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Le Maroc est exposé à de multiples aléas -notamment d’origine climatique, mais aussi technologique ou humaine – dont la probabilité d’occurrence augmente, constate l’OCDE (Organisation de coopération et de développements économique) dans sur une étude sur la gestion des risques au Maroc qu’elle vient de publier et dont nous avons présenté une première partie. Les sources de vulnérabilités s’accroissent au fur et à mesure du développement économique, dans un contexte marqué par une urbanisation rapide, une concentration de certaines activités sur le littoral, et une exposition croissante aux effets du changement climatique

 

Du fait de facteurs exogènes tels que le changement climatique ou endogènes tels que la croissance démographique ou l’urbanisation, le Maroc va se trouver de façon croissante exposé à des risques majeurs, notamment d’origine naturelle. l amélioration de la résilience du pays face à ces risques majeurs passe par un large éventail de mesures de prévention. Nous publions, ci-après l’évaluation par l’OCDE des mesures  non-structurelles de prévention mise en œuvre par le Maroc en matière d’urbanisme et de protection des entreprises.

Scion la plupart des parties prenantes rencontrées du niveau national au niveau local, l’enjeu clé de la prévention des risques concerne les questions de l’aménagement du territoire, de l’utilisation des sols et de la planification urbaine. En effet, l’urbanisation croissante génère de nouveaux risques, notamment en li en avec l’habitat informel et le manque d’ infrastructures de base. Pour limiter l’exposition aux risques des populations vulnérables, ce développement urbain doit s’accompagner de politiques d’aménagement du territoire et de planification urbaine appropriées. De plus, le développement des infrastructures en cours offre de nouvelles opportunités pour davantage renforcer la prévention des risques.

 

les difficultés de la mise en oeuvre d’une planification  urbaine intégrant les risques

Les documents d’urbanisme existants au Maroc intègrent peu la question des risques au-delà d’une information indicative. Pourtant, ce sont sur ces documents que se basent les communes pour délivrer les peemis de construire. Les Schéma Directeur d’Aménagement Urbain (SDAU) et Plans d’ Aménagement sont en effet des documents de long terme (25 et 10 ans respectivement) et la plupart d ‘entre eux ont été développés en l’absence de cartographie délimitant précisément les zones à risques.

S’ils contiennent des zones dite non-aedificandi, celles-ci se limitent le plus souvent au lit des rivières auquel s’ajoute une bande de servitude de 2 à 6 mètres correspondant au Domaine Public Hydraulique établi par les Agences de Bassins. lis intègrent rarement une cartographie sur les zones d’expansion des crues associée à une fréquence réglementaire (par exemple la crue centennale) ou l’indication de la limite des plus hautes eaux connues comme dans de nombreux pays de l’OCDE. Seul le SDAU de la ville d ‘ Al Hoceima contient aujourd’hui une carte d ‘aptitude à l ‘urbanisation développée en fonction du niveau de risque

La délivrance des autorisations de construction est du ressort des communes qui ont la responsabilité de veiller à l’application des lois et règlements d’ urbanisme cl au respect des prescriptions des schémas d’ aménagement et des documents d’urbanisme. Elles jouent donc un rôle majeur en matière de prévention des risques. En plus du respect des documents d’urbanisme, l’examen des autorisations de construire associe les différentes administrations publiques nationales, et notamment des Agences de Bassins et des Agences Urbaines, l’avis de cette dernière étant conforme ayant une décision de la Commune. C’est donc surtout à ce niveau que le manque de cartographies précises et validées juridiquement sur les risques constitue un point de blocage pour la mise en œuvre concrète des mesures de prévention non structurelles.

L’expérience des cartes d’aptitude à l’urbanisation développée pour l ‘ensemble de la province d’ Al Hoceima, accompagnées par une brochure de vulgarisation visant à mieux sensibiliser les acteurs locaux, constitue un bon exemple de pratique à suivre pour d’autres villes et provinces du Maroc. En leur absence, la construction dans les zones à risque est ainsi encore possible en profitant de failles juridiques. li est aujourd’hui envisagé de généraliser le développement de telles cartes d’aptitude à l’ urbanisation aux territoires les plus vulnérables, cinq territoires pilotes ayant été identifiés au sein des Préfectures et Provinces de Driouch-Nador, Chefchaouen, Fnideq, Tanger – Fahs Anjra et Taza.

On remarquera aussi l’augmentation de la cadence du taux de couverture des territoires par les documents d’urbanisme ces dernières années, avec 24 SDAU et 292 Plans d’Aménagement développés entre 2000 et 2015, et qu’une partie importante des SDAU est aujourd’hui en cours de mise à jour. Ceci offre d’importantes opportunités pour une meilleure intégration de la question des risques directement en amont dans les documents de planification urbaine. Le développement des SDAU est traditionnellement long. Pour assurer la pertinence des prochains documents d’urbanisme, il sera donc important d’accélérer ces processus d’actualisation afin d’assurer la pleine prise en compte d’ un contexte économique, social et urbain en pleine mutation, des enjeux actuels et des informations les plus précises en matière d’évaluation du risque. L’élaboration de nouveaux termes de référence qui intègrent de façon plus centrale la question des risques au sein de la nouvelle génération des documents de planification urbaine ainsi que l’édition d’un guide sur les 50 marches à suivre pour l’élaboration de ces documents, s’inscrivent également dans cette démarche d’amélioration de cet aspect essentiel des politiques de prévention des risques

Tsunami : absence de mesures de prévention

Pour faire face au risque sismique, le Maroc dispose depuis environ 10 ans d’un code de construction parasismique. Il est à noter que les premières règles de construction parasismique ont vu le jour au Maroc en 1960, en réaction au séisme ravageur d’Agadir, connues sous le nom de « Nomes d’Agadir 1960 ». li a ensuite fallu attendre quarante ans et l’année 2000 pour voir l’adoption à l’échelle nationale de normes parasismiques, grâce au « Règlement de construction Parasismique RPS 2000 ». Celui-ci n’entre en application qu’en 2004, suite au séisme d’Al Hoceima. RPS 2000 définit « les règles de calcul et de dimensionnement des structures pour renforcer la tenue des bâtiments aux secousses sismiques ». li édicte également « les dispositions techniques de génie civil et de conception architecturale nécessaires afin de garantir aux bâtiments une résistance optimale aux intensités des secousses (Ministère de !’Habitat, de !’Urbanisme et de !’ Aménagement du Territoire, 20 11 ».

La réglementation parasismique marocaine a évolué au fil des années. En 2008, le Ministère de !’Habitat a lancé un vaste processus de concertation afin de dégager les principales leçons des premières années d’application du Règlement, cc qui a abouti à sa révision en 2011 . En effet, une enquête auprès des professionnels de l’habitat et de la construction, dont des architectes, des bureaux d’études ou encore des promoteurs immobiliers, a permis de faire la lumière sur un certain nombre de lacunes en matière d’application. La révision qui a découlé de cette démarche a été réalisée en partenariat avec l’Université Mohamed V de Rabat, cc qui a permis d’actualiser les cartographies sismiques servant à la modélisation et au paramétrage du règlement. Ainsi, la version actualisée du Règlement de Construction Parasismique RPS 2000 a pris en compte un nombre accru de classes de bâtiments et de types de sites géologiques, et a modifié la modélisation de la force sismique latérale. La discussion avec les différents partenaires avait aussi permis de faire la lumière sur les coûts additionnels générés par les normes de construction, estimées par le Ministère de !’Habitat de 10 à 15 % sur le coût de la structure des bâtiments. Des séminaires réalisés au niveau des régions les plus touchées ont permis de sensibiliser les élus et les professionnels de la construction à ces nouveaux codes. Les experts et parties prenantes ont souligné le caractère exemplaire de cette démarche.

 

Agir sur l’existant

 

Profitant également des difficultés apparuees dans la mise en œuvre des politiques de planification urbaine, l’habitat non-réglementé tend aussi à se développer dans des zones à risque, ce qui constitue un facteur de vulnérabilité important. Le phénomène d’auto-construction est très fréquent au Maroc, notamment sous l’effet de l’exode rural. En 2010, 8.2% des ménages en zone urbaine vit en bidonville (UN-Habitat, 2012). Dans les zones sismiques, cet habitat précaire est particulièrement vulnérable et notamment au risque sismique. Cet habitat est aussi souvent localisé en zone inondable, comme par exemple à la périphérie de Casablanca. Des initiatives remarquables de destruction de ce type d’habitat ont été menées avec un accompagnement par des mesures de relogement, comme par exemple à Casablanca autour de !’Oued Bouskoura ou dans les piémonts d’Agadir. Dans d’autres cas, des opérations de viabilisation ont conduit à desservir ces quartiers spontanés en services de bases (eau, électricité) et à assurer un certain niveau de résilience par des mesures de protection locales. Ceci pose toutefois la question de la vulnérabilisé à long terme de ces quartiers face à des événements plus extrêmes que ceux prévues par les projets de protection, et la viabilisation peut également constituer une incitation à venir s’installer dans les zones à risque.

Le Règlement de construction parasismique RPS 2000 a largement contribué au renforcement de la résilience des constructions au Maroc. Cependant, celui-ci n’est applicable qu’aux constructions réalisées après son entrée en vigueur. li reste donc à promouvoir la résilience du bâti antérieur au Règlement. Ceci concerne en particulier de nombreux centres anciens dont des médinas historiques qui constituent un patrimoine culture et et touristique important. Il existe également de nombreux établissements publics comme des écoles ou des hôpitaux dont la résilience au tremblement de terre n’est pas assurée. Aucune démarche n’est semble-t-il entreprise pour réduire l’exposition au risque de tsunami et certaines personnes interrogées par les experts estiment même que le Maroc doit se « tourner beaucoup plus vers l’océan que par le passé».