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Le nouveau rapport de l’OCDE présenté vendredi à Paris, aborde la crise des réfugiés dans une vision relativement optimiste, insistant sur la prise en charge collective des flux de migrants, l’optimisation des capacités de ceux-ci et leur intégration par un certain nombre d’actions.

L’afflux récent de demandeurs d’asile reste faible par rapport à la population totale de l’UE, même si ces demandeurs d’asile ne constituent qu’une partie des flux entrants totaux. Toutefois, la plupart des demandeurs d’asile qui sont arrivés en 2015 n’ont introduit une demande de protection que dans quelques États membres –principalement en Allemagne, en Autriche, en Hongrie et en Suède, dans lesquels ils représentent souvent une part non négligeable de la population (près de 2 % en Suède et en Hongrie). Les mesures budgétaires liées à l’afflux de réfugiés, notamment les dépenses visant à couvrir leurs besoins initiaux et à les intégrer sur le marché du travail, prévues pour 2016 sont estimées à environ 0.1-0.2 % du PIB de l’UE, mais peuvent atteindre 0.9 % du PIB en Suède (OCDE, 2015c). L’impact à long terme de l’afflux actuel de demandeurs d’asile sur la croissance est incertain. Les nouveaux arrivants grossiront les rangs des travailleurs potentiels, mais le nombre de ceux qui décrocheront réellement un emploi, à quelle échéance, et pour quelle productivité une fois occupés, sont des éléments qui dépendront de la qualité et de la rapidité de leur intégration dans la société et sur le marché du travail.

Il est essentiel que les États membres et les institutions de l’UE prennent des mesures globales et coordonnées pour prendre en charge ces demandeurs d’asile et les migrants en situation régulière, ainsi que ceux qui pourraient arriver dans les années à venir. Leur intégration réussie passe par l’application de mesures générales adaptées qui prennent en compte leur pays d’origine, leur formation et leur situation familiale (OCDE, 2015c; OCDE, 2015d). Ces programmes, qui tentent de remédier au manque de compétences transférables et à améliorer la maîtrise de la langue du pays d’accueil, mais qui tirent aussi parti des mesures actives du marché du travail et des subventions salariales, sont souvent parvenus à renforcer l’emploi des immigrés et à faciliter leur intégration (FMI, 2016a). Il est important de ne pas créer de fortes concentrations d’immigrés et de les installer là où il existe des possibilités d’emploi (OCDE, 2016a).

 

 

Exploiter pleinement les compétences des réfugiés

L’intégration des réfugiés repose également sur l’adoption d’une stratégie permettant d’exploiter pleinement leurs compétences ; cette stratégie associe un bilan de leurs qualifications, une formation complémentaire et une valorisation de leurs compétences, notamment en ce qui concerne la langue du pays d’accueil, mais aussi, enfin, des mesures d’activation (OCDE, 2015d). Les immigrés diplômés du supérieur ont tendance à rencontrer davantage de difficultés que leurs pairs autochtones sur le marché du travail du pays d’accueil, en partie parce que la reconnaissance de leurs diplômes est problématique (OCDE/Union européenne, 2015). Les immigrés peu qualifiés dans l’UE dans son ensemble bénéficient de taux d’emploi analogues à ceux des individus nés dans le pays, mais les résultats varient considérablement d’un État membre à un autre. En ce qui concerne les enfants, une formation précoce à la langue du pays d’accueil, rapidement après leur arrivée, y compris pour les enfants n’ayant pas encore l’âge de fréquenter l’école primaire, est essentielle à la réussite de leur passage dans le système éducatif. D’après des données récentes du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), il est important que les établissements disposent de moyens suffisants pour aider les élèves issus de l’immigration à apprendre la langue du pays d’accueil et à surmonter le traumatisme de l’exode (OCDE, 2015e).

Par rapport aux années 90, où de nombreux réfugiés dans l’Union européenne ont obtenu un statut qui les a exclus, souvent pendant des années, du marché du travail, la plupart des demandeurs d’asile actuels bénéficient d’un meilleur accès au marché du travail, y compris durant la phase qui précède la décision relative à leur demande (OCDE, 2015d).

Cette amélioration est bienvenue étant donné que l’entrée précoce sur le marché du travail apparaît comme étant un facteur essentiel d’intégration durable des immigrés (OCDE, 2014a). Cela dit, les conditions d’accès au marché du travail pendant le traitement des demandes d’asile varient considérablement selon les pays de l’UE (OCDE, 2015f). Dans certains pays (Grèce, Portugal, Suède), l’accès au marché du travail peut être accordé presque immédiatement, tandis que dans d’autres, le temps d’attente est de 2 mois (Italie), 3 mois (Allemagne, Autriche, Finlande), 4 mois (Belgique), 6 mois (Espagne, Pays-Bas, Pologne, République tchèque), 9 mois (France, Hongrie, Luxembourg), voire 12 mois (Royaume-Uni).

Même au terme de ces périodes d’attente, l’accès au marché de l’emploi peut être subordonné à la satisfaction d’autres conditions.

Les différences de délai d’accès au marché du travail sont liées pour l’essentiel à la durée moyenne de la procédure de demande et de prise de décision. Il serait peut-être possible de réduire la durée moyenne de la procédure classique, notamment en simplifiant les démarches, en ayant davantage recours aux procédures accélérées, et en imposant des amendes aux administrateurs qui ne respectent pas les délais ; de telles mesures ont été prises aux Pays-Bas, où la majorité des demandes est examinée dans un délai d’un mois. Ces mesures pourraient être complétées par l’annulation des tests du marché du travail qui exigent des employeurs qu’ils recherchent des travailleurs résidents compétents avant d’en embaucher d’autres (FMI, 2016a).

La Commission a formulé plusieurs propositions législatives et non législatives pour gérer la crise. Parmi ces propositions figurent le mécanisme permanent de relocalisation des réfugiés dans les États membres et le développement de Frontex en un Corps européen de gardes-frontières et de garde-côtes doté d’une réserve de gardes-frontières rapidement mobilisables et d’un parc d’équipements techniques. Les propositions, notamment en faveur d’une meilleure protection conjointe des frontières extérieures de l’espace Schengen, sont positives parce qu’elles renforcent la confiance dans la capacité de l’Union européenne à gérer la crise, par le biais d’une action collective. Cependant, les mesures prises au niveau de l’UE ne suivent pas les développements sur le terrain, et les États membres sont lents à remplir leurs engagements, notamment la relocalisation d’urgence des demandeurs d’asile convenue en septembre 2015 et les promesses de compléter le financement européen accru en faveur des réfugiés par le biais de contributions supplémentaires. L’accord de mars 2016 entre l’UE et la Turquie, s’il est pleinement mis en oeuvre, pourrait décourager l’immigration irrégulière.

La crise a notamment eu pour effet à court terme de mettre à rude épreuve le dispositif Schengen, dans le cadre duquel les individus peuvent circuler librement entre la plupart des pays de l’UE (et les quatre pays de l’espace Schengen non membres de l’UE appartenant à l’Association européenne de libre-échange) comme s’ils se déplaçaient à l’intérieur d’un même pays. La dissolution de l’espace Schengen entraînerait une hausse des coûts de transaction et de transport, ce qui nuirait aux chaînes d’approvisionnement transfrontalières. Des simulations effectuées à partir de deux modèles d’équilibre général calculable reposant sur des hypothèses légèrement différentes quant à la modélisation de la dissolution des accords de Schengen indiquent une diminution du PIB par pays et par an comprise entre 0.1 % et 0.2 % (Böhmer et al., 2016), soit environ 0.8 % du PIB de l’espace Schengen entre aujourd’hui et 2025 (Aussilloux et Le Hir, 2016). Toutefois, la dissolution des accords de Schengen aurait aussi une valeur symbolique hautement négative, étant donné que les citoyens considèrent la libre circulation comme la représentation la plus visible du processus d’unification européenne.