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Les quatre incidents terroristes qui ont eu lieu au cours du mois passé (Orlando, États-Unis; Magnaville, FR, Nice, FR, Würzburg, DE) mettent en évidence les difficultés opérationnelles pour détecter et mettre en échec les attaques des acteurs isolés. Dans le TE-SAT 2016 (rapport d’Europol dont nous avons donné un résumé), Europol souligne que de telles attaques restent une tactique privilégiée par l’Etat islamique (IS) et al-Qaïda (AQ). Les deux groupes ont appelé à plusieurs reprises les Musulmans vivant dans les pays occidentaux à perpétrer des attaques d’acteurs isolés dans leur pays de résidence. Cela a été fait par le biais de nombreuses publications et messages affichés en ligne. Les dirigeants de l’EI  tracé deux orientations aux Musulmans (qui leur fon allégeance. NDLR) vivant en Occident : soit migrer vers le territoire de l’Etat islamique ou effectuer une attaque terroriste dans leurs lieux de résidence. Pour sa part, AQ considère les attaques des acteurs isolés comme un outil stratégique à sa disposition, tolérant les attaques individuelles aussi longtemps qu’ils intègrent l’objectif de son jihad mondial.

Bien que l’EI ait revendiqué les dernières attaques, aucune d’elle ne semble avoir été planifiée, logistiquement soutenue, ou exécutée directement par l’EI, selon les informations disponibles à Europol. L’allégeance faite par les auteurs des attentats Orlando, Magnaville et Würzburg indique qu’ils étaient des partisans de l’EI, mais leur implication réelle dans le groupe ne peut être établie. De plus, il n’y a actuellement aucune preuve qui suggère que ‘attaquant de Nice attaquant se considérait comme un membre de l’EI. Il est rapporté qu’il a été radicalisé dans un laps de temps très court et qu’il a consommé de la propagande djihadiste durant  les jours précédant l’attaque. Dans le cas de Würzburg, les médias rapportent qu’un drapeau de l’EI fait à la main a été trouvé dans la chambre de l’auteur.

L’EI a revendiqué les attaques, mais l’affiliation des auteurs au groupe n’a pas été clairement établie. La formulation utilisée dans les messages revendiquant la responsabilité est notable. L’agence A’maq prétend avoir reçu des informations d’une «source» non identifiée, indiquant que les attaques ont été menées par des «soldats du Califat» ou un «combattant de l’EI». Ceci contraste avec les revendications claires de l’EI de la responsabilité des attaques en novembre 2015 Paris et en mars 2016 à Bruxelles, en disant que les assaillants étaient ses membres envoyés en vue perpétrer l’attaque. Cette différenciation peut indiquer que l’EI souhaite maintenir un niveau de «fiabilité», si des informations contredisant sa revendication de responsabilité émergeaient.

En dépit du fait qu’un certain nombre d’acteurs isolés attachent la religion et l’idéologie à leurs actes, le rôle des problèmes de santé mentale potentiels ne doit pas être négligé. L’attaquant de Nice aurait souffert d’un trouble psychiatrique grave et recevait un traitement médical. En décembre 2014, deux attaques avec des modes opératoires similaires ont eu lieu en France (TE-SAT 2015). Dans les deux cas, les auteurs semblaient souffrir d’une maladie mentale. Le 21 december2014 à Dijon, la police a arrêté un homme après avoir poursuivi plus de 11 personnes dans cinq zones différentes de la ville. Le suspect était connu de la police pour des activités criminelles non liées au terrorisme et a finalement été confirmé comme souffrant de schizophrénie. Le 22 December2014 à Nantes, un homme a conduit une camionnette en direction foule dans un marché de Noël, puis tenté de se suicider en se poignardant. Une personne est morte, et neuf autres ont été blessés. L’auteur aurait été «déséquilibrée».

La recherche universitaire récente a montré que près de 35% des auteurs d’attaques  isolés qui se sont produites entre 2000 et 2015 ont souffert d’une sorte de trouble de santé mentale. Le rapport d’Europol sur les changements dans le modus operandi de l’EI mentionne également qu’une partie importante de combattants étrangers ont été diagnostiqués avec des problèmes de santé mentale avant de se joindre l’EI.

Même si l’idéologie peut être utilisée par les auteurs terroristes à jeter une ombre sur les motivations individuelles  psychologiques plus profondes de leurs actes, il ne faut pas négliger le pouvoir de motivation du discours djihadiste à certains publics. L’idée de redonner confiance à la «nation musulmane» pour répondre à l’intervention étrangère perçue ou réelle dans les affaires musulmanes a émergé comme le thème central dans les messages enregistrés sur bande magnétoscopique des auteurs des attentats Magnaville et Würzburg. La fonction de l’idéologie est de diagnostiquer le problème dans une situation particulière et prescrire des mesures pour le résoudre. L’idéologie djihadiste actuelle en Europe identifie un «incroyant» à un partisan d’une campagne mondiale contre l’islam, légitimant le ciblage des militaires et et des civils au nom de la défense de l’idée djihadiste.

Dans les cas où l’auteur a un trouble mental, l’idéologie pourrait avoir un effet aggravant, conduisant à différents choix de cibles et de l’attaque.