oui oui oui

Tenu sous le haut patronage de SM le Roi, les l2 et 3 juin 2016, à Skhirat, le colloque national « Quel Modèle de Développement pour l’entrée du Maroc dans le concert des pays émergents ?», aura été un moment fort de réflexion sur une question vitale, déterminante pour le Maroc et son avenir, et à propos de laquelle les constats ont changé d’une époque à l’autre, entre un moment de forte croissance et celui de la crise qui perdure depuis 2008 dans le monde et qui affecte le Maroc et suscite des questionnements sur son modèle de développement.

Organisé par le ministère de l’Economie et des Finances et l’Association des membres de l’Inspection Générale des Finances (AMIF), ce colloque a été consacré, au niveau de son premier panel, à l’état des lieux du modèle de développement marocain. Présidé par le chef du gouvernement, il a vu la participation de plusieurs personnalités dont des ministres, les représentants du secteur bancaire et d’experts d’institutions internationales.

Dans son intervention à l’occasion du colloque, Mme Miriem Bensalah Chaqroun, présidente de la CGEM, a développé son exposé en  puisant dans la réflexion de SM le Roi, et a rappelé, tout d’abord, que le colloque –portant sur le modèle de développement du Maroc et les moyens susceptibles de le hisser aux rangs des pays émergents, est comme une caisse de résonance de ce qu’a entrepris Sa Majesté le Roi Mohammed VI  depuis près de 17 ans. Sans relâche, a-t-elle dit, le Maroc a enchainé de profondes réformes économiques, institutionnelles et sociétales.

(…) Ce volontarisme politique nous a permis de franchir d’importantes étapes en ce qui concerne son développement économique et social. Car comme l’a précisé sa Majesté le 20 août 2014, lors de son discours à l’occasion de la « Fête de la Révolution du Roi et du Peuple », le Maroc a bien vocation à intégrer le club « des pays émergents », a-t-elle ajouté.

« Mais, comme il nous y avait aussi invités à l’occasion du 15ème anniversaire de son règne, il est temps aujourd’hui d’effectuer une « pause introspective » et de « retrouver le sens de l’avenir ».

Ainsi rappelons-nous des réformes structurelles des années 80 et de l’euphorie des années 90 où le Maroc était qualifié de dragon africain ; de  son intégration dans l’indice SFI des pays émergents, en 1997 ; ou encore de l’euphorie des années 2000 où l’on était persuadé d’avoir atteint un seuil de croissance économique durable.

« Dans la littérature très fournie sur le concept de pays émergent, a précisé Mme Chekroun, les définitions abondent autant que les justifications, mais l’on peut retenir quelques points de convergence : être un pays émergent c’est :

– Réaliser un bon niveau de développement humain,

– Disposer d’un marché intérieur en pleine expansion,

– Ouvrir fortement l ‘économie sur le commerce extérieur

– Atteindre un niveau relativement élevé d’industrialisation et d’exportation de produits industriels

– Avoir un fort taux de croissance du PIB.

« Sur ces 5 critères, communément partagés, notre note est à peine de 2/5. Nous avons certes une économie ouverte (peut-être même un peu trop) et un marché intérieur qui soutient la croissance. Pour le reste, les chiffres sont têtus :

– Alors qu’au cours de la période 2007-2011, le taux de croissance moyen annuel avait atteint 4,6%, il n’est que de 3,3% pour la période 2012 à 2016. En 5 ans donc, nous avons perdu 1.3 points de croissance ; et le plus préoccupant est que ce ralentissement vient du PIB non agricole.

– La part de l’industrie dans le PIB, malgré les résultats probants de certains métiers mondiaux du Maroc tels que l’automobile ou l’aéronautique, ne dépasse pas les 16% aujourd’hui.

– En matière de développement humain, nous sommes classés 126e sur 188 pays, soit dans la moitié inférieure du classement.

« Nous sommes encore un pays en voie de développement »

 

Nous sommes donc toujours en voie d’émergence, même si nos fondamentaux macro-économiques restent sains, et même « si nos structures productives, notre système financier et nos infrastructures sont modernes. Nous sommes encore un pays en voie de développement.

N’en soyons pas vexés…et cherchons la voie de l’excellence.

« Au-delà des définitions et de la grille de lecture que nous utilisons pour juger de la distance qui nous sépare du statut de pays émergent, je pense que le modèle auquel notre pays aspire est celui d’une économie assurant à la fois le développement économique et social.

Une économie :

– Attractive pour les investissements,

– Créatrice de valeur ajoutée produite localement,

– Pourvoyeuse d’emplois pérennes,

– Génératrice de ressources suffisantes pour alimenter l’investissement étatique,

– Disposant d’une base élargie de contribuables pour alléger la pression fiscale ».

Mme Bensalah a formulé quelques réflexions qu’elle a souhaité partager :

– La croissance marocaine est soutenue en grande partie par la consommation intérieure, mais, tendanciellement, celle-ci croît plus vite que les investissements : cela veut dire que le surplus de consommation est alimenté par les importations ;

– Nous avons de belles réussites industrielles dans le domaine de l’automobile, de l’aéronautique, de l’électronique et de la Chimie. Mais quel est leur poids dans le PIB ? Nous avons une compétitivité en pointillés- Nous tentons aujourd’hui d’attirer des investissements étrangers avec l’argument que les salaires en Chine deviennent plus chers qu’au Maroc. Aucun pays à travers l’histoire de l’industrie n’a bâti une économie pérenne sur des bas salaires. En tous les cas, ça ne marche qu’un temps !

– 10  sociétés assurent 25% des recettes de l’IS au Maroc et 75% des recettes de l’IR proviennent des salariés. Il y a donc une iniquité qui contribue à maintenir une pression fiscale élevée sur les bons élèves.

Le modèle de développement économique que le Maroc doit s’atteler à construire, doit être la résultante d’une réflexion qui nous permette de créer les conditions d’une compétitivité globale de tous les facteurs, et non pas seulement des salaires ou des zones franches aux avantages sélectifs, pour quelques investisseurs seulement.

– Nous devons articuler notre pensée en termes de filières industrielles englobant non seulement les nouveaux métiers mondiaux du Maroc, mais également ceux qui constituent l’épine dorsale de son économie d’aujourd’hui : Le tourisme, l’agriculture, la pêche, l’industrie -véritable créatrice de richesses –  le BTP, l’immobilier, le transport, les services…

Par exemple, le tourisme est une industrie qui se nourrit à la fois de l’immobilier, du transport, du commerce, des services, de l’agroalimentaire… Mais les stratégies existantes pour ces secteurs tiennent-elle compte du tourisme ?

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres pour illustrer la nécessité de la convergence des politiques sectorielles.

– L’autre défi que nous aurons à relever est celui d’une croissance inclusive. En 2015, notre taux de croissance a été de 4.5% mais nous avons créé seulement 33.000 emplois nets. Notre croissance créée moins d’opportunités de travail. Comment dans ces conditions fournir des emplois aux jeunes diplômés et aux femmes ?

– La croissance ne sera pas non plus pérenne, si elle ne repose pas sur le capital humain qui prendra le relais. Nous avons de belles stratégies sectorielles mais quels sont les femmes et  les hommes qui vont les mettre en musique demain ? Les entreprises ont besoin de recruter, mais où sont les profils adéquats, qu’ils parlent arabe, français ou chinois ? S’il est une priorité pour notre pays, c’est bien le chantier de l’éducation et de la formation.

On le voit encore avec la prépondérance d’une main d’œuvre peu qualifiée au sein des entreprises et une insuffisance de l’innovation.

Il y a va de notre compétitivité !

– La croissance ne sera pas non plus pérenne, ni forte, si elle ne renouvelle pas ses méthodes et ses produits. Or, le Maroc ne dépense que 0.8% de son PIB en recherche & développement là ou la moyenne mondiale est de 2.1%. C’est peu ! il faut faire plus et dans le cadre d’un plan national de recherche et de développement.

5/ Enfin, il y a la nécessité aujourd’hui d’intégrer dans le modèle de développement, toute cette dynamique, ces femmes et ces hommes qui constituent l’écosystème de l’informel. Le problème n’est pas dans le vendeur ambulant, mais dans l’origine des produits qu’il vend ! Notre industrie est étouffée par la contrebande et par les produits qui n’intègrent dans leurs coûts ni impôts, ni charges sociales.

L’informel est une chaîne destructrice de valeur, qui créé de la précarité pour le capital humain, qui n’enrichit pas la collectivité et qui fait peser un grand danger sur notre tissu productif. Il faut agir et vite !

Nous avons besoin d’une nouvelle génération de réformes, avec une réelle synergie entre le global, le sectoriel et le régional, a-t-elle dit. Elle a affirmé qu’elle reste persuadée que le futur modèle de développement s’appuiera sur la nouvelle économie, inclusive, faisant de l’environnement, du capital humain et des territoires, les fers de lance.