Jouahri-rec

Le Conseil de Bank Al-Maghrib a tenu sa deuxième réunion trimestrielle de l’année le mardi 21juin. Lors de cette réunion, il a examiné et approuvé le Rapport annuel sur la situation économique, monétaire et financière du pays ainsi que sur les activités de la Banque au titre de l’exercice 2015. Le Conseil a également analysé l’évolution récente de la conjoncture économique et les prévisions macroéconomiques pour les huit prochains trimestres sur la base des travaux élaborés par la Banque.

Tenant compte d’une prévision d’inflation en ligne avec l’objectif de stabilité des prix, le Conseil a jugé que le niveau actuel de 2,25% du taux directeur demeure approprié.

Notant l’amélioration structurelle de la liquidité bancaire, le Conseil a décidé de porter le taux de la réserve monétaire de 2% jusqu’à 5% et d’instaurer une rémunération de cette réserve pour les banques déployant plus d’efforts en matière d’octroi de crédit.

Le Conseil a noté que l’inflation s’est accélérée depuis sa réunion de mars 2016, sous l’effet principalement d’une augmentation importante des prix des produits alimentaires à prix volatils.

Tenant compte de ces évolutions, la prévision de l’inflation pour 2016 a été revue à la hausse à 1,6%, sa composante sous-jacente ayant en revanche été maintenue quasi-inchangée à 0,6%. En 2017, l’inflation devrait revenir à 1%, la dissipation des effets des chocs sur les prix des produits alimentaires à prix volatils devant plus que compenser la hausse prévue de l’inflation sous-jacente et des prix des carburants et lubrifiants.

S’agissant de l’évolution de l’économie nationale, Bank Al-Maghrib précise que les données à fin mai des comptes extérieurs indiquent un creusement de 7,7% du déficit commercial par rapport à la même période de 2015. Les importations se sont accrues de 4,3%, sous l’effet notamment d’une importante progression des achats de biens d’équipement et de produits finis de consommation, les approvisionnements en produits énergétiques ayant, en revanche, reculé de 31,2%. En regard, en dépit d’un repli de 11,2% des ventes de phosphates et dérivés, les exportations ont globalement augmenté de 2%, traduisant notamment un accroissement de 23,7% des expéditions de la construction automobile. Pour les autres rubriques du compte courant, après une baisse de 7,1% un an auparavant, les recettes de voyages ont marqué une progression de 6,4% et les transferts des MRE se sont accrus de 4,1%. Tenant compte d’un recul de 22,5% des flux nets au titre d’IDE et des autres opérations financières, les réserves de change se sont renforcées de 25,2% à 243,3 milliards à fin mai, soit l’équivalent de 7 mois et 8 jours d’importations de biens et de services.

Cette amélioration s’est reflétée sur la situation de la liquidité bancaire qui s’est sensiblement améliorée, le besoin étant revenu de 21 milliards de dirhams au quatrième trimestre à 12,8 milliards en moyenne au cours du premier trimestre 2016. Bank-Al Maghrib a ainsi réduit le volume de ses injections à 13,3 milliards de dirhams. Dans ces conditions et suite à la décision du Conseil de la Banque centrale du 22 mars d’abaisser le taux directeur de 25 points de base, une détente des taux d’intérêt a été observée sur les différents marchés. Les conditions monétaires ont été également caractérisées, au cours du premier trimestre, par une appréciation de 1,7% du taux de change effectif réel et une légère amélioration du rythme d’accroissement du crédit au secteur non financier, avec notamment une atténuation de la baisse des prêts aux sociétés non financières privées. Au total, la modération du taux de croissance du crédit bancaire, conjuguée au recul des créances nettes sur l’administration centrale, se sont traduits par une décélération de la masse monétaire de 5,8% à 5,3%.

Les données des comptes nationaux pour le quatrième trimestre indiquent une accélération de la croissance économique à 5,2% en glissement annuel contre 4,6% le trimestre précédent. Cette évolution s’explique par une expansion de la valeur ajoutée agricole de 13,5% après 15,9% et une progression du PIB non agricole de 4,2% au lieu de 3,2%. Du côté de la demande, la consommation finale des ménages s’est accrue de 5% et l’investissement a progressé de 6,7%, alors que la consommation des administrations publiques a reculé de 1,9%. En ce qui concerne les exportations nettes, leur contribution à la croissance s’est située à 0,6 point de pourcentage. Pour l’ensemble de l’année 2015, la croissance économique s’est établie à 4,5%, reflétant une hausse de 12,8% de la valeur ajoutée agricole et une augmentation de 3,5% du PIB non agricole. Du côté de la demande, le rythme d’accroissement de la consommation finale des ménages a ralenti à 2,4% et l’investissement a baissé de 2,7%, alors que le rythme de progression de la consommation des administrations publiques a quasi stagné à 1,9%. Pour ce qui est des exportations nettes, leur contribution à la croissance ressort positive pour la deuxième année consécutive, à hauteur de 3,5 points de pourcentage.

13 mille emplois au premier trimestre 2016

Au niveau du marché du travail, l’économie nationale a accusé une perte de 13 mille emplois au premier trimestre 2016, reflétant une contraction de 15 mille emplois dans le secteur agricole, de 14 mille dans l’industrie y compris l’artisanat et des créations de 10 milles postes dans les services et de 6 mille dans le BTP. Tenant compte d’un recul sensible de 0,7 point de pourcentage à 46,3% du taux d’activité, le taux de chômage s’est légèrement aggravé de 9,9% à 10% globalement et de 14,3% à 14,6% en milieu urbain. En zones rurales, il a diminué de 4,7% à 4,5%.

Sur le marché des actifs, les prix des biens immobiliers n’ont pas connu de variations au premier trimestre comparativement au trimestre précèdent. Cette stabilité recouvre toutefois des évolutions contrastées par catégorie d’actifs. En parallèle, les transactions ont enregistré une baisse de 8,5% avec notamment un recul de 12,8% pour les ventes d’appartements. Au niveau du marché boursier, le MASI s’est apprécié de 4,5% au premier trimestre 2016 après avoir enregistré une contreperformance de 2,1% un trimestre auparavant et le volume des transactions est resté relativement faible, revenant à 7,6 milliards de dirhams contre 24,8 milliards.

L’inflation, mesurée par la variation en glissement annuel de l’indice des prix à la consommation, a marqué une accélération à 1,6% en avril, après 1% au premier trimestre. Cette évolution reflète principalement une importante progression de 9,3% des prix des produits alimentaires à prix volatils après 3,2%, et dans une moindre mesure l’atténuation de la baisse des prix des carburants et lubrifiants, liée elle-même à la hausse des cours internationaux. L’inflation des produits réglementés est restée quasi stable à 1,1%, alors que l’inflation sous-jacente a légèrement ralenti de 0,7% à 0,6%.

Prévisions du solde du compte courant

En dépit de l’amélioration anticipée de la demande étrangère et d’une appréciation moins importante du taux de change effectif réel, la révision à la baisse des prévisions des cours internationaux des dérivés de phosphate impacterait négativement les exportations de biens, en termes nominaux, avec des progressions de 1,4% en 2016 et de 4,6% en 2017. Les recettes voyages ont été, pour leur part, révisées sensiblement à la hausse en 2016, au regard de leur évolution récente. Parallèlement, les importations de biens augmenteraient à un rythme plus important que prévu précédemment, en lien notamment avec la hausse significative observée des acquisitions de biens d’équipements et de consommation, et leur rythme de progression devrait décélérer en 2017. Dans ces conditions, et tenant compte des entrées en dons en provenance des pays du CCG à 10 milliards de dirhams en 2016 et à 8 milliards en 2017 ainsi que de la poursuite de la hausse des transferts des MRE, le solde du compte courant devrait poursuivre son atténuation pour se situer à -1,2% du PIB en 2016 et à -0,8% du PIB en 2017. Au total, les réserves de change devraient se renforcer davantage, bien qu’à un niveau moins que prévu en mars, pour assurer la couverture de 7 mois et 18 jours d’importations de biens et services à fin 2016 et de 8 mois et 6 jours à fin 2017.

 

Renforcement de la liquidité bancaire

Ce renforcement devrait se traduire par une amélioration sensible de la liquidité bancaire passant à un excédent de 7,7 milliards de dirhams à fin 2016 et de 20,3 milliards à fin 2017, contre un déficit de 16,5 milliards en 2015. Le crédit bancaire accordé au secteur non financier devrait légèrement augmenter de 2,7% en 2016 au lieu de 2,5% prévu en mars et ce, au regard de la légère amélioration des prêts aux entreprises observée à fin avril. Sa croissance en 2017 a été maintenue inchangée à 4%.

Déficit budgétaire à 3,8% du PIB en 2016 et croissance économique de 1,2% en 2016

Sur le plan des finances publiques, et sous l’hypothèse du maintien de l’orientation actuelle de la politique budgétaire, le déficit devrait s’établir à 3,8% du PIB en 2016 et à 3,3% en 2017 contre 3,7% et 3,1% respectivement dans l’exercice de mars. Cette légère révision s’explique principalement par la révision à la baisse des dons CCG de 13 milliards à 10 milliards en 2016 et par un ajustement à la hausse des recettes fiscales et des dépenses d’investissements.

La croissance économique devrait ralentir en 2016 à 1,2% au lieu de 1% prévue dans l’exercice de mars, en liaison avec une baisse de 9% de la valeur ajoutée agricole contre 13,8% prévue auparavant. La croissance du PIB non agricole a été maintenue quasi inchangée à 2,8% au lieu de 2,9%. En 2017, la croissance devrait s’accélérer à 4%, contre 3,9% prévue lors de l’exercice de mars. La valeur ajoutée agricole s’accroîtrait de 10%, sous l’hypothèse d’un retour à une campagne agricole normale, et le PIB non agricole progresserait de 3,2%, bénéficiant de l’amélioration de la demande étrangère, du raffermissement des revenus agricoles et de l’assouplissement des conditions monétaires.

Le taux d’inflation devrait augmenter à 1,6% en 2016 au lieu de 0,5% communiqué dans le RPM de mars. Cette révision s’explique principalement par l’augmentation récente de l’inflation des produits alimentaires à prix volatils observée depuis mars et qui devrait se maintenir au deuxième trimestre de 2016. En 2017, le rythme d’évolution de l’inflation devrait être plus modéré, soit 1% au lieu de 1,4% prévue en mars en liaison avec la dissipation des

effets de la hausse des prix des produits à prix volatils qui devrait plus que compenser l’augmentation induite par la reprise de la demande intérieure et la dépréciation du taux de change effectif réel.

Ces prévisions restent toutefois assujetties à plusieurs risques avec une balance globalement équilibrée pour la croissance et orientée à la hausse pour l’inflation. Pour ce qui est de la croissance, de meilleures perspectives pour l’activité économique mondiale et plus particulièrement pour la zone euro se traduiraient par une amélioration de la demande étrangère adressée au Maroc. En outre, une baisse moins importante de la valeur ajoutée agricole impacterait positivement la croissance. Les risques à la baisse pour la prévision de la croissance peuvent provenir d’une poursuite de la décélération de la croissance des Etats-Unis et d’un Brexit.

Pour l’inflation, une poursuite de l’orientation à la hausse des prix des produits alimentaires à prix volatils, pourrait entrainer des révisions à la hausse du taux d’inflation. De même, une amélioration des revenues résultant des mesures éventuelles dans le cadre du dialogue social constitue un autre risque sur l’évolution de l’inflation. En revanche, un renversement de la tendance haussière des cours internationaux du pétrole constitue un risque à la baisse.