oui-arton44274

La Maroc est exposé à un « flux » de risques naturels majeurs qui peuvent se manifester de manière soudaine et destructrice, mettant en danger la vie et les biens des citoyens. Pour toute politique qui se préoccupe du bien-être de ces derniers, l’adoption d’une stratégie de gestion des risques est un préalable à cet objectif, constate l’OCDE (Organisation de coopération et de développements économique) dans sur une étude sur la gestion des risques au Maroc qu’elle vient de publier hier.

Assurer la résilience du Maroc face aux risques majeurs est une responsabilité fondamentale des pouvoirs publics, mais aussi de l’ensemble des acteurs sociaux, citoyens et entreprises pour garantir la sécurité et le bien-être, permettre une croissance économique durable, et maintenir la confiance dans les institutions publiques et l’économie. Le Maroc est en effet exposé à de multiples aléas – notamment d’origine climatique, mais aussi technologique ou humaine – dont la probabilité d’occurrence augmente. Les sources de vulnérabilités s’accroissent au fur et à mesure du développement économique, dans un contexte marqué par une urbanisation rapide, une concentration de certaines activités sur le littoral, et une exposition croissante aux effets du changement climatique

Si le Maroc a entrepris depuis 10 ans des efforts conséquents pour aller vers une plus grande résilience, de nombreuses opportunités convergent aujourd’hui pour lui permettre de se doter d’un cadre de gouvernance des risques mieux défi ni . Ainsi, l’engagement politique manifesté suite aux inondations meurtrières récentes, les changements attendus du processus de décentralisation en cours, et les attentes accrues des citoyens concernant l’amélioration de gouvernance offrent une occasion majeure de changement qu’il convient de saisir. L’organisation de la 22éme session de la Conférence des Parties sur le Climat des Nations Unies prévue en Novembre 2016 à Marrakech représente également une réelle opportunité pour accroître la visibilité de cette thématique

LEtude de lOCDE sur la gestion des risques au Maroc est fondée sur une autoévaluation par les acteurs nationaux et régionaux avec le regard d’experts internationaux reconnus, scion la méthodologie de l’OCDE de (revue par les pairs». Le rapport identifie à la fois les succès et points forts de ces politiques, mais aussi les défis restant à relever. Le rapport propose des recommandations concrètes pour améliorer la gouvernance des risques majeurs, sur la base d’une approche holistique, inclusive et intégrée. À travers ces recommandations, les pouvoirs publics marocains sont appelés à construire une vision stratégique de long-terme pour assurer une meilleure gouvernance des risques, en consolidant à la fois l’évaluation, la prévention mais aussi les politiques

d’urgence et de relèvement ; et à faire de cette thématique une priorité de politique publique. Il appartient aux autorités nationales, locales et aux parties prenantes de les prendre en considération et de les mettre en œuvre à l’avenir. Le but final est de prioriser les actions à mener pour améliorer le fonctionnement du système en place et la résilience de l’économie et de la société marocaine face aux risques majeurs

Cette étude a été réalisée dans le contexte du Forum de Haut-Niveau sur les Risques de l’OCDE, organisé par la Di rection de la Gouvernance Publique et du Développement Territorial. L’outil d’analyse est fourni par la Recommandation de l’OCDE sur la gouvernance des risques majeurs, adoptée par le Conseil de l’OCDE le 6 mai 20 14. Cette recommandation a elle-même contribué au développement du Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030, adopté par l’ONU en mars 20 15.

L’étude sur Je Maroc fait partie d’une série de Revues de l’OCDE sur les politiques de gestion des ri sques, qui ont également inclus des travaux similaires pour la France, l’Italie, le Japon ou le Mexique.

Cette étude s’inscrit dans le contexte du renforcement des relations entre l’OCDE et le Maroc, comme le souligne la signature le 15 juin 20 15 de l’accord de coopération « Programme-pays » par le Secrétaire Général de l’OCDE Mr. Angel Gurria et M. Abdelilah Bcnkiran, Chef du Gouvernement du Royaume du Maroc.

La mise en place d’une politique ambitieuse de gestion des risques est fondamentale pour garantir au Maroc la poursuite d’ une croissance inclusive et maintenir la confiance du public en combinant progrès économique et renforcement de l’ inclusion sociale. Le Maroc est en effet exposé à une série d’aléas – qu’ils soient d’origine naturelle, industrielle ou humaine – aux conséquences socio-économiques potentiellement lourdes. Le pays présente un profil de risque hétérogène, marqué par des inondations quasi-annuelles, des sécheresses de plus en plus fréquentes, des zones sismiques tant au Nord qu’ au Sud, et un littoral exposé aux tsunamis. L’accélération notable de la croissance économique au cours des dernières années s’est accompagnée par une augmentation des facteurs de vulnérabilité : concentration urbaine, exode rural et li1toralisation, intégration croissante aux chaînes de valeurs mondiales, contraintes budgétaires accrues, et le changement climatique. Aussi, le contexte social et polit ique actuel, caractérisé par de fortes attentes citoyennes, contribue-il à faire de la gestion des risques un enjeu particulièrement important des politiques publiques au Maroc.

Le Maroc a entrepris depuis plusieurs années d’importants efforts en faveur d’ une plus grande résilience, comme en témoigne son adhésion en mai 2015 à la Recommandation de l’OCDE sur la gouvernance des risques majeurs. L’évolution réglementaire, institutionnelle, et de nouveaux mécanismes financiers ont pennis de mieux tenir compte des implications de la gestion des risques majeurs dans l ‘élaboration des politiques publiques. De nombreuses réalisations pilotes, menées par les collectivités territoriales, la société civi le ou encore le secteur privé, bénéficiant aussi du concours de la communauté internationale, alimentent également un dispositif de gestion des risques en constante évolution. Le rapport de\ ‘OCDE a ainsi identifié une large gamme de pratiques de gestion des risques qui existent au Maroc et se situent au niveau des meilleures nonnes internationales en la matière

Cependant, des lacunes en matière de gouvernance persistent, avec pour résultat des politiques souvent focalisées sur un seul risque et à un niveau sectoriel, insuffisamment transversales ou inclusives. Ainsi, pour pleinement bénéficier du résultat de ces efforts, il serait utile que le pays se dote d’un cadre stratégique mieux établi pour une approche holistique de la gouvernance des risques. Ce cadre devra intégrer autant les éléments de l’évaluation et de la prévention des risques que ceux de la réponse aux crises et du relèvement, pour en fai re une priorité de politiques publiques. Ceci permettrait de relever les principaux défis qui concernent la coordination entre départements ministériels, entre niveaux d’administration avec les collectivités territoriales, mais aussi de l’intégration et de l’ inclusion plus large de la société civile, des entreprises et du monde scientifique dans la définition el la mise en œuvre des politiques relatives aux risques

Aujourd’hui, de nombreuses opportunités convergent pour établir un cadre de gouvernance ambitieux et elles méritent d’être saisies. La mise en œuvre d’un nouveau cadre de gestion des risques peut bénéficier de l’élan offert par la forte volonté politique qui a sui,1i les inondations de novembre–décembre 20 14, le processus de décentralisation en cours et ses

implications sur le rôle des collectivités territoriales, les projets de développement des infrastructures critiques, les attentes accrues des citoyens au regard du renforcement de la gouvernance publique, et l’organisation de la 2zèine Conférence des Parties sur le Climat en novembre 20 16. En investissant davantage dans la résilience, le Maroc bénéficiera de forts retours sur investissement à l’avenir, en termes de bien-être, d’ attractivité, de compétitivité et de stabilité

Le rapport suggère notamment les recommandations suivantes aux pouvoirs publics marocains pour améliorer la gouvernance des risques majeurs :

  1. Élaborer une stratégie holistique dotée d’une vision commune à long-ternie et d’objectifs partagés, conférant aux politiques de risque le statut de priorité nationale.

Une telle stratégie devra être soutenue par un leadership institutionnel fort, la mise en place d’instances de concertation multi-acteurs, un cadre réglementaire modernisé et r établissement d’un système de suivi et d’évaluation. Assurer les interfaces avec les stratégies sectorielles sera essentiel pour le succès de sa mise en oeuvre.

  1. Mettre en place au niveau politique un programme national d’évaluation des risques, offrant un cadre de référence pour tous les choix de politiques publiques relatifs aux risques. Cc programme reposera sur une structure claire, garantissant une évaluation harmonisée cl partagée entre toutes les parties prenantes du risque. Il devra fédérer l’expertise universitaire et technique déjà existante et en tirer parti.
  2. Renforcer la culture du risque parmi les décideurs publics, les citoyens, et les entreprises. Une culture du risque devra être fondée sur la mise en place opérationnel le d’outils de communication et de sensibilisation aux risques
  3. 4. Développer un cadre incitatif soutenant des efforts accrus pour la prévention des risques et la résilien Cc cadre devra permettre de mieux équilibrer les priorités entre mesures structurelles et non structurelles, afin d’optimiser les investissements et l’utilisation des ressources publiques. Il devra également être associé à des financements durables mais aussi à des outils d’aide à la décision transparents.
  4. Continuer à promouvoir une meilleure souplesse dans la réponse aux crises en élevant le niveau de préparation de l’ensemble des acteurs. Cela sera permis par une meilleure planification en amont, la généralisation des systèmes d’alerte multi-aléas, le renforcement de la coopération entre ministères et départements grâce à des plans d’urgence inter-agences, et la mise en place d’outils de communication de crise modernisés. Les pouvoirs publics devront renforcer leurs capacités de montée en puissance, notamment en harmonisant les moyens cl les capacités sur la base d’une l’évaluation partagée des risques. Ils devront aussi systématiser le fonctionnement des dispositifs de coopération internationale et de retour d’expérience.
  5. Adopter une approche budgétaire qui pére1mise le financement des risques dans les comptes publics en intégrant des estimations des dommages potentiels à venir. Dès lors, il conviendra de combiner avec précision des mécanismes de transfert de risques, notamment dans le secteur agricole, des règles de compensation ex-post claires au niveau des financements publics, et un processus de reconstruction transparent permettant le renforcement de la résilience.

 

Une exposition significatives aux risques majeurs

 

Les risques les plus importants en ternies d’ impacts potentiels sur le plan humain et économique sont les risques d’ inondation, de sécheresse, de tremblement de terre et de tsunami, qui touchent de nombreuses zones du pays et sur lesquels se concentre cette étude

Différents types d’ inondation peuvent entraîner des dommages humains importants (47 morts en décembre 2014 dans la région de Guelmim, plus d’une centaine de morts lors des inondations de l’Ourika en 1995), des dommages économiques conséquents dans les grands centres urbains du pays (Tanger,

Casablanca, Agadir), et l’interruption des activités économiques et des infrastructures (! milliard de Dirhams de dommages lors des inondations du Gharb en 2009 d’après le Ministère de l’Agriculture)

Des sécheresses affectent régulièrement le pays, entraînant une perte importante du PIS agricole – qui contribue à hauteur de 15% du PIS national – et frappant durement les populations rurales qui n’ont parfois d’autre choix que l’exode rural vers les quartiers périphériques des grandes métropoles.

Le risque de tremblement de terre, plus rare, concerne deux parties spécifiques du pays le Nord en plein développement économique et la région d’Agadir, un des plus grands centres touristiques du pays. Le dernier tremblement de terre d’importance dans le Nord a fait plus de 600 victimes et entraîné la destruction de 12 000 maisons dans la région d’ Al Hoceima en 2004. Le risque de tsunami est de probabilité plus faible mais pourrait avoir des conséquences dramatiques sur une large portion de la côte marocaine où se concentrent les populations et les enjeux économiques

D’ autres risques (acridiens, industriels et technologiques par exemple) doivent aussi être considérés dans une approche nationale multirisque qui tirerait profit de la mutualisation des approches, des moyens et des ressources affectées à leur prise en charge entre les différents risques. Une telle approche serait alors source d’une plus grande efficacité des politiques publiques. La conjugaison de ces divers aléas avec différents facteurs (démographie, urbanisation, globalisation, changement climatique) accroît en effet les impacts potentiels d’événements dommageables.

 

 

L’accélération de la croissance est accompagnée de vulnérabilités accrues

Cette croissance a notamment été poussée par une augmentation de la demande intérieure et de l’investissement public (près de 5% de croissance sur la période 2000-2009). D’une part, cette croissance a contribué à améliorer le bien-être des populations, en particulier par un meilleur accès aux infrastructures de base (adductions d’eau, routes, électricité). D’autre part, le contexte économique international actuellement défavorable a accru les pressions exercées sur ce modèle économique : l’exposition du Maroc à une série de chocs depuis 2008 a néanmoins accru ses déficits et sa dette publique.

Une plus grande exposition aux risques majeurs et des marges de manœuvre budgétaires réduites vont probablement amener le pays à devoir effectuer des arbitrages en faveur d’ une politique de gestion des risques plus structurée cl en même temps plus préventive et plus inclusive.

Scion la Banque Mondiale (20 14), le Maroc a 90 % de chances de subir un évènement causant des pertes de 10 milliards de Dirhams dans les 30 prochaines années, cc qui représente 1% du PIB national sur une année donnée. Un tel choc aura potentiellement des effets néfastes sur la trajectoire de croissance du Maroc et sur ses finances publiques rendues fragiles par le contexte économique actuel. S’il pourrait avoir des aspects dés tabilisants s’ il n’est pas correctement anticipé, et sans mesures préventives, l’enjeu d’ une politique de gestion des risques réussie est de créer les conditions d ‘ une résilience accrue et de permettre un lissage inter-temporel des conséquences économiques et financières d ‘un choc majeur.

….. qui en font un enjeu clé pour les politiques publiques et la gouvernance

 

Une politique de gestion des risques performante contribue à maintenir la confiance dans les institutions et à construire un développement résilient, conformément aux Objectifs de Développement Durable (ODD) et à la Recommandation de J »OCDE sur la Gouvernance des Risques Majeurs, adoptée par le Conseil de l’OCDE le 6 mai 2014. Il s ·agit en effet d. un domaine de politique publique dans lequel les attentes citoyennes sont particulièrement importantes. Alors que les questions d’inclusion, de transparence et l’obligation de rend re des comptes sont au cœur des demandes sociétales exprimées au Maroc ces dernières années, la gouvernance des risques constitue un enjeu déterminant.

Les progrès significatifs enregistrés par la Maroc dans les domaines économique, social, environnemental et culturel, constituent des facteurs favorables à une prise en compte plus affirmée des questions concernant les risques majeurs. Les ressources en capital humain, les moyens matériels et financiers sont plus disponibles. Cependant, le pays connaît des transformations rapides typiques des économies émergentes en développement rapide, telles que l’urbanisation et la littoralisation. La concentration géographique de la valeur ajoutée économique s’accroît et si les tendances lourdes, notamment dans le domaine démographique, se poursuivent, la vulnérabilité aux risques majeurs et les impacts des événements dommageables vont augmenter de manière significative. La question des risques majeurs devrait donc se voir reconnaître une place stratégique parmi les efforts de planification et de gouvernance.

 

 

Une politique ambitieuse de gestion des risques majeurs, un objectif « gagnant-gagnant » ?

Mieux intégrer l’approche relative à la gestion risques dans les décisions de politique publique et celles des autres acteurs s’accompagne d’opportunités à valoriser à leur juste valeur :

La résilience face aux risques fait partie des indicateurs de développement, de bien-être et de compétitivité.

L’appréciation de l’attractivité du territoire par les citoyens et les investisseurs dépend en partie d’une bonne gestion des risques.

-La résilience des infrastructures et des secteurs d’importance vitale repose sur la qualité des mesures de prévention et d ‘anticipation.

La construction d’ une expertise dans la gestion des risques peut aussi se valoriser comme un service exportable (le Maroc en tant que pôle régional dans le domaine des services).

Une culture de risque partagée contribue à la cohésion et à la confiance des populations.

Le retour économique de ‘investissement dans la résilience est fort: à long-terme, l’atténuation des conséquences dommageables, un partage équilibré des risques entre acteurs, une meilleure intégration des technologies et de la coopération internationale favorisent un développement économique plus soutenable

Faire de la gestion des risques au Maroc une priorité en vue d’une croissance durable

La Recommandation du Conseil de l’OCDE sur la gouvernance des risques majeurs reconnaît que les risques majeurs peuvent se manifester de façon rapide et inattendue, alors que les citoyens ont de fortes attentes en cc qui concerne le niveau de préparation de leur gouvernement, de sorte qu’une gouvernance efficace des risques majeurs est un préalable au bien-être des populations et â la compétitivité nationale face à des incertitudes nombreuses

Une approche plus holistique des risques au Maroc bénéficiera d’une co1tjoncture favorable ; volonté politique, poursuite de la croissance, développement de nouvelles infrastructures critiques, processus de décentralisation et réfom1es réglementaires en cours, renforcement des plans sectoriels, ainsi que l’organisation de la réunion de la COP 22 en 2016 sont autant d’occasions à sa isir à cc moment privilégié de l’ histoire du Maroc pour renforcer l’ intégration de la dimension « risque » dans les décisions des autorités publiques. du secteur privé et des citoyens.