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 « Un rebond des flux de 38 % à 1 760 milliards de dollars permet d’espérer que l’investissement international est enfin en train de revenir à une trajectoire de croissance durable, mais nous ne sommes pas encore sortis du bois », a déclaré M. Mukhisa Kituyi, Secrétaire Général de la CNUCED.

À l’échelle mondiale, la reprise d’IED a été forte en 2015, et les flux d’investissements directs étrangers ont bondi de 38 % à 1 760 milliards de dollars. Une forte augmentation des fusions-acquisitions internationales à 721 milliards de dollars, par rapport à 432 milliards de dollars en 2014, a été le facteur principal derrière la reprise mondiale. Une partie importante de la croissance de l’IED est due à d’importantes reconfigurations des entreprises multinationales, y compris des déplacements de leurs sièges pour des raisons stratégiques et une fiscalité est plus avantageuse (inversion fiscale).

La structure des flux d’IED a donc été influencée par des inversions fiscales, principalement aux États-Unis et en Europe : plusieurs méga-transactions ont entraîné le transfert du domicile fiscal des multinationales vers des juridictions qui offrent des taux d’imposition sur les sociétés plus bas, et qui ne prélèvent pas d’impôts sur les revenus mondiaux. Si l’on ne prend pas en compte ces reconfigurations d’entreprises à grande échelle, l’augmentation des flux mondiaux d’IED est plus modérée à environ +15 %. La valeur des investissements dans la création de capacités (« greenfield ») annoncés est restée à un niveau élevé : à 766 milliards de dollars.

Les entrées d’IED dans les économies développées ont presque doublé pour atteindre 962 milliards de dollars. En conséquence, la part des pays développés dans les entrées mondiales d’IED a bondi de 41 % en 2014 à 55 % en 2015 (figure 1), inversant la tendance des cinq dernières années au cours desquelles les régions en développement et en transition étaient devenues les principaux récepteurs de l’IED mondial. Une croissance forte des entrées a été enregistrée en Europe, ainsi que vers les États-Unis où l’IED a presque quadruplé par rapport au niveau historiquement bas de 2014.

Les économies en développement ont également vu leurs entrées d’IED atteindre un nouveau sommet à 765 milliards de dollars, en hausse de 9 % par rapport à 2014, grâce surtout  aux performances de l’Asie. Le niveau des entrées d’IED en Asie en développement a atteint un nouveau record, avec l’IED dépassant la barre de 500 milliards de dollars. Cette région demeure la principale région réceptrice d’IED dans le monde. Cependant, les flux vers l’Afrique et à l’Amérique Latine et les Caraïbes ont faibli et les flux vers les pays en transition ont encore diminué. Les économies en développement continuent de représenter la moitié des 10 premiers pays d’accueil des flux d’IED (figure 2).

Les sorties d’IED des économies développées ont augmenté de 33 % à 1 100 milliards de dollars, après trois années de déclin. En conséquence, les pays développés sont à l’origine de 72 % des sorties d’IED en 2015, contre 61 % en 2014. Cette augmentation de 11 % a renversé la baisse relative presque ininterrompue qui avait débuté en 2007. Malgré cette augmentation, l’IED sortant des pays développés est resté de 40 % inférieur à son niveau record de 2007.

Avec des flux sortants de 576 milliards de dollars, l’Europe, en tant que région, le plus grand investisseur au niveau mondial. Les multinationales en provenance du Japon représentent le second groupe investisseur le plus important (figure 3), tandis que les investissements par les multinationales de l’Amérique du Nord sont restés proches de leurs niveaux de 2014, en légère baisse à 300 milliards de dollars.

Dans la plupart des régions en développement et en transition en revanche, les sorties d’IED ont diminué. Principaux facteurs : une combinaison de défis, y compris la baisse des prix des matières premières, la dépréciation des monnaies nationales et des risques géopolitiques. La Chine est une exception notable à la tendance générale à la baisse dans les sorties d’IED des économies en développement et en transition : ses sorties d’IED sont restées élevées, passant de 123 milliards à 128 milliards de dollars, et elle a gardé sa position de troisième plus grand investisseur dans le monde, après les États-Unis et le Japon.

Une vague d’acquisitions a augmenté la part de l’IED dans le secteur industriel à plus de 50 % des fusions-acquisitions internationales en 2015. Les ventes ont atteint un sommet historique en termes absolus (388 milliards de dollars en 2015), dépassant le précédent record établi en 2007. L’IED dans le secteur primaire, d’autre part, a été fortement affecté par la baisse des prix des produits de base, ce qui a entraîné non seulement une réduction des dépenses en capitaux prévues, mais aussi une forte baisse des bénéfices réinvestis. La réduction des investissements dans l’industrie extractive a eu un impact significatif sur les flux d’IED vers les pays en développement en Afrique,  en Amérique Latine et dans les Caraïbes.

Les flux d’investissement vers les centres financiers – y compris ceux vers des entités ad hoc situées dans d’autres pays (« special purpose entities ») et vers des centres financiers offshore – ont diminué en 2015, mais restent élevés (ces flux sont exclus des statistiques de l’IED de la CNUCED). Les flux trimestriels par des entités ad hoc situés dans d’autres pays, en termes de valeur absolue, ont enregistré une très forte hausse par rapport à 2014, pour atteindre les niveaux élevés enregistrés en 2012-2013. Dans le même temps, les flux d’investissement vers les centres financiers offshore ont continué à diminuer comparé à leur récent record de 132 milliards dollars en 2013, mais sont restés à peu près au niveau des flux des années précédentes.

La persistance des flux financiers, acheminés par les centres financiers, et les pertes fiscales potentielles en raison de la déconnexion entre la génération de revenus et l’investissement productif, soulignent le besoin urgent de créer une plus grande cohérence entre les politiques fiscales et d’investissement au niveau mondial.

Une baisse des flux d’IED est attendue en 2016 dans les pays développés, ainsi que les pays en développement, sauf si une autre vague de mégafusions transfrontalières et reconfigurations entreprises se produit. La CNUCED prévoit que les flux d’IED vont probablement se contracter de 10-15 % en 2016, reflétant la fragilité de l’économie mondiale, la faiblesse persistante de la demande globale, la faible croissance dans certains pays exportateurs de produits de base, les mesures politiques efficaces pour réduire des transactions visant l’inversions des impôts et l’affaissement des profits des multinationales en 2015 au plus bas niveau depuis la crise économique et financière mondiale de 2008-2009.

Des risques géopolitiques élevés et des tensions régionales pourraient encore amplifier le ralentissement attendu des IED. À moyen terme, les flux d’IED devraient renouer avec la croissance en 2017 et dépasser 1 800 milliards de dollars 2018.

Télécharger le Rapport sur l’investissement dans le monde 2016 en anglais