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Selon deux nouvelles études de l’OCDE consacrées à l’Union européenne et à la Zone euro et et présentées vendredi 10 juin à Paris, à Paris par le Secrétaire général de cette organisation, M. Angel Gurría, l’économie européenne se redresse peu à peu, mais les pouvoirs publics devront poursuivre leur action pour remédier aux séquelles de la crise économique mondiale qui pèsent encore sur la croissance et faire face aux difficultés majeures qui se présentent.

Ces deux études mettent en évidence les défis auxquels sont confrontés les responsables de l’action publique européens. Bien que la croissance se soit progressivement affermie, le chômage reste élevé dans de nombreux pays, l’investissement demeure en-deçà de ses niveaux d’avant la crise dans la plupart des pays européens, et la croissance du crédit est toujours atone.

Les auteurs des études tablent sur une croissance du PIB de l’UE de 1,8 % cette année et de 1,9 % en 2017, tandis que le PIB de la Zone euro enregistrerait une progression de 1,6 % cette année et de 1,7 % en 2017.

« Le pire de la crise est derrière l’Europe, mais il faut faire beaucoup plus encore pour accompagner une pleine et solide reprise bénéficiant à tous les Européens, » a déclaré M. Gurría. « La plupart des recommandations formulées dans ces deux études ont un point commun : elles appellent les pays européens à une action collective.

L’économie marocaine, fortement arrimée à celle de l’U.E. et au marché de l’Union, ne manquera pas de se ressentir de la situation en Europe, par le biais de la demande qui lui est adressée et des investissements directs étrangers.

L’Europe a réalisé des progrès notables en termes de mobilisation et de renforcement de ses politiques et de ses institutions pour relancer son économie, après une double récession, et améliorer sa gestion des crises. Une politique monétaire très accommodante a favorisé le redressement progressif de la croissance au cours des trois dernières années, et contribué à réduire les tensions sur les marchés des dettes souveraines. L’effet de la politique budgétaire sur la demande est devenu globalement neutre. Des éléments essentiels de l’union bancaire, tant en matière de surveillance que de résolution des défaillances, sont devenus opérationnels, améliorant la résilience du système financier européen. Alors qu’elle était au plus bas en 2013, la confiance dans le projet européen s’est redressée, même si elle reste nettement inférieure à son niveau d’avant la crise.

Néanmoins, de nombreux problèmes hérités de la crise n’ont toujours pas été réglés, et de nouvelles difficultés majeures sont apparues. Les taux de chômage restent élevés dans de nombreux pays, et leur dispersion est forte à l’intérieur de la zone euro. À la différence de la situation observée aux États-Unis, l’investissement est encore nettement en deçà de son niveau de 2007, en particulier dans les pays les plus durement touchés par la crise, ce qui tient essentiellement à l’atonie de la demande mais aussi à l’importance de l’encours de créances douteuses et litigieuses et, dans de nombreux pays, au niveau élevé d’endettement des entreprises, qui entravent crédit (OCDE, 2015a). Les tensions politiques se sont exacerbées dernièrement en raison de l’afflux de réfugiés, et ont mis à mal dans une certaine mesure la libre circulation des personnes dans l’espace Schengen. La réintroduction de contrôles aux frontières dans certains pays de l’espace Schengen constitue un recul pour l’intégration européenne.

Ces problèmes pèsent sur les résultats économiques et, de manière plus générale, sur la qualité de vie des citoyens européens. En termes de bien-être, l’Union européenne se caractérise souvent par d’amples disparités entre pays (graphique 5). Ces divergences tendent à être particulièrement marquées en matière de revenus, de situation au regard du marché du travail et de bien-être subjectif, qui ont tous été profondément affectés par la crise. En outre, certains pays se trouvent souvent parmi les mieux ou les plus mal classés pour la plupart des dimensions du bien-être (graphique 5). Son amélioration passe par une croissance et des créations d’emplois plus fortes et moins inégales dans l’ensemble de la zone euro, mais aussi par des réformes dans certains domaines de l’action publique, tels que l’enseignement et la santé, où la composition et l’efficience des dépenses publiques jouent un rôle crucial.

Pour bâtir un avenir meilleur, il faudra renforcer l’action collective sur plusieurs fronts.

Malgré les progrès enregistrés récemment, l’union bancaire reste incomplète, ce qui entrave la transmission de la politique monétaire et l’intégration des marchés de capitaux, et la dépendance réciproque qui en résulte dans chaque pays entre les pouvoirs publics et les banques constitue une source de vulnérabilité en cas de crise. Une action commune est également nécessaire pour protéger les frontières extérieures et partager la charge financière de l’arrivée de réfugiés. L’investissement public reste déprimé, en raison des efforts considérables et déséquilibrés d’assainissement des finances publiques accomplis récemment, qui ont lourdement pesé sur les dépenses d’équipement, et du manque d’attention accordée aux effets d’entraînement internationaux. L’investissement des entreprises est également freiné par l’ampleur de leur surendettement, par la persistance d’éléments de fragilité dans certains systèmes bancaires nationaux, et par l’insuffisance des progrès réalisés en matière d’intégration des marchés de biens et de services après la crise, notamment du fait de la persistance d’une forte hétérogénéité des réglementations.

Dans ce contexte, l’Étude économique de l’OCDE de 2016 consacrée à la zone euro est principalement axée sur les enjeux budgétaires et financiers, tandis que l’Étude économique de l’OCDE de 2016 relative à l’Union européenne porte essentiellement sur les réformes structurelles prioritaires pour achever le marché unique. Les principaux messages de la deuxième Étude sont les suivants :

– Pour régler les problèmes auxquels ils sont confrontés, les gouvernements des pays membres de l’Union européenne doivent mobiliser ses institutions afin de concevoir et d’appliquer des solutions collectives fondées sur la coopération.

– L’économie de l’Union européenne se redresse peu à peu, mais l’investissement reste faible et la forte disparité des résultats obtenus sur le plan économique et en matière de bien-être reste une préoccupation majeure.

– La crise des réfugiés représente un problème immédiat qui doit être géré collectivement, dans une optique de partage de la charge.

– Achever la mise en place du marché unique constitue la meilleure façon d’améliorer le

bien-être des Européens au cours des années à venir.

 

 

Favoriser la reprise et le processus de rééquilibrage

La croissance est montée en régime depuis la mi-2014, grâce à la politique monétaire expansionniste et à la dépréciation du taux de change observée dans certains pays. La forte baisse des cours mondiaux du pétrole a entraîné une hausse des revenus des ménages et la politique budgétaire ne pèse plus sur la demande intérieure. Les exportations ont enregistré une croissance dynamique pendant plusieurs trimestres, du fait de la dépréciation de l’euro et du raffermissement de l’activité constaté sur de grands marchés, comme les États-Unis. Plus récemment, le renforcement de l’euro et le ralentissement observé sur les marchés émergents a freiné la croissance des exportations de l’Union européenne, tandis que la dépréciation de la livre sterling a probablement contribué à étayer le solde extérieur du Royaume-Uni. L’investissement productif a été décevant, en grande partie du fait de la faiblesse des anticipations de croissance et peut-être, dans certains pays, de contraintes de crédit.

Les résultats économiques ont été inégaux d’un pays à l’autre. La crise des dettes souveraines et les amples efforts associés d’ajustement budgétaire et macroéconomique déployés par les pays les plus durement touchés (tels que la Grèce, l’Espagne, l’Irlande, l’Italie et le Portugal) ont débouché sur des évolutions très divergentes de la production et du chômage au sein de l’Union européenne. Cette divergence s’est modestement inversée au cours des deux dernières années, certains de ces pays enregistrant une croissance supérieure à la moyenne. Malgré la réduction des écarts de taux d’intérêt et des baisses sensibles des taux débiteurs, le crédit et l’investissement sont restés entravés dans la plupart de ces pays par le niveau élevé des créances douteuses et litigieuses et de la dette des entreprises, ainsi que par l’intégration inachevée des marchés de capitaux. Les pays de l’UE non membres de la zone euro, comme le Royaume-Uni et la Suède, ont bénéficié en revanche d’une politique monétaire plus accommodante et d’un environnement financier plus favorable, essentiellement grâce aux progrès significatifs accomplis en matière d’assainissement des bilans des banques.

Les positions extérieures sont en train de se rééquilibrer, mais ce processus a été asymétrique et incomplet. L’Allemagne et les Pays-Bas ont encore accru leurs excédents déjà volumineux. Les pays les plus durement touchés par la crise financière mondiale et la crise de la zone euro ont tous comblé leurs amples déficits des paiements courants, même si, malgré une amélioration structurelle, cela tient aussi à la faiblesse persistante de leur demande intérieure et, partant, de leurs importations. Ces mêmes pays ont également amélioré leur compétitivité-coût (graphique 9), dans un contexte de pertes de production substantielles. Hormis dans le cas de la Grèce et de l’Italie, leurs résultats à l’exportation se sont également redressés. Néanmoins, un certain nombre de ces pays ont conservé des positions extérieures globales nettes dégradées, et leur amélioration supposera que leurs comptes courants restent durablement excédentaires et que leur expansion économique demeure soutenue à moyen et long terme. Une croissance plus forte des salaires et de la demande intérieure dans les pays excédentaires facilitera la poursuite du processus de rééquilibrage et le rendra plus symétrique, notamment en inversant le mouvement de baisse persistante de leurs coûts unitaires relatifs de main d’œuvre.

Augmentation du chômage structurel et diminution de la population active

La situation du marché du travail a également évolué de manière très variable d’un pays à l’autre. Parallèlement à la hausse du chômage observée à l’échelle de l’UE à partir de 2008, on a pu constater une augmentation de la dispersion des taux de chômage dans les pays de la zone euro, qui n’a que légèrement diminué dernièrement. En outre, notamment dans les pays les plus durement touchés par la crise, les estimations du chômage structurel ont augmenté (Ollivaud et Turner, 2014) et la population active a diminué, compte tenu du découragement de certains travailleurs et, dans certains pays, d’une émigration motivée par la recherche de meilleures perspectives d’emploi (OCDE, 2015b). À l’inverse, l’Allemagne a bénéficié d’un recul du chômage et d’un accroissement de sa population active. Comme on pouvait s’y attendre, la pauvreté a eu tendance à augmenter davantage dans les pays où le chômage a enregistré des hausses marquées. En outre, les récents efforts d’assainissement budgétaire déployés dans les pays les plus affectés par la crise ont souvent été caractérisés par des coupes importantes dans les prestations de chômage (Gonçalves et Pina, 2016), qui ont probablement aggravé les conséquences redistributives de ces efforts.

L’ampleur de l’endettement privé continuera de peser sur la consommation et l’investissement

La croissance du produit intérieur brut (PIB) dans l’Union européenne devrait s’accélérer légèrement pour atteindre un niveau proche de 2 %, malgré le ralentissement de plusieurs économies de marché émergentes. L’activité restera soutenue par la poursuite des politiques de relance monétaire, l’orientation globalement neutre de la politique budgétaire et la baisse des prix du pétrole. Néanmoins, l’ampleur de l’endettement privé continuera de peser sur la consommation et l’investissement dans de nombreux pays, et le recul de la demande des pays émergents tirera les exportations vers le bas. Le chômage ne diminuera que progressivement, et les différences marquées entre pays perdureront. L’inflation devrait légèrement augmenter pour s’établir aux alentours de 1 % en 2017, compte tenu de la dissipation des effets de la baisse des prix de l’énergie et de la résorption du sous-emploi conjoncturel des ressources.

Un ralentissement plus marqué que prévu en Chine et dans d’autres économies de marché émergentes affaiblirait la demande dans la zone euro via plusieurs canaux. Les seuls effets résultant des relations commerciales seraient probablement limités (de l’ordre de 0.1 % du PIB par point de pourcentage de baisse de la demande intérieure chinoise), puisque l’ensemble de l’Asie représente moins de 15 % des exportations de biens de l’UE.

Néanmoins, les répercussions sur le PIB de l’Union européenne pourraient être multipliées par trois si le ralentissement de la demande en Chine se traduisait par des ajustements sur les marchés mondiaux de capitaux, tels qu’une augmentation des primes de risque (OCDE, 2015c). Les risques extrêmes de tensions financières se sont certes atténués, mais l’issue du référendum à venir au Royaume-Uni pourrait être lourde de conséquences en termes de résultats économiques, tant dans ce pays que dans le reste de l’Europe (Kierzenkowski et al., 2016). La crise des réfugiés met déjà à rude épreuve l’accord de Schengen, et pourrait même remettre en question la libre circulation des marchandises et, surtout, celle des travailleurs en Europe. Cela annulerait dans une certaine mesure les bénéfices retirés du marché unique et ébranlerait la confiance dans l’Union européenne de manière plus générale. Une incertitude considérable entoure les prévisions d’inflation, et l’on ne peut exclure une prolongation de la période actuelle de faible inflation, voire un recul des prix. Cela pourrait rendre plus difficile la gestion des dettes.

Cela dit, des progrès plus rapides en matière de réformes budgétaires et structurelles se traduiraient par une croissance plus forte que prévu. Il est particulièrement important que soit menée une action collective sur le plan budgétaire pour stimuler l’investissement et la croissance, que l’union bancaire avance et que de nouveaux progrès vers l’achèvement du marché unique soient réalisés. Un règlement de la crise des réfugiés renforcerait la confiance dans le cadre institutionnel de l’UE, et améliorerait du même coup les perspectives de croissance. Les mesures qu’a récemment prises la Banque centrale européenne (BCE) et celles qu’elle pourrait adopter dans l’avenir pourraient se révéler plus efficaces qu’on ne s’y attend en termes de hausse de l’inflation vers l’objectif retenu. De même, le faible coût du pétrole pourrait avoir sur la demande un effet plus marqué qu’on ne l’anticipe.