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La lenteur de la croissance du crédit au Maroc enregistrée au cours de ces dernières années, a amené le FMI (Fonds monétaire international) a s’interroger sur les cause de cette situation qui tranche avec celle qui a prévalu après la fin du cycle du boom du crédit de 2006-2008, lorsque le crédit a augmenté de 20% en moyenne annuelle, et après que la croissance du crédit se soit  normalisée à environ 15%, avant de décroître davantage ces dernières années à des niveaux proches de 2% -bien en-deçà de la tendance de 9 pour cent d’avant le boom du crédit. L’institution internationale note que cette situation soulève des questions sur les facteurs de croissance du crédit – en particulier depuis 2013, y compris si le crédit est simplement l’alignement sur les cycles économiques ou si des facteurs spécifiques concernant la demande et l’offre de crédit sont également en jeu.

Le présent a évalué l’évolution la croissance du crédit et ses facteurs. Il a, à cet effet présenté dans un récent document les faits stylisés sur les prêts bancaires et traité des facteurs de l’offre et de la demande pouvant freiner la croissance du crédit. Le document présente les résultats d’un modèle structurel de demande et d’offre de crédit au Maroc et mesure les niveaux de croissance du crédit à moyen terme au Maroc, en cohérence avec les fondamentaux attendus, basés sur l’information transnationale.

Le niveau de développement financier du Maroc est proche de la moyenne des marchés émergents. En général, les ratios plus élevés du rapport crédit /PIB sont corrélés avec un PIB par habitant plus élevé, mais après un certain seuil, les niveaux de crédit plus élevés dans l’économie augmentent également l’impact négatif des retombées financières, des crises et la contagion sur la croissance. L’indice du développement financier marocain est à la moyenne des marchés émergents, mais il est possible d’accroître l’accès et de développer les institutions et les marchés (Sahay et autres, 2015). Avec un crédit du secteur privé au PIB de 63%, le Maroc est bien en avance sur la moyenne des pays à revenu moyen inférieur (45% du PIB), en particulier l’Egypte (26,5% du PIB) et les Philippines (42% du PIB) Mais au-dessous de ses pairs à revenu moyen supérieur (113,5%), y compris la Turquie et le Panama (80% du PIB) et la Malaisie (125% du PIB).

Comme beaucoup d’autres pays, le Maroc a connu un boom de crédit au cours de la seconde moitié des années 2000. L’augmentation du crédit au secteur immobilier est passée de 11 pour cent du crédit total au secteur privé à 24 pour cent entre 2003 et 2008. Parallèlement, le crédit au secteur financier est passé de 13 à 20 pour cent, tandis que la part du crédit aux secteurs comme l’agriculture, la fabrication et les services sont demeurés constants.

Par type d’emprunteurs, actuellement, 55% du crédit est alloué aux entreprises privées, 38% aux ménages et 7% au secteur public. Même si le crédit bancaire au secteur public non financier ne représente que 5% du crédit total (soit 4% du PIB), le financement total des entreprises publiques s’élève à 23% du PIB. La majeure partie est fournie par des financements étrangers et, dans une moindre mesure, par des marchés de capitaux, auxquels ont accès quelques grandes entreprises publiques telles que la grande entreprise de phosphate (BAM 2015).

Par secteurs, le Maroc a un indice sectoriel de concentration acceptable de 0,13 (BAM 2015), le crédit étant distribué aux ménages (33%), y compris les hypothèques, les secteurs productifs (35%), en particulier les industries manufacturières et le secteur financier (15%).

Les prêts aux ménages, principal moteur de la croissance du crédit

La concentration des crédits est élevée, mais en baisse, et ne semble pas affecter les petites entreprises. En juin 2016, les expositions importantes envers une même partie ou à des groupes de contreparties équivalaient à 302 pour cent du capital de première catégorie du système bancaire Trier 1 (contre 376 pour cent en 2009), le total des crédits aux trois plus grandes entreprises diminuant à 6,2 pour cent du total du crédit bancaire contre 8,6 pour cent il y a un an. En même temps, cela ne semble pas se faire au détriment d’autres entreprises marocaines : la dernière Enquête Entreprises de la Banque mondiale montre qu’en 2013, 52% des entreprises marocaines disposaient d’une marge de crédit (contre 33% en 2007) et que Les grandes entreprises ont un meilleur accès (72 pour cent) que les PME (50 pour cent), des ratios plus élevés que les moyennes mondiales et moyen-orientales de 35 et 26 pour cent, respectivement.

Toutefois, la part du crédit accordée aux PME a diminué depuis 2013. Elle représentait 33% du total des prêts du secteur non financier en juin 2016 contre 36% il ya trois ans.

Identifier les contraintes possibles au crédit

Facteurs affectant la demande

Les cycles du crédit et des affaires sont alignés, mais les fluctuations du crédit ont été beaucoup plus importantes que celles du PIB. Avant le boom du crédit, le crédit réel était bien inférieur à la croissance du PIB, alors qu’il convergeait pendant la période de prospérité, dépassant le cycle du PIB bien après le boom. L’écart par rapport à la tendance de la croissance du crédit au PIB a été très important durant le boom du crédit, particulièrement au sommet de 2007, année où la croissance du crédit au PIB a dépassé le seuil de 10% identifié dans Dell’Ariccia et autres (2012). Au cours de la période postérieure au boom, et en particulier depuis 2012, le crédit a ralenti, la croissance réelle du crédit par rapport au PIB ayant été inférieure à la tendance plus récente d’un écart de crédit négatif.

Le désendettement du secteur des entreprises, en particulier dans le secteur de l’immobilier et des PME, est en cours depuis 2013:

– Le passif des entreprises privées envers les banques nationales diminue et entraîne une faible croissance du crédit.

Ces passifs sont passés de 25% du PIB à 51% du PIB entre 2004 et 2011. À la fin de 2010, les sociétés privées non financières absorbent la plus grande part du crédit (près de 50%). Le crédit bancaire des entreprises a diminué depuis lors et est actuellement de 42% du PIB absorbant 44% du total du crédit privé.

– Le crédit au secteur financier a été stable à environ 10% du PIB, soutenant la croissance du crédit ces dernières années.

– Le crédit immobilier a fortement diminué, notamment à cause de la restructuration de la dette de certaines grandes entreprises qui éprouvent des difficultés dans le secteur.

Entre 2012 et septembre 2016, les prêts hypothécaires n’ont augmenté que de 16% en termes nominaux, alors que les prêts aux promoteurs ont diminué de 5%.

– L’endettement des PME a également diminué. L’enquête BAM de 1600 entreprises indique que, entre 2010 et 2014, le ratio d’endettement des grandes entreprises est passé de 38 à 41%, tandis que celui des PME est passé de 20 à 13%.

– Dans certaines parties du secteur des entreprises, les indicateurs de santé financière se sont détériorés.

C’est le cas d’un échantillon d’entreprises cotées en bourse, dont beaucoup sont du secteur immobilier, et pour lesquelles les indicateurs indiquent un endettement plus élevé et une rentabilité moindre.

Le crédit aux ménages (prêts hypothécaires et prêts à la consommation) est devenu le principal moteur de la croissance du crédit et est plus important que dans les pays homologues. Avec 31% du PIB, la dette des ménages au Maroc est plus élevée que dans les économies émergentes comme l’Indonésie, le Mexique et la Turquie (moins de 20%). Les prêts hypothécaires et les prêts à la consommation sont passés de 11% et 2% du PIB à 18% et 5% du PIB, respectivement, entre 2006 et 2016.

Cependant, il n’existe aucun signe de stress financier significatif dans le secteur des ménages à ce stade. La dette des ménages est estimée à environ 50% du revenu du ménage. Ce taux est légèrement supérieur à celui de certains pays européens (comme la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie et la Slovénie), mais inférieur à celui des autres pays émergents comme la Malaisie, l’Afrique du Sud et la Thaïlande . L’endettement des ménages est libellé en monnaie locale et les prix des logements ont légèrement diminué depuis 2013, ce qui laisse supposer l’absence d’une bulle immobilière. En outre, les PNM des ménages ont diminué depuis 2014, avec une moyenne d’environ 6,3% à la mi-2016 (beaucoup moins que les créances douteuses d’entreprises).

Augmentation des créances douteuses dans l’immobilier, le tourisme, l’industrie et du commerce

L’augmentation des créances improductives et les besoins de provisionnement ont affecté la rentabilité des banques malgré les fonds propres suffisants. Avec une augmentation des créances improductives, des provisions plus élevées, une augmentation du coût du risque, une croissance du crédit atténuée et une baisse des marges nettes d’intérêt, la rentabilité des banques a diminué jusqu’en 2015 pour atteindre des niveaux inférieurs à la moyenne mondiale (Moody’s 2016). Toutefois, une reprise de la croissance du crédit et de la rentabilité a été observée en 2016.

Avec un financement stable et une liquidité excédentaire, les banques ont récemment acheté plus d’obligations d’État. Les banques marocaines bénéficient d’un financement stable composé principalement de (72%) des dépôts de la clientèle, dont 57% sont des dépôts à vue non rémunérés. Depuis 2013, les dépôts ont augmenté et les conditions de liquidité se sont améliorées, tandis que la croissance du crédit était faible. D’autre part, la faiblesse de la qualité du crédit a incité les banques à augmenter leurs achats d’obligations d’État à risque zéro (9,5% de leur actif aujourd’hui contre 6,5% en 2012).

L’allocation des crédits aux secteurs les plus touchés par le cycle défavorable, notamment le secteur immobilier, a été réduite :

– Les créances improductives ont augmenté, atteignant 7,9% en octobre 2016, contre 4,8% en 2011. À 11%, les créances douteuses du secteur des entreprises non financières sont les principaux moteurs de ce développement, tandis que les créances douteuses du secteur des ménages se sont stabilisées depuis 2014.

– Les secteurs ayant les niveaux de créances non productives les plus élevés sont ceux qui sont le plus touchés par la faible croissance en Europe, qui ont connu une modeste croissance économique et une baisse de rentabilité. Il s’agit notamment du tourisme, de la fabrication et du commerce.

– Les petites sociétés sont souvent confrontées à des pressions de liquidité en raison des retards de paiement qui affectent leur situation de trésorerie. Les enquêtes auprès des entreprises de BAM indiquent que la plupart des entreprises souffrent d’arriérés de la part de leurs clients (y compris les entreprises publiques) et que les retards les plus importants touchent les PME (près de 7 mois), les secteurs du développement immobilier (environ 18 mois) Industries (plus de trois mois) (BAM 2015).

Déterminants du coût du crédit

 

L’accès au crédit s’améliore en 2016, selon l’enquête réalisée par BAM. Les taux de prêts au Maroc sont inférieurs à ceux des pays de comparaison et des pays émergents.

Ces dernières années, elles ont diminué en raison d’une politique monétaire plus accommodante de la banque centrale.

Toutefois, les exigences en matière de garanties restent élevées, en particulier pour les petites entreprises. L’Enquête sur les entreprises de la Banque mondiale (2013) montre que le pourcentage de prêts qui exigent des garanties reste supérieur à la moyenne mondiale et MENA, malgré une baisse de 90 à 84 pour cent entre 2007 et 2013. La valeur des garanties nécessaires pour un prêt est Inférieure à celle des pays de comparaison et a diminué à une moyenne de 166 pour cent. Toutefois, elle demeure très élevée pour les petites entreprises, soit 224 pour cent, plus élevée que les moyennes mondiales et MENA. En outre, les entreprises considèrent l’accès au financement comme l’un des principaux obstacles pour faire des affaires au Maroc.

Une augmentation de 1% du crédit correspond à une hausse de 0,2% du PIB

La note du FMI examine la stagnation du crédit des dernières années sur la base d’un modèle structurel de l’offre et de la demande de prêts bancaires. L’offre et la demande sont fonction de la marge de crédit et de l’inflation. Le taux d’intérêt des prêts s’ajuste à «dégager le marché», c’est-à-dire à assimiler l’offre et la demande. Le principal défi pour l’estimation est de trouver des variables qui permettent d’identifier les courbes d’offre et de demande (appelées «shifters»). Ces shifters doivent passer de l’offre ou de la demande sans affecter l’autre. Par exemple, l’offre de crédit devrait se corréler négativement avec la croissance des prêts improductifs, tandis que la demande de crédit devrait dépendre positivement de la croissance du PIB. L’estimation porte sur l’endogénéité des variables explicatives à la croissance du crédit à l’aide d’une méthode de MGM. Un ensemble distinct de variables exogènes est utilisé comme un instrument pour les équations de l’offre et de la demande.

Aussi bien les «shifters» d’offre que de demande sont des variables statistiquement significatives avec les signes attendus.

La courbe d’offre est décalée par la position de liquidité des banques, tandis que la courbe de demande est décalée par les prix de l’immobilier. Le modèle montre également une relation négative entre la demande de crédit et les taux d’intérêt et une relation positive, quoique non significative, avec l’offre.

Sur la base des projections macroéconomiques fondamentales, la croissance du crédit devrait s’établir en moyenne à 4,5% à moyen terme. Conformément au PIB attendu et à la croissance de l’inflation, les estimations bas et haut de gamme pour les taux de croissance du crédit sont de 2,5 et 7% à moyen terme, la part du crédit dans le PIB demeurant constante. Cela est cohérent avec les tendances envisagées en matière d’investissement et de croissance du PIB, ainsi qu’avec les tendances du boom pré-crédit (avant 2006) et les profils d’approfondissement financier à travers le pays.

À moyen terme, le niveau de crédit aura un impact significatif sur le PIB. Une auto-régression des vecteurs, y compris le PIB, le crédit et d’autres indicateurs à haute fréquence, montre que l’inflation, l’indice boursier de l’ICSB, l’emploi et le niveau des prix de l’immobilier augmentent en réponse à une croissance accrue du crédit. Dans l’ensemble, une augmentation de un pour cent du crédit correspond à une augmentation de 0,2 pour cent du niveau du PIB dans les périodes ultérieures.

Les analyses ci-dessus suggèrent qu’il n’y a pas de problèmes majeurs dans le fonctionnement des marchés au Maroc. En général, la croissance du crédit s’aligne sur les cycles économiques, mais plus importante que le PIB.

Les recommandations du FMI

Les fluctuations du crédit suggèrent que les facteurs de la demande et de l’offre – principalement liés à l’augmentation des risques – jouent un rôle :

– La faible croissance du crédit depuis 2013 semble résulter en grande partie du cycle conjoncturel (crise financière internationale et incertitudes macroéconomiques connexes) et du cycle du crédit (boom post-crédit dans le secteur de l’immobilier, comme dans de nombreux pays);

– Du côté de la demande, un processus de désendettement des sociétés a eu lieu, en particulier dans le secteur de l’immobilier et dans les PME les plus touchées par les retards de paiement;

– Du côté de l’offre, l’augmentation des créances improductives et des besoins de provisionnement.

La rentabilité des banques et l’attribution de crédits aux secteurs les plus touchés par le cycle défavorable.

À long terme, le crédit devrait reprendre en ligne avec les fondamentaux du Maroc, et les politiques de soutien joueront un rôle important :

– L’action politique de la BAM sous la forme d’une nouvelle réduction du taux directeur en 2016 a contribué à soutenir une reprise naissante, indiquant que les mécanismes de transmission monétaire sont efficaces au Maroc;

– D’autres actions politiques, telles que les garanties publiques pour le crédit aux PME, ont contribué à stimuler l’offre de crédit aux PME;

– La réduction des retards de paiement sera essentielle pour améliorer encore la situation financière des PME et leur accès au crédit;

– Réduction des contraintes collatérales, en particulier pour les PME, et notamment en approuvant le projet de loi sur les garanties, permettrait d’améliorer l’accès au crédit des PME;

– L’augmentation de la provision pour créances douteuses sera également essentielle. La restructuration de la dette des entreprises, en particulier, peut aider à soutenir l’attribution de crédits aux secteurs qui ont été en retard depuis le boom du crédit du milieu des années 2000;

– L’augmentation de l’endettement des ménages devrait continuer à être suivie de près, notamment en ce qui concerne le crédit à la consommation (pour lequel les créances douteuses sont plus élevées).