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La chute des prix du pétrole et les conflits en cours continuent de peser sur les perspectives économiques de la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP).

Les incertitudes découlant des conflits en Iraq, en Libye, en Syrie et au Yémen minent la confiance, et les bas prix du pétrole ont des conséquences néfastes sur les exportations et l’activité économique des pays exportateurs de pétrole.

Les pays importateurs profitent, quant à eux, des possibilités offertes par le faible coût du pétrole, bien que la baisse des envois de fonds originaires des pays exportateurs annule en partie leurs gains.

La croissance de la région MOANAP sera modeste cette année, à 3½ %, et elle ne devrait guère progresser en 2017. Des incertitudes importantes entourent, toutefois, ces prévisions en raison des fluctuations des prix du pétrole et des menaces que représentent les conflits régionaux. Des transformations structurelles dans toute la région sont nécessaires afin d’améliorer les perspectives à moyen terme et de créer des emplois.

 

 

Pays exportateurs de pétrole : s’adapter à un pétrole moins cher

 

Malgré de récentes augmentations, le prix du pétrole — principal déterminant des perspectives des pays exportateurs de la région MOANAP — devrait se maintenir à un niveau faible dans les prochaines années. L’activité économique des pays du CCG devrait ralentir cette année en dépit d’une hausse constante de la production d’hydrocarbures.

Le rééquilibrage budgétaire et la réduction de la liquidité dans le secteur financier devraient faire baisser la croissance hors pétrole dans ces pays à 1¾ % en 2016, contre 3¾ % l’année dernière.

Elle devrait rebondir à 3 % l’an prochain avec le ralentissement du rythme de l’assainissement budgétaire. À moyen terme, la modération du frein budgétaire et un redressement partiel des prix du pétrole devraient porter la croissance hors pétrole des pays du CCG à 3½ %, bien en deçà du taux moyen de 7 % observé sur la période 2000–14. La croissance globale en Iran a été révisée à la hausse et devrait atteindre 4½ % cette année, en raison de l’augmentation plus rapide que prévu de la production de pétrole suite à la levée des sanctions.

Les perspectives pour l’Iraq, la Libye et le Yémen restent tributaires d’un apaisement des conflits qui sévissent dans ces pays.

 

Les efforts considérables de réduction des déficits déployés depuis l’an dernier se poursuivent, et le déficit budgétaire hors pétrole global pour 2016 devrait s’améliorer de plus de 5 % du PIB non pétrolier. Malgré les récentes mesures d’assainissement, dont les réformes salutaires des prix intérieurs de l’énergie, les déficits devraient rester élevés : tous les pays devraient enregistrer des déficits budgétaires cette année, et seuls les Émirats arabes unis, l’Iraq et le Koweït devraient afficher un excédent d’ici 2021. La poursuite du rééquilibrage budgétaire est nécessaire; elle suppose des choix politiques difficiles et l’adoption de mesures bien calibrées pour protéger les populations les plus vulnérables.

En outre, les pays doivent accélérer leurs réformes structurelles afin de diversifier leur économie pour la rendre moins dépendante des hydrocarbures, renforcer le rôle du secteur privé et créer des emplois pour leur main-d’œuvre en croissance rapide. La transformation économique prévue, telle qu’elle apparaît dans les plans de diversification, prendra du temps. Une mise en œuvre rigoureuse et continue sera un facteur déterminant de réussite.

 

Pays importateurs de pétrole de la région MOANAP : promouvoir une croissance partagée dans un environnement difficile

 

La stabilisation macroéconomique progresse sous l’effet des récentes réformes des subventions énergétiques et de la baisse des cours pétroliers. Pour autant, la croissance demeure fragile, sur fond de conflits régionaux persistants, de problèmes structurels non résolus et de faiblesse de la demande extérieure. À moyen terme, la croissance devrait rester trop timide pour faire face au chômage durablement élevé et à l’intégration économique limitée. Le coût élevé du service de la dette et la masse salariale importante restreignent les marges de manœuvre budgétaires et, dans certains cas, les facteurs de vulnérabilité extérieure sont encore nombreux. Pour stimuler la croissance et l’emploi dans le secteur privé, des réformes structurelles plus profondes s’imposent afin de réduire le coût de l’activité économique, d’améliorer l’accès aux financements et les débouchés à l’exportation et de rehausser les compétences des travailleurs. Une plus grande flexibilité des changes permettrait aussi d’améliorer la compétitivité dans certains cas.

 

 

 

Une activité économique en demi-teinte

 

Les progrès récents des réformes, la reprise progressive dans la zone euro et la baisse des cours pétroliers se sont traduits par une amélioration de la confiance et de la stabilité macroéconomique.

La croissance devrait ressortir à 3,6 % cette année et, en cas de nouvelles avancées sur le front des réformes, à 4,2 % en 2017. La persistance des conflits régionaux et des tensions sociales, la faiblesse de la compétitivité et les obstacles structurels profondément ancrés continuent à entraver les efforts visant à stimuler l’activité économique. La croissance, qui s’établit à 3–4 % depuis le Printemps arabe, est trop timide et insuffisamment partagée pour réduire le chômage élevé (11 %), notamment chez les jeunes (25 %).

Les réformes structurelles récentes et l’assouplissement monétaire devraient doper l’investissement, qui est appelé à devenir un moteur de croissance de plus en plus important. L’amélioration du climat des affaires, due aux premières initiatives de lutte contre la corruption (Afghanistan, Égypte), à l’amélioration de l’offre d’électricité pour les secteurs d’activité (Pakistan), à la simplification des réglementations et à la meilleure protection des investisseurs (Égypte, Jordanie, Maroc), ainsi qu’à l’assouplissement monétaire (Jordanie, Pakistan), contribue à stimuler l’investissement privé et la croissance du crédit au secteur privé.

L’investissement public a bénéficié des récentes réformes des subventions.

La masse salariale élevée du secteur public continue à alimenter le dynamisme de la consommation.

Traditionnellement, les envois de fonds, surtout en provenance d’Europe et du Conseil de coopération du Golfe (CCG), ont aussi favorisé la consommation, même s’ils ont commencé à diminuer en raison du ralentissement de l’activité économique dans le CCG. La répercussion de la baisse des cours pétroliers a en outre accru la confiance et les dépenses des consommateurs. Toutefois, le récent redressement partiel du prix du pétrole brut devrait effacer une partie de ces gains, mais avec un décalage dans le temps, car les détaillants n’ont pas encore répercuté les hausses des derniers mois sur les consommateurs. Au Maroc, la faiblesse de la production dans le secteur agricole (qui emploie plus d’un tiers de la population) a pesé sur les revenus et la consommation cette année, même si un rebond est attendu l’an prochain.

L’activité extérieure a été atone, en raison notamment de la faiblesse de la demande extérieure et de la compétitivité. Les exportations et le tourisme ont nettement reculé ces derniers mois, en partie sous l’effet du ralentissement de la croissance dans le CCG. En Mauritanie, le bas prix du minerai de fer (dû en grande partie au rééquilibrage en Chine) a réduit les exportations, et la faiblesse des cours pétroliers a eu le même effet au Soudan. Un rebond modéré des exportations de la région est attendu en 2017, sous l’impulsion de la hausse de la demande extérieure provenant des pays développés. La demande intérieure de la zone euro (premier partenaire commercial du Maghreb) devrait en particulier s’accroître, malgré les risqués liés au Brexit — résultat du référendum de juin 2016 au Royaume- Uni en faveur d’une sortie de l’Union européenne. Cependant, la faible compétitivité— qui s’explique aussi par une appréciation du dollar américain, sur lequel les monnaies de nombreux pays de la région sont indexées, et malgré la récente dépréciation du taux

de change (Égypte, Tunisie) — devrait, selon les prévisions, continuer à peser sur les parts de marché à l’exportation (Égypte, Mauritanie, Tunisie;. Les importations continueront à augmenter dans l’ensemble de la région parallèlement à la croissance de l’investissement.

La résolution du problème des pénuries de devises en Égypte contribuera aussi à cette progression et stimulera l’investissement et la production.

Les retombées des conflits régionaux freinent aussi l’activité économique. La situation sécuritaire difficile, y compris les récents attentats terroristes en Afghanistan, en Égypte, au Pakistan et en Tunisie, pèse sur la confiance et pénalise le tourisme. L’accueil d’un nombre croissant de réfugiés (Jordanie, Liban, Tunisie) accentue les pressions sur les infrastructures et les services de santé et d’éducation.

Malgré les avancées récentes, les obstacles structurels à la croissance subsistent. La piètre qualité des infrastructures de transport et de télécommunications et les pénuries d’électricité, de carburant et d’eau continuent à entraver l’activité économique. Les petites et moyennes entreprises (PME) ont toujours du mal à obtenir des prêts, car les banques financent essentiellement les grandes entreprises publiques.

Les progrès contrastés sur le front des réformes structurelles influent aussi sur la confiance. Si les progrès ont été assez réguliers dans certains pays (Jordanie, Maroc, Pakistan), ils ont été plus inégaux dans d’autres (Égypte, Mauritanie, Tunisie) et ont été ralentis faute de cohésion politique ailleurs (Liban).

L’inflation devrait s’accélérer l’an prochain. À 7,4 % en 2016, l’inflation est supérieure de près de 1 % au taux de l’an dernier. Elle devrait s’établir à 9,8 % en 2017, surtout en raison du taux d’inflation en Égypte. Jusqu’à présent, la persistance d’écarts de production importants, la faiblesse des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie (là où leur répercussion a été autorisée) et l’appréciation des monnaies par rapport à celles des principaux partenaires importateurs (la Chine et la zone euro, avec respectivement 15 % et 25 % des importations) ont pesé à la baisse sur l’inflation. Ces pressions ont été contrebalancées par la disparition progressive des subventions à l’énergie, la hausse des prix alimentaires et, dans certains cas, la dépréciation de la monnaie (Égypte, Tunisie), la monétisation des déficits budgétaires et des politiques monétaires accommodantes. L’an prochain, la région subira de nouvelles pressions à la hausse, imputables à l’augmentation des prix mondiaux de l’énergie, à la suppression progressive des subventions à l’électricité et à l’eau (Égypte, Tunisie) et à un accroissement de la demande intérieure sous l’effet de la montée en puissance de vastes investissements publics et privés (Égypte).

 

 

Des perspectives moroses à moyen terme

 

Les perspectives de croissance à moyen terme demeurent insuffisantes pour réduire le chômage, augmenter les revenus et améliorer l’intégration économique. Compte tenu de la faible croissance de la productivité et de la lenteur de l’accumulation de capital, la croissance potentielle reste fragile et, sur le plan des perspectives économiques à moyen terme, l ’écart se creuse entre la région et ses rivales de par le monde (graphique 2.6), surtout en ce qui concerne le revenu par habitant, étant donné sa forte croissance démographique. Si la croissance économique s’est redressée ces dernières années, elle n’a pas encore permis de résorber le chômage. La faible sensibilité du chômage à la croissance semble indiquer qu’il est avant tout structurel et s’explique notamment par l’inadéquation des compétences professionnelles. Sur la base des prévisions actuelles de croissance à moyen terme légèrement supérieures à 5 %, le taux de chômage de près de 11 % devrait reculer de seulement 3 points et s’établir à 8 % à l’horizon de 2021.

 

 

Accroissement des risques baissiers

 

Les risques baissiers intérieurs et extérieurs se sont accrus. La dégradation de la situation sécuritaire ou des tensions sociales, la lassitude face aux réformes, l’aggravation des retombées des conflits régionaux et/ou un ralentissement de la croissance dans la zone euro (peut-être provoqué par l’incertitude entourant le Brexit) pourraient peser sur la croissance économique. Le rééquilibrage économique de la Chine pourrait se traduire par des financements d’infrastructures plus faibles que prévu dans la région (Djibouti, Pakistan), par une moindre progression des perspectives de croissance des pays émergents et par une baisse des prix à l’exportation des produits de base (Mauritanie, Pakistan). La rupture des relations avec les correspondants bancaires pourrait déclencher des réductions des services financiers par les banques internationales ou régionales (Djibouti,

Soudan), ou un renforcement de la surveillance de l’activité bancaire (Liban). Les primes de risque pourraient s’accroître sensiblement — ce qui augmenterait les coûts de financement pour les administrations et les banques (et réduirait donc leur rentabilité) — en cas de tensions plus graves que prévu de la situation financière mondiale dans le contexte du rééquilibrage et du ralentissement en Chine, de la normalisation des taux d’intérêt aux États-Unis et/ou des retombées du Brexit. La recherche de la qualité par les investisseurs pourrait raffermir le dollar américain, d’où une perte de compétitivité plus marquée pour les pays qui fixent

le taux de change de leur monnaie par rapport au dollar, mais exportent surtout vers la Chine et la zone euro.

En revanche, les exportations pourraient augmenter parallèlement à la réintégration de l’Iran dans l’économie de la région (voir les Perspectives économiques régionales : Moyen-Orient et Asie centrale d’octobre 2015), et des avancées sont à noter concernant les accords commerciaux avec l’Union européenne (Jordanie). Le rééquilibrage en Chine pourrait aussi donner la possibilité d’accroître les exportations liées à la consommation.

 

 

Une situation budgétaire et extérieure vulnérable

 

Malgré les améliorations récentes, des facteurs de grande vulnérabilité budgétaire subsistent. Les réformes des subventions et des recettes devraient réduire les déficits budgétaires dans la plupart des pays importateurs de pétrole de la région Moyen- Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MOANAP) de 0,3 point, à 7 % du PIB en 2016, puis à 5,8 % en 2017, ce qui stabilisera la dette publique. Ces réformes ont aussi ménagé une marge de manoeuvre pour augmenter les dépenses consacrées à l’éducation, à la santé et à une assistance sociale ciblée. Ces dépenses ciblées auront un double impact : elles atténueront certains des effets négatifs à court terme du rééquilibrage budgétaire sur l’activité économique tout en stimulant la croissance à long terme. Il est nécessaire d’accroître les dépenses génératrices de croissance dans les secteurs infrastructurel et social pour remédier aux goulets d’étranglement au niveau de l’offre et améliorer les perspectives de croissance. Toutefois, il n’est guère possible d’accroître les dépenses en raison de la faiblesse des recettes publiques, de la masse salariale élevée dans le secteur public et de l’ampleur du service de la dette — notamment en Égypte, en Jordanie et au Liban, où la dette se situe entre 90 % et 145 % du PIB. Le récent redressement partiel des cours

pétroliers sera bénéfique pour les recettes des taxes sur les carburants. En revanche, pour les pays qui doivent encore finaliser les réformes des subventions énergétiques, il augmentera les dépenses publiques consacrées aux subventions (Égypte, Soudan, Tunisie), ou creusera les déséquilibres des entreprises publiques (notamment dans le secteur de l’électricité), ce qui accentuera le poids de l’endettement dans la plupart des pays.

Les positions extérieures présentent elles aussi des points faibles. Actuellement, les réserves internationales équivalent à six mois d’importations en moyenne dans l’ensemble de la région, mais sont inférieures à trois mois en Égypte et au Soudan.

Pour le Soudan en particulier, la cessation des relations avec les correspondants bancaires étrangers et la réduction des activités de crédit commercial ont freiné les échanges commerciaux, les envois de fonds et les investissements étrangers, ce qui a accentué les pressions sur les réserves. Jusqu’à présent, la faiblesse des exportations de la région a été largement compensée par une facture des importations d’énergie peu élevée. À mesure que les cours pétroliers se redresseront partiellement et que les importations liées aux investissements

progresseront, le coût global des importations et les pressions sur la balance des paiements augmenteront. Dans certains cas, une moindre dépendance à l’égard du pétrole (la Jordanie a renoncé à des contrats pétroliers à court terme onéreux au profit de contrats de gaz naturel à long terme avantageux), une hausse des investissements directs étrangers (Maroc, Pakistan) et des flux de financements publics externes (émission possible de dette souveraine en Égypte, au Pakistan et en Tunisie) auront un impact positif.

Le secteur financier est stable, mais il faut en améliorer la protection. Les systèmes bancaires demeurent solides avec des établissements généralement bien capitalisés, liquides et rentables — compte tenu de la croissance soutenue des dépôts, malgré le récent redressement du crédit. Les créances improductives sont élevées, mais diminuent progressivement. Le cadre réglementaire et la surveillance doivent être renforcés, de même que les régimes d’insolvabilité et de faillite des entreprises et, dans certains cas, les systèmes de garantie des dépôts.