oued, selon la presse. Ils restent jusqu’à présent bloqués à Tamanrasset.

Amnesty International appelle les autorités algériennes à lever immédiatement le blocus sur les migrants, réfugiés et demandeurs d’asile à Tamanrasset et à ouvrir une enquête prompte et impartiale sur ces expulsions arbitraires et les allégations de mauvais traitements.

 

Immigration irrégulière : une pénalisation qui engendre le non-droit

Les migrants restent extrêmement vulnérables aux abus du fait de la pénalisation de l’immigration irrégulière. Les articles 42 et 44 de la loi 08-11 du 25 juin 2008 relative aux conditions d’entrée, de séjour et de circulation des étrangers en Algérie (loi sur les étrangers) pénalisent l’entrée, le séjour et la sortie irrégulières du territoire algérien. L’article 46 de la même loi punit de prison toute personne qui aiderait des migrants en situation irrégulière. Des personnes à Tamanrasset qui ont ouvert leurs maisons à des migrants, réfugiés et demandeurs d’asile se seraient vues menacées par la police. La pénalisation laisse les migrants extrêmement vulnérables aux violations de leurs droits, car elle les empêche de signaler les abus de peur de se voir eux-mêmes poursuivis et emprisonnés ou expulsés. Amnesty International appelle le gouvernement algérien à abroger ces articles de la loi sur les étrangers sans attendre.

 

 

Réfugiés et demandeurs d’asile : il est temps d’adopter une loi

 

Il est inacceptable que des réfugiés et demandeurs d’asile enregistrés auprès du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR) aient été arrêtés, déplacés et menacés d’expulsion. De plus, les réfugiés et demandeurs d’asile reconnus par le HCR ne bénéficient pas de leurs droits fondamentaux, notamment la sécurité sociale. Amnesty International demande aux autorités algériennes d’adopter le projet de loi sur le droit d’asile, qui se fait attendre depuis cinq ans.