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Favoriser une croissance plus inclusive dans les villes requiert un ensemble coordonné de politiques qui favorisent le capital humain, social et environnemental, note le récent rapport de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement) publié à l’occasion de la tenue, actuellement de la Conférence Habitat III  (« Mettre les villes au service de tous :  Données et mesures pour une croissance inclusive »). (L’échelle spatiale à laquelle ces politiques sont appliquées – les quartiers, les villes, les aires métropolitaines ou les régions – est d’une importance capitale et peut varier en fonction de la politique en question. Une sélection de bonnes pratiques provenant de villes à travers le monde révèle cinq principaux domaines d’action : l‘emploi, l’éducation et les compétences, le logement, les transports, des services et un environnement de qualité.

Des sociétés inclusives doivent pouvoir offrir des emplois correspondant à un large éventail de compétences, de qualifications et d’expériences professionnelles. Des initiatives conjointes nationales-locales de création d’emplois dans les activités locales appropriées peuvent promouvoir des marchés du travail plus inclusifs. Les gouvernements des villes sont bien placés pour soutenir des partenariats avec des institutions de l’enseignement, les entreprises situées sur leur territoire, les syndicats et la société civile, afin de mettre en place des politiques et des programmes de formation mieux intégrés.

Les groupes vulnérables – tels que les migrants récents, les minorités, les femmes ou les personnes handicapées – peuvent avoir besoin de soutien supplémentaire pour intégrer le marché du travail. La ville de Hambourg, par exemple, offre une formation linguistique et de perfectionnement des compétences aux potentiels entrepreneurs migrants dans les zones urbaines défavorisées. De même, le projet Young Urban Movement Project (YUMP), mis en place dans certaines villes suédoises et françaises, soutient les jeunes immigrants de deuxième génération grâce à des programmes d’entrepreneuriat.

Au-delà de la mise en relation des individus et des emplois, les initiatives doivent s’assurer que ces emplois n’enferment pas les individus dans la trappe de la pauvreté. Certaines villes canadiennes se sont attaquées à la pauvreté au travail avec des fonds d’investissement communautaire pour soutenir le développement de coopératives et d’entreprises sociales.

A cet effet, il convient :

-d’encourager la création d’emplois dans les industries locales pertinentes

-d’investir dans l’éducation et la formation en faveur des populations locales et travailler avec les employeurs pour améliorer les compétences de leur personnel

-de faciliter l’entrepreneuriat pour les immigrants, les jeunes et les femmes

-Soutenir les coopératives de travailleurs

Améliorer l’accès équitable à l’éducation dans les villes

Les résultats scolaires sont de puissants prédicteurs de revenus, de santé ou d’emploi pour l’avenir – et pourtant, il existe des inégalités criantes au sein des villes en termes d’accès à une éducation de qualité. Les enfants qui grandissent dans les quartiers les plus pauvres ont souvent accès à des écoles de moindre qualité. Des programmes d’éducation et de formation soigneusement conçus et adaptés localement peuvent aider à briser la ségrégation scolaire. Ces efforts doivent commencer le plus tôt possible. Les chiffres montrent en effet que l’investissement dans l’éducation de la petite enfance paye en termes de performance des élèves a posteriori.

Les programmes de choix d’établissement contrôlé et les programmes de chèques-éducation peuvent aider les enfants à faible revenu à poursuivre des études de qualité et développer les opportunités pour tous dans les villes. Les partenariats communautaires locaux entre les établissements, les autorités locales et les autres parties prenantes sont nécessaires afin d’encourager les jeunes à faible revenu à rester à l’école et à passer au niveau postsecondaire. Il est également important de concevoir un enseignement et des programmes de formation professionnelle axés sur l’emploi, et cela nécessite une bonne compréhension de l’environnement économique local et des industries innovantes.

A cet effet, il convient :

-de promouvoir des programmes de choix d’établissement contrôlé et des programmes de chèques-éducation

-d’investir dans des programmes d’éducation de la petite enfance

-d’établir des partenariats pour un enseignement et des programmes de formation professionnelle axés sur les industries locales créatrices d’emplois

La ségrégation résidentielle requiert une réponse politique

La ségrégation résidentielle par le revenu peut priver des couches de la population d’opportunités de participer au progrès social et requiert une réponse politique. Pourtant, une conception étroite des initiatives de régénération urbaine et environnementale peut entraîner une augmentation des prix des logements et exercer une pression sur les réseaux de transports, poussant ainsi les ménages à faible revenu à quitter les quartiers régénérés, tout en attirant des résidents plus aisés et des entreprises haut de gamme. Il est essentiel d’aligner efficacement les objectifs et les outils des différents niveaux de gouvernement, afin de créer un marché du logement plus inclusif et plus abordable. L’accès à la propriété bénéficie d’un soutien public national considérable, mais peut favoriser l’étalement urbain et entraver la mobilité du travail dans les villes. Un meilleur ciblage des allocations au logement peut également aider à promouvoir les quartiers urbains à revenus mixtes. Les logements locatifs sociaux visent à offrir un accès prioritaire aux ménages à faible revenu, mais peuvent exacerber la ségrégation résidentielle et imposer une charge financière inégale sur les municipalités. Même les politiques de « zonage inclusif », qui sont conçues pour augmenter l’offre de logements abordables pour les ménages à faible revenu dans des zones où les opportunités sont plus nombreuses, doivent être conçues avec soin afin d’éviter de renforcer involontairement l’exclusion urbaine. Construire un environnement inclusif dans les villes exige donc une approche holistique de la planification urbaine.

A cet effet, il convient :

-de promouvoir les quartiers à revenus mixtes, par exemple à travers un meilleur ciblage des allocations au logement.

-de supprimer les obstacles réglementaires au développement de logements de qualité à prix abordables.

Offrir des moyens de transport accessibles, abordables et durables

Des réseaux de transport efficaces constituent un outil politique puissant pour favoriser une croissance plus inclusive dans les villes. Étant donné que les choix en matière de logement et de transport façonnent tous deux une grande partie des choix des citadins, le coût de l’un et de l’autre doit être évalué conjointement. À cet égard, certains pays (tels que les États-Unis) ont commencé à élaborer des indicateurs multidimensionnels qui permettent de suivre les coûts des déplacements domicile-travail et de la vie dans les différentes parties d’une ville. Donner la priorité à l’échelle métropolitaine dans le cadre des investissements en faveur des logements et des transports permettrait également de garantir une réponse coordonnée au besoin de rendement économique, d’abordabilité et d’accès aux opportunités pour tous les citoyens. Dans le même temps, il est essentiel de trouver un équilibre entre la couverture du réseau, le caractère abordable et la viabilité financière.

Le secteur privé peut également jouer un rôle déterminant dans la lutte contre le manque de financements. Renforcer la participation des citoyens aux processus de planification peut aider à hiérarchiser les investissements. Enfin, améliorer l’attractivité des transports publics pourrait contribuer à rendre une augmentation tarifaire plus acceptable par les citoyens.

A cet effet, il convient :

-d’évaluer l’impact combiné des transports, du logement et d’autres décisions d’investissement sur les différents groupes socio-économiques.

-de favoriser les opportunités de cofinancement public-privé quand c’est possible

-de renforcer la participation des citoyens aux processus de planification des transports afin de mieux hiérarchiser les investissements.

Promouvoir des quartiers sains et des services publics fiables

Fournir un accès inclusif à des soins appropriés a des retombées allant de l’individu à la communauté en termes de santé publique, mais également des effets sur la productivité économique, le bien-être général et un accès plus large aux opportunités. La numérisation des services de soins, comme cela se fait dans de nombreuses villes du Japon, de Norvège et de Suède, et des programmes permettant d’offrir des services médicaux directement aux résidents n’ayant pas accès aux soins par manque de ressources, comme à Mexico, figurent parmi les initiatives couronnées de succès. Les instruments politiques permettant d’offrir à tous les résidents urbains un accès optimal à des possibilités nutritionnelles suffisantes comprennent, entre autres, des incitations fiscales à l’ouverture d’épiceries locales dans les zones mal desservies, des programmes nutritionnels dans les écoles ou des subventions ciblées pour les ménages à faible revenu. Une question importante qui a émergé dans les villes est celle de garantir la justice environnementale, à savoir un accès équitable aux biens environnementaux et l’équité face aux risques environnementaux. Les politiques visant à accroître l’accessibilité aux transports en commun, la réduction des embouteillages et la promotion de la rénovation urbaine dans les quartiers insuffisamment desservis, exigent une planification urbaine innovante menée en collaboration entre les secteurs public et privé. Les autorités gouvernementales, les résidents et les chefs d’entreprises doivent également travailler ensemble en faveur de l’assainissement de l’environnement sans pour autant stimuler la ségrégation environnementale. Un bon exemple d’une telle stratégie est l’approche « Just green enough » adoptée dans le quartier de Greenpoint à Brooklyn.

Il convient à cet effet :

-de faciliter l’accès aux soins et à d’autres services essentiels (tels que l’eau) pour tous.

-d’élaborer des stratégies globales de régénération urbaine.

-d’intégrer l’impact social des investissements en infrastructures dans les évaluations des décisions ex-ante.

Définir des indicateurs pour mesurer les progrès vers une croissance inclusive dans les villes

Rassembler des preuves solides, fixer des objectifs clairs à atteindre au niveau local et mettre en place des mécanismes de suivi sont autant d’éléments qui peuvent aider les décideurs à structurer le cours de l’action publique autour d’un calendrier transparent et d’étapes intermédiaires. La plupart des défis auxquels sont confrontées les villes sont complexes et multidimensionnels – faciliter les synergies entre les politiques pour faire face à ces défis nécessite donc un système de mesure qui englobe de multiples dimensions. Bien que ce rapport fournisse une base de données de référence commune au niveau des villes, les gouvernements devraient néanmoins les adapter localement et élaborer leurs propres indicateurs de bien-être et d‘évolution pour suivre les différents groupes sociaux. Les autorités locales au Royaume-Uni, par exemple, ont utilisé les Indices of Multiple Deprivation (IMD) pour calibrer les programmes de régénération et guider l’emplacement des programmes sociaux pour soutenir les enfants et les familles vulnérables. Le gouvernement fédéral australien a utilisé les Socio-Economic Indexes for Areas (SEIFA) pour allouer des fonds destinés aux localités pour la santé et les personnes âgées en tenant compte des disparités au sein de chaque localité.

L’échelle spatiale à laquelle les interventions politiques sont conçues et mises en œuvre a un impact majeur aussi bien sur le plan de l’efficacité que de l’inclusion. En règle générale, les services publics essentiels tels que les transports sont mieux pourvus à l’échelle plus large des métropoles, ce qui permet des économies d’échelle, une réduction des coûts et un accès plus équitable des citoyens aux services. Dans le même temps, ces politiques doivent être combinées avec un examen attentif de certains quartiers spécifiques qui pourraient nécessiter une action sur mesure.