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L’affaire des e-mails professionnels envoyés par Hillary Clinton via un serveur personnel lorsqu’elle dirigeait le Département d’Etat américain, à laquelle d’aucuns ont trouvé le nom sensationnel et évocateur de emailgate, vient de trouver son dénouement, du moins au niveau des poursuites judiciaires à l’encontre de l’ancienne secrétaire d’Etat par les procureurs du département de la justice américaine.

Après des mois d’enquête, Le FBI a donc rendu ses conclusions sur cette affaire qui a tenu en haleine l’opinion publique américaine et ces conclusions, qui s’achèvent en recommandations, n’ont pas ménagé l’ancienne secrétaire d’Etat à laquelle elle fait grief de des négligences graves. L’enquête du FBI ne reconnait aucune mauvaise foi à Hillary Clinton.

Lors d’une conférence de presse, James Comey, le directeur du FBI, a présenté les enseignements de cette enquête, à l’issue de laquelle le Bureau fédéral d’investigation a recommandé de ne pas engager de poursuites contre Hillary Clinton.

Dans sa présentation des conclusions du FBI, James Comey précise que  l’enquête du Bureau « s’est intéressée à l’existence ou non de preuve montrant que des informations classifiées ont été improprement conservées ou transmises sur ce serveur personnel », a rappelé le directeur, précisant aussi de quels chefs d’accusation la candidate pouvait être accusée:  faire une mauvaise utilisation de données classifiées, intentionnellement ou du fait d’une négligence, constitue un crime. Retirer des informations classifiées d’un système de stockage approprié est en revanche un délit.

L’enquête du FBI a aussi tenté de déterminer l’existence d’un éventuel piratage lié à ce serveur personnel. Cela a impliqué des mois de travail, car l’ancienne secrétaire d’Etat a en réalité utilisé plusieurs boîtes mails personnelles successives, dont certaines ont été désactivées au bout d’un certain temps.

Les enquêteurs du FBI ont donc lu approximativement 30.000 mails transmis par Hillary Clinton en 2015.  Les enquêteurs ont pu identifier les éléments classifiés contenus dans tous ces e-mails.

« Quand un e-mail était présumé comme contenant de possibles informations classifiées, le FBI le transmettait à tout département du gouvernement américain qui pouvait être « propriétaire » d’informations dans ces e-mails, afin que le département puisse déterminer si l’e-mail contenait des informations classifiées quand il a été envoyé et reçu, ou s’il existait une raison pour classifier l’e-mail » a posteriori, a-t-il exposé.

Le directeur du FBI précise aue 110 e-mails, contenus dans 52 chaînes de messages, ont ainsi été signalés par le gouvernement comme contenant une information classifiée leur appartenant.

Plusieurs niveaux de classification existent. Dans le détail, sept de ces chaînes de mails contenaient des informations classées Top Secret(Secret défense) au moment de l’envoi du mail. 36 chaînes contenaient des informations classées Secret information, et huit autres des données classéesConfidential information, le niveau le plus bas de la classification. 2000 mails additionnels ont été classifiés de manière rétroactive, passant au rang de Confidential information.

Un marqueur spécifique existe pour les mails contenant des informations classifiées. Mais l’enquête du FBI révèle que parmi les messages qu’il a épluchés, seul un très petit nombre comportait ce marqueur.

« Même si l’information n’est pas marquée ‘classifiée’ dans un mail, les participants qui savent ou devraient savoir que le sujet en question est classifié sont tout de même obligés de le protéger », a insisté James Comey.

Des milliers d’autres e-mails, acquis de différentes manières et ne faisant pas partie des 30.000 fournis aux autorités, ont aussi été étudiés. Certains avaient été effacés, mais le FBI a précisé qu’aucun élément ne permettait de penser qu’ils avaient été supprimés dans le but de cacher quelque chose. Au total, en 2014, 60.000 messages se trouvaient sur le serveur personnel d’Hillary Clinton. Des dizaines d’entretiens ont aussi été réalisés, Hillary Clinton elle-même ayant répondu aux questions du FBI samedi 2 juillet.

“Même si nous n’avons pas trouvé de preuve claire montrant que la secrétaire d’Etat ou ses collègues ont violé intentionnellement les lois prévalant au maniement des informations classifiées, nous avons la preuve qu’ils ont été extrêmement négligents, dans leur manière de gérer des informations hautement sensibles et classifiées », a déclaré le directeur du FBI.

Expliquant ses recommandations aux département de la justice, le directeur du FBI a précisé que celles-ci ne sont habituellement pas rendues publiques mais que « dans ce cas, étant donné l’importance du problème, une transparence inhabituelle est de mise ».

D’après le Bureau fédéral d’investigation, aucun « procureur raisonnable » n’entamerait de poursuites, à la lumière des éléments révélés par cette enquête.

« Tous les cas débouchant sur des poursuites impliquent une combinaison » de plusieurs éléments, a détaillé James Comey: « le mauvais maniement volontaire et clairement intentionnel d’informations classifiées », a-t-il cité, ou encore « des indications de déloyauté envers les Etats-Unis, ou des efforts pour faire obstruction à la justice ». « Nous ne voyons pas ces éléments ici », a-t-il déclaré.

“Par conséquent, même si le Département de justice prend les décisions finales sur de tels sujets, nous exprimons notre point de vue, qui est qu’aucunes poursuites ne nous semblent appropriées », a affirmé James Comey. Et le chef de la police fédérale de conclure:

« Ce que je peux assurer au peuple américain, c’est que cette enquête a été menée de manière compétente, honnête et indépendante. »

La ministre américaine de la Justice, Loretta Lynch, a assuré vendredi qu’elle se rangerait aux recommandations du FBI et des procureurs impliqués dans l’enquête, tentant ainsi d’écarter tout soupçon d’interférence politique dans ce dossier ultra-sensible.

Télécharger le texte de l’allocution de James B. Comey, directeur du FBI en anglais.