oui 2 secteur ciment

La consommation de ciment représente le principal indicateur de performance suivi par l’industrie du ciment. En effet, considérant la faiblesse des stocks de ciment chez les opérateurs, la consommation reste très proche de la production.

La consommation nationale de ciment s’établit à 14,3 MT en 2015 contre 16,1 MT en 2011, soit une croissance annuelle moyenne de -3,0% sur les 5 dernières années.

Cette baisse conjoncturelle reflète les difficultés que traverse le secteur de la construction depuis 2011 après une décennie de forte croissance. Depuis le pic de 2011, le secteur a connu un fléchissement de la demande de ciment jusqu’en 2013, enregistrant ainsi un taux de croissance annuel moyen de -4,0%. L’exercice 2014 marque le retour de la demande nationale en ciment qui s’affiche à 14,1 MT, soit un niveau comparable à celui de 2008 (ca. 420 kg/hab), et ce, malgré le ralentissement des chantiers et du retrait de la production des logements suite aux difficultés de commercialisation (social et haut-standing).

Une amélioration graduelle est attendue au cours de la prochaine décennie compte tenu des fondamentaux solides du pays (notamment en termes de prévisions de PIB pour le Maroc soit 4 à 5%/an selon le FMI à partir de 2017) et des niveaux de consommations actuels (encore en deçà du niveau de consommation de ciment de ~600 kg/hab dans des pays plus matures).

En 2015, la consommation nationale du ciment enregistre une hausse de 1,4%. Cette progression s’explique notamment par la croissance du secteur de l’infrastructure avec le lancement de grands chantiers d’infrastructure et la reprise progressive du bâtiment du fait du dynamisme de l’auto-construction et la fin progressive des difficultés des promoteurs immobiliers.

L’évolution des ventes de ciment demeure fortement corrélée au secteur du BTP (infrastructure et bâtiment).

Exportations de ciment et de clinker

Sur la période 2011-2012, le faible niveau des exportations de ciment et de clinker s’explique par (i) la profondeur du marché national où la demande était importante, (ii) par les coûts élevés que nécessite le transport de ciment (iii) et le niveau des frais d’approche portuaires.

A noter qu’entre 2013 et 2015, les volumes de clinker exportés augmentent sensiblement compte tenu de l’installation d’une conjoncture de marché moins favorable et de l’ouverture de filiales à l’étranger des opérateurs marocains.

Ainsi, les exportations de clinker représentent des quantités de moins en moins marginales par rapport à la production nationale. Néanmoins, l’essentiel de la production demeure destiné à la consommation locale.

Répartition régionale1 de la consommation de ciment sur la période 2011-2015

A fin 2015, cinq régions se partagent 53,6% de la consommation nationale de ciment contre 54,4% en 2011 (+0,8 points). Il s’agit, par ordre d’importance, des régions suivantes :

 le Grand Casablanca, avec une consommation de 1 768 kT en 2015, représente 12,4% de la consommation nationale en recul de 2,8 points par rapport au niveau enregistré en 2011 ;

– Tanger-Tétouan, avec une consommation de 1 716 kT en 2015, représente 12,0% de la consommation nationale en progression de 0,9 point par rapport au niveau enregistré en 2011 ;

– Marrakech-Tensift-El Haouz, avec une consommation de 1 432 kT en 2015, représente 10% de la consommation nationale en progression de 0,1 point par rapport au niveau enregistré en 2011 ;

– Souss-Massa-Daraâ, avec une consommation de 1 414 kT en 2015, représente 9,9% de la consommation nationale en progression de 0,3 point par rapport au niveau enregistré en 2011 ;

– l’Oriental, avec une consommation de 1 309 kT en 2015, représente 9,2% de la consommation nationale en progression de 0,7 point par rapport au niveau enregistré en 2011.

Les 11 autres régions récupèrent la part perdue par le top 5 en passant de 45,6% en 2011 à 46,4% en 2015 (+0,8 point). Cette amélioration est principalement due à l’effet croisé de l’évolution favorable de la part des régions de Doukala-Abda (+3,1 points), Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra (+0,7 point) et de la baisse de la part de la région de Taza-Al Hoceima-Taounate (-1,1 point) et de Fès-Boulemane (-0,8 point).

Hormis les régions de Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra et Doukkala-Abda qui enregistrent une hausse de la consommation entre 2011 et 2015, toutes les autres régions subissent le recul du marché national, quoique dans des proportions différentes.

Evolution régionale de la consommation de ciment (en Kg/habitant)

Les régions de Doukala Abda et Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra affichent les évolutions les plus importantes en termes de consommation de ciment avec des croissances annuelles moyennes de respectivement 8,1% et 6,6%.

Par ailleurs, les régions de Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra, de l’Oriental, de Doukala-Abda et de Tanger- Tétouan présentent des ratios de consommation par habitant largement supérieurs à la moyenne nationale (de 423 kg/hab.) avec respectivement 962 kg/hab., 617 kg/hab., 567 kg/hab. et 538 kg/hab.

 

Importations du marché cimentier national

Sur les exercices 2011 et 2012, les importations de ciment et de clinker sont assez marginales et sont réalisées pour couvrir des besoins ponctuels du marché. Sur la période analysée, ces dernières s’affichent en moyenne à 108 kT et 86 kT respectivement pour les importations de ciments et de clinker.

Depuis 2013, avec le renforcement des capacités de production sur le marché national, les importations de clinker deviennent nulles. Les volumes de ciments importés sur la période 2013-2015 baissent quant à eux de 16,7% en moyenne par an et s’affichent à 86 kT en 2015.

Les opérateurs du secteur

Les opérateurs du secteur cimentier au Maroc sont Lafarge Ciments, Holcim Maroc, Ciments du Maroc, Ciments de l’Atlas et Asment Témara.

Le dispositif industriel du secteur cimentier national affiche une plus forte intensité concurrentielle au niveau du centre du pays où l’ensemble des opérateurs cimentiers sont présents. Cette situation s’explique par la prépondérance de la demande nationale en ciment au niveau de cette zone.

Entre 2011 et 2015, la capacité totale de production a augmenté de 3,8 MT en passant de 17,3 MT/an à 21,1

MT/an. Cette évolution de l’offre est principalement générée par :

– le doublement par Holcim Maroc en 2012 de la capacité de son usine à Fès, soit une capacité additionnelle de 0,6 MT/an ;

– l’installation de deux usines par CIMAT de 1,6 MT chacune en lieu et place du centre de broyage doté d’une capacité de production de 0,4 MT/an.

Cette évolution de l’offre combinée au ralentissement de la demande sur le marché national crée une baisse significative du taux d’utilisation moyen du secteur cimentier qui passe de 85,3% en 2011 à 67,5% en 2015 (-17,8 pts)

Approvisionnements en petcoke

Fortement consommatrice d’énergie, l’industrie du ciment nécessite des approvisionnements en petcoke pour la production du clinker et en électricité pour le broyage du ciment et le fonctionnement des installations. Cumulés, les coûts de ces deux facteurs représentent un poids important dans les coûts variables de production.

Le coût de l’énergie électrique étant plus ou moins stable, le coût de production du ciment est beaucoup plus sensible au prix du petcoke. Les quantités de petcoke utilisées par les cimentiers marocains sont totalement importées.

Le prix moyen du petcoke s’établit à 63,8 USD/T à fin 2015 contre 137,1 USD/T en 2011. Cette évolution est en partie corrélée à l’évolution des cours du pétrole et du fret sur les marchés internationaux.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution mensuelle des prix moyens d’importation du petcoke par le Maroc sur la période allant de janvier 2011 à septembre 2015.

Saisonnalité du secteur cimentier

Le secteur cimentier se caractérise par une saisonnalité marquée de son activité, essentiellement du fait du ralentissement des chantiers de construction lors des périodes de congés des ouvriers (Ramadan, Aid El Kebir) et des périodes de pluviométrie élevée.

Perspectives de développement du marché

Le Maroc est un pays disposant d’une économie dynamique avec des fondamentaux solides66 (croissance moyenne du PIB de 4 à 5% sur la dernière décennie et un taux d’inflation contenu à moins de 2% en moyenne), une stabilité politique et sociale (notation « favorable » par Moody’s et Fitch Ratings) ainsi qu’un emplacement géographique stratégique propice aux investissements internationaux (premier récipiendaire des IDE67 en Afrique du Nord depuis 2011 avec un flux de 28,5 milliards MAD en 2014).

Toutefois, son économie reste très corrélée à l’économie européenne (et notamment celle de la France qui connaît une faible croissance ces dernières années) et au secteur agricole (près de 15% de la valeur ajoutée du pays sur 2010-2014), d’où une forte volatilité de la croissance économique au cours des dernières années (2,4%, 4,5%, 2,7% et 4,2% respectivement en 2012, 2013, 2014 et 2015), due à la pluviométrie et aux chocs exogènes notamment ceux relatifs à l’évolution de l’économie européenne.

Les perspectives du pays sont toutefois bonnes (croissance moyenne supérieure à 4% pour 2015-2025) d’après les institutions internationales, grâce au succès des réformes économiques lancées : réduction du déficit budgétaire68 de 7% en 2012 à près de 4% fin 2015, diversification des débouchés commerciaux vers l’Afrique Subsaharienne comme nouveau relai de croissance, lancement de plans de modernisation afin de diversifier l’économie et de réduire la dépendance du PIB vis-à-vis de l’économie européenne et de l’agriculture.

Pour satisfaire ses ambitions de croissance, le Maroc prévoit de poursuivre dans les années à venir son programme de grands chantiers d’infrastructures69, déjà lancés ou programmés (contrats programmes confirmés en 2015) :

– redynamisation de l’industrie grâce au Plan d’accélération industrielle : construction de nombreuses plateformes industrielles intégrées (budget d’investissement de 35 Md MAD sur la période 2015-2020) ;

– stratégie Nationale de l’Eau : 60 nouveaux barrages et 1 000 petits ouvrages à horizon 2030 ;

– stratégie portuaire nationale vision 2030 : 5 nouveaux ports et 5 extensions ;

– stratégie énergétique nationale : Investissement de 30 milliards MAD à horizon 2020, 5 principaux projets d’énergie solaire ;

– transport : projet LGV avec 1 500 Km de lignes ferroviaires à horizon 2030, investissements en infrastructures routières (Plan National des Routes Rurales).

Le bout du tunnel

Par ailleurs, le secteur du bâtiment devrait progressivement sortir des difficultés qu’il a connu ces dernières années compte tenu de la résorption progressive des stocks de logements d’invendus, du rééquilibrage de l’offre à la demande (en qualité, quantité et budget), et des progrès des plans de redressement des grands promoteurs immobiliers. En effet, le secteur du bâtiment est porté à long terme par une dynamique positive, compte tenu du déficit en logement, du développement du pays (programmes de villes nouvelles) ainsi que du volontarisme de l’Etat pour réhabiliter les logements menaçant ruine et mettre fin aux bidonvilles.

L’année 2015 a marqué une rupture avec la tendance baissière entamée depuis 2012 et qui a duré jusqu’en 2014 (-5,5% en 2014, -6,3% en 2013 et -1,6% en 2012), avec une légère hausse de la consommation de ciment à 14,25 MT (+1,4%).

Au 1er trimestre 2016, la situation macro-économique du Maroc a poursuivi son amélioration malgré l’absence de croissance du PIB national.

Le marché immobilier donne les signes d’une relance conjoncturelle. En effet, plusieurs indicateurs témoignent de cette nouvelle dynamique dont principalement la tendance haussière (+0,5%)70 des prix des actifs immobiliers et la hausse des transactions immobilières (+9,8%)70 portant sur les actifs anciens, de même les nouvelles acquisitions ont enregistré une hausse significative, comme le témoigne la hausse des crédits aux logements (+1,1%)70.

Les acquisitions de logements sociaux sont en hausse également. Le nombre de bénéficiaires de la garantie FOGARIM, au 1er trimestre de 2016 ressort à 4 397, en hausse de 4,5%70 par rapport au dernier trimestre 2015.

Enfin, les investissements publics, dont les dépenses liées aux BTP représentent près de 34%, ont enregistré une hausse de 16,9%70 au cours du 1er trimestre de 2016.

Dans ce contexte économique et sectoriel, la consommation du ciment a enregistré une hausse significative au cours du 1er trimestre de 2016. Cette hausse a été de 5,9%70 en variation annuelle. Elle a concerné pratiquement l’ensemble des régions ce qui montre la solidité de cette croissance et sa dépendance à l’ensemble des sources de la consommation du ciment.

Selon les prévisions établies par Lafarge Ciments et Holcim Maroc, la demande nationale de ciment devrait rester stable entre 2016 et 2017 :