the bank

Dans une conjoncture marquée par une décélération du crédit et une nouvelle montée des défauts de paiements, les banques ont vu leur résultat baisser globalement de 6,5% en lien notamment avec le resserrement des marges d’intérêt, la hausse du coût du risque et la baisse des résultats sur les opérations de marché. En couverture du risque de crédit, les banques ont

doté des provisions spécifiques représentant 68% de leurs créances en souffrance, contre 65% en 2014. Les provisions à caractère général pour couvrir les risques non avérés ont atteint 6,5 milliards de dirhams.

Parallèlement, les fonds propres des banques et leurs coussins de liquidité ont continué de se renforcer. Le ratio de fonds propres moyen s’est établi à 13,7% et celui des fonds propres de catégorie 1 à 11,8%. De même, leur liquidité s’est nettement redressée, en liaison essentiellement avec le renforcement des réserves de change. Le recours aux avances de Bank Al-Maghrib s’est réduit à un montant de 35 milliards de dirhams en moyenne au lieu de 55 milliards une année auparavant.

Les bons fondamentaux du secteur bancaire ont été globalement confirmés par les résultats des exercices de stress tests, qui soulignent la capacité des banques à absorber des chocs macroéconomiques plausibles. Le risque de contagion reflétant l’exposition des banques à leurs filiales implantées à l’étranger demeure faible. Elles sont toutefois, vulnérables aux chocs potentiels susceptibles d’impacter la qualité du crédit de leurs plus grandes contreparties.

Pour sa part, le secteur des assurances a vu son activité progresser de 7%. Les plus-values latentes des entreprises des assurances se sont de nouveau repliées pour ne représenter que 5,9% de leurs actifs représentatifs, en relation avec la contreperformance de la bourse.

Les actifs liquides des entreprises d’assurances ont représenté près de 2,5 fois leurs passifs exigibles, reflétant une forte capacité à couvrir leurs éventuelles sorties de trésorerie.

Le niveau de la marge de solvabilité, couvrant le risque de souscription, s’est situé à 408% du minimum réglementaire à fin 2015, contre 406% à fin 2014. Ce taux devrait, néanmoins, baisser avec l’adoption du principe de la solvabilité basée sur les risques.

La situation financière des régimes de retraite reste toujours fragile, notamment au niveau du régime des pensions civiles. Les prestations servies par ces régimes ont dépassé pour la deuxième année consécutive les cotisations perçues. Leur équilibre technique a poursuivi sa dégradation en lien avec une faible tarification et un niveau important des engagements. Cette situation qui menace la viabilité à long terme des régimes de retraite est plus critique au niveau du régime des pensions civiles qui a enregistré un deuxième déficit après celui de 2014 et pourrait voir ses réserves s’épuiser en 2022 en l’absence d’une mise en oeuvre urgente de sa réforme paramétrique. Le financement de ce déficit ne sera pas sans impacts sur les finances publiques, les marchés financiers et les ménages.

Après le tassement enregistré en 2014, l’activité des 19 banques universelles, mesurée par le total de leurs actifs, a progressé de près de 4% à fin 2015. Toutefois, son ratio par rapport au PIB a continué son trend baissier entamé depuis 3 ans pour s’établir à 117%, contre un pic de 123% en 2012. Cette évolution résulte majoritairement des opérations réalisées avec les établissements de crédits qui se sont accrues de près de 20% et dans une moindre proportion, des crédits à la clientèle. L’évolution des emplois des banques a été refinancée majoritairement par les dépôts de la clientèle qui ont enregistré une progression de 6,4%, plus dynamique que celle des crédits. terme de structure, les emplois des banques ont continué à être centrés sur les crédits à la clientèle dont la part s’est située à près de 61% à fin 2015, en baisse toutefois de 0,9 point, au profit des opérations avec les établissements de crédit dont la part s’est établie à 14,4%, contre 12,5% une année auparavant.

Ces emplois continuent d’être financés majoritairement par les dépôts de la clientèle dont la part, dans les ressources des banques, s’est située à 72%, en hausse de deux points par rapport à 2014, au détriment du refinancement obligataire dont la part a reculé d’un point et des ressources provenant des établissements de crédit qui ont perdu 0,8 point, reflétant le recours moindre aux avances de Bank Al-Maghrib.

Les crédits ont été accordés, pour une part majoritaire, en monnaie locale, ceux libellés en devises n’ayant représenté qu’une part de 2,2% à fin 2015, après 3,4% une année auparavant.

Les banques ont continué à assurer un financement diversifié sur le plan sectoriel, l’indice IHH de concentration des crédits octroyés aux entreprises oscillant aux alentours de 0,13 depuis 2010. La part des crédits accordés au secteur financier s’est située à 13%, celle revenant aux crédits au secteur du BTP s’est située à un peu plus de 11% et a été constituée pour près de 70% par des crédits aux promoteurs immobiliers, contre 75% en moyenne au cours des 5 dernières années. Les crédits octroyés au secteur des industries manufacturières ont représenté, quant à eux, une part de 10,5%.

Les engagements bilan portés par les banques sur les « grands débiteurs »16 ont cumulé 54% des crédits accordés aux entreprises en 2015. En intégrant les engagements hors-bilan portés par les banques, ces dettes représentent près de trois

fois leurs fonds propres, en retrait par rapport à 2014 où elles se situaient à 3,4 fois et à la moyenne enregistrée entre 2004

et 2013 de 3,5 fois. Cette baisse s’explique notamment par le processus désendettement de certains grands débiteurs en difficulté, notamment ceux opérant dans le secteur de la promotion immobilière.

Quoiqu’en baisse, le niveau de ces engagements reste important, résultant notamment de l’accroissement des expositions des banques sur certains grands groupes sans disposer d’éléments complets sur leur situation financière consolidée et sur leur recours à la dette privée. Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib a entrepris une réforme visant à améliorer la transparence financière des groupes d’entreprises vis-à-vis des banques.

Les créances en souffrance portées par les banques se sont accrues de 9,2% en 2015, après 20% en 2014, pour atteindre 57,7 milliards de dirhams, ramenant ainsi le ratio des créances en souffrance à 7,4% contre 6,9% en 2014 et 5,9% en 2013.

Les créances classées dans la catégorie compromise constituent 77% du total des créances en souffrance. Leur part a ainsi

largement augmenté d’une année à l’autre, soit un additionnel de 5,6 milliards de dirhams enregistré depuis la fin de l’année

  1. L’encours des créances douteuses a faiblement progressé de 0,1 milliard de dirhams pour représenter 18%, au lieu de 20% une année auparavant, tandis que les créances pré-douteuses se sont réduites de 0,8 milliard de dirhams, représentant 4%, contre 6% en 2014.

Les banques ont constitué en 2015 des provisions spécifiques en hausse de 14,7% par rapport à fin 2014, ramenant le taux de couverture des créances en souffrance à 68% contre 65% en 2014. Par catégorie de créances en souffrance, ce taux est de 76% pour la catégorie compromise, 47% pour la catégorie douteuse et 13% pour la catégorie pré-douteuse. En sus des provisions précitées, les banques ont constitué des provisions à caractère général en couverture des risques non avérés. Ces provisions ont totalisé un montant de 6,5 milliards de dirhams, soit près de 3,1 fois leur niveau enregistré à fin 2011 en progression de près de 5,7% par rapport à 2014

Dans un contexte de ralentissement de l’activité crédits, les banques ont dégagé un résultat bénéficiaire de 9,4 milliards de dirhams, en repli de 6,5% par rapport à l’exercice précédent.

Ce repli reflète un resserrement des marges d’intérêts avec la clientèle, l’accroissement du coût du risque des banques et l’effritement de près de 23% du résultat des opérations de marché, qui a subi une correction après deux années de hausses

exceptionnelles successives liées à une conjoncture de baisse des taux d’intérêt sur le marché de la dette obligataire.

La baisse du résultat découlant de ces opérations était à l’origine d’un recul de 1,1% du produit net bancaire et ce, en dépit

de la progression de 6,4% de la marge sur commissions. La marge d’intérêt, principale source de résultat pour les banques (72% du PNB à fin 2015) a progressé de 3,8%, impactée par le ralentissement du crédit à la clientèle ainsi que par la baisse des taux débiteurs.

Les charges générales d’exploitation des banques ont progressé de 5,4% totalisant près de 21,4 milliards de dirhams, portant

leur coefficient moyen d’exploitation à 49%.

La baisse des résultats des banques a induit un recul du taux rendement de leur fonds propres (ROE) qui a perdu plus de 1 point, se situant à 9,1%. Le taux rendement de leurs actifs (ROA) s’est situé quant à lui à 0,8%.

Les fonds propres prudentiels des banques se sont établis à 112 milliards de dirhams, en légère hausse de 0,8% par rapport

à l’année dernière. La structure de ces fonds propres s’est maintenue, ceux de catégorie 1 ayant représenté 86% du total, contre 87% une année auparavant.

Pour leur part, les actifs pondérés par les risques ont atteint 815,5 milliards de dirhams, en hausse de 1,4% par rapport à

fin 2014. Ceux-ci ont été, à l’instar des exercices antérieurs, constitués majoritairement par les actifs pondérés par le risque de crédit avec une part de 85%.

Ainsi, le ratio de fonds propres moyen s’est établi à 13,7% et celui des fonds propres de catégorie 1 s’est situé à 11,8% (supérieur au minimum réglementaire de 9%), tous les deux en quasi- stagnation par rapport à fin 2014.

Les dépôts collectés auprès de la clientèle ont connu une légère décélération en 2015, passant à 6,4%, après 6,6% en 2014, pour un encours total de 819 milliards de dirhams. Cette évolution recouvre le recul du rythme de croissance des dépôts des ménages, constituant plus que 70% du total des dépôts. Les dépôts des marocains résidents ont décéléré de 7,5% en 2014

à 7%, alors que les dépôts des marocains résidents à l’étranger ont connu une hausse de 5,7% au lieu de 4,4% une année auparavant. Ces derniers ont cumulé à fin 2015, un montant de 164 milliards de dirhams.

Les dépôts des autres agents non financiers se sont de nouveau redressés, enregistrant une croissance de 9,4% après 4,5% une année auparavant, en rupture avec la tendance baissière observée depuis 2010. En revanche, les dépôts des agents financiers, représentant 4% du total des dépôts, constitués principalement des dépôts des OPCVM et des compagnies d’assurances ont enregistré une baisse de 20% après une hausse de 23% en 2014.

La baisse du recours des banques au marché de la dette obligataire s’est confirmée en 2015, dans un contexte de dynamisme des dépôts et de baisse des besoins de refinancement.

En effet, l’encours global de la dette obligataire s’est chiffré à 80 milliards de dirhams, en recul de 9,1% après un repli de 2,1%

une année auparavant. Les titres de créances émis, représentant 62% du total de la dette obligataire, sont à l’origine de cette

contraction avec une baisse de 21,5%, légèrement atténuée par les émissions de dettes subordonnées, qui ont progressé de près de 23%.

Dans le même sillage, les banques ont eu moins recours aux avances de Bank Al-Maghrib, qui ont totalisé au titre de l’année

2015, 35 milliards de dirhams en moyenne (23 milliards de dirhams en fin d’année) contre 55 milliards en moyenne en

2014 (42 milliards de dirhams en fin d’année).

L’atténuation des déficits de liquidité des banques s’est traduite par une amélioration du coefficient d’emploi17, qui s’est établi à 95% au lieu de 99% en 2014.

Les matelas d’actifs liquides des banques ont enregistré une hausse de 25,3% par rapport à fin 2014 et demeurent majoritairement constitués par des bons du Trésor.

Dans le même sens, le ratio de liquidité à court terme « LCR », rapportant les actifs liquides de haute qualité aux sorties nettes

de trésorerie sur une période de 30 jours, s’est situé à 168% à fin 2015 en nette amélioration et largement au-dessus, en moyenne, du seuil minimum de 60% fixé pour 201518.

Projet de réforme engagée par Bank Al-Maghrib pour améliorer la transparence financière des groupes d’entreprises vis-à-vis des banques

Le projet de réforme fixe les éléments d’information minimums devant être requis par les établissements de crédit dans le cadre de l’instruction et la surveillance des dossiers de crédit, des contreparties relevant de groupes cumulant une dette bancaire supérieure ou égale à 500 millions de dirhams. Ces éléments portent sur :

– les comptes consolidés du groupe certifiés par des commissaires aux comptes.

– la dette bancaire du groupe.

– la dette privée des contreparties du groupe, y compris les émissions futures envisagées.

La réforme requiert également des établissements de crédit de consulter préalablement à l’octroi de crédits un rapport de solvabilité sur le groupe d’entreprises.

Afin d’assurer une meilleure application de ces dispositions, une pondération de 150% au lieu de 100%, sera appliquée aux expositions des établissements de crédit sur les groupes pour lesquels l’information financière n’est pas conforme aux exigences édictées par cette réforme. La mise en application de la majoration de la pondération interviendra progressivement de 2016 à 2018.