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L’urbanisation progresse en induisant parfois une surpopulation des villes et, souvent des exclusions de leurs populations dans de nombreux domaines. Celles-ci posent de grands défis d’autant plus qu’elles sont très mal déterminées parce que négligées jusqu’à présent sur le plan des études. est devenue une tendance mondiale qui concerne une grande partie de la population. Aujourd’hui, 50% de la population mondiale vit désormais dans des villes et les statistiques prévoient plus de 3 milliards de personnes supplémentaires dans les zones urbaines d’ici à 2050. Cela signifie que 70% de la population mondiale vivra dans des villes.

Sommes-nous prêts pour ce défi. Les statistiques donnent le vertige : jamais dans l’histoire de l’humanité, les villes et notre planète n’ont eu à abriter autant d’êtres humains.

C’est à cette question que doit répondre la Conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable Habitat III, qui se tient du 17 au 20 octobre 2016 à Quito en Équateur.

A l’occasion de la Conférence Habitat III, l’Organisation de coopération et de développement (OCDE) a publié un rapport («  Mettre les villes au service de tous: Données et mesures pour une croissance inclusive « ) destiné à contribuer à un engagement politique mondial en faveur de villes plus durables, inclusives et résilientes à travers la réalisation du nouvel agenda urbain Habitat III.

La voie qui mène à la relance de la croissance économique est semée d’obstacles et d’aspérités. C’est dans les villes et nulle part ailleurs que le décalage entre prospérité et inégalités est le plus flagrant. Rassemblant près de la moitié de la population des pays membres de l’OCDE, environ 200 villes de 500 000 habitants ou plus ont été à l’origine de plus de 60 % des créations d’emplois et de la croissance économique de ces 15 dernières années. Parallèlement, les inégalités de revenu et de bien-être y sont plus marquées qu’ailleurs. Nombre de citadins à faible revenu peinent à accéder aux opportunités qu’offre la ville, et vivent souvent regroupés au sein de quartiers défavorisés. Les enfants issus de ces quartiers entament leur vie avec des perspectives d’avenir limitées, dans la mesure où la situation socioéconomique de leurs parents joue de plus en plus sur leurs propres chances de réussite.

Ce rapport propose aux décideurs nationaux et locaux de nouveaux outils et données afin de mettre en œuvre des politiques publiques favorisant une croissance inclusive dans les villes. Il offre des données uniques, comparables au niveau international, relatives à la croissance économique, aux inégalités et au bien-être des citadins ; permettant ainsi de mesurer les performances d’une ville non seulement en termes de prospérité économique, mais également en termes de perspectives d’emploi, d’éducation, de santé, du caractère abordable du logement et d’opportunités. Ces données permettent d’observer si la situation des villes au sein de l’OCDE diffère ou concorde par rapport aux tendances nationales.

Le rapport montre que les inégalités se sont aggravées au sein des villes, ce qui a exacerbé le phénomène de ségrégation résidentielle entre les foyers à revenu élevé et les autres classes sociales, notamment au Canada, en France et aux États-Unis, et de ghettoïsation des foyers à faible revenu au Danemark et aux Pays-Bas. Cette analyse fait preuve d’un engagement fort visant à améliorer la couverture et la qualité des données locales, en présentant des indicateurs qui pourraient être appliqués à l’avenir aux villes hors de la zone OCDE pour mettre à disposition des données pertinentes et suivre la situation en matière d’inégalités dans toutes ses dimensions.

Politiques publiques : changer de cap en faveur de la croissance inclusive des villes

Mettre les villes au service de tous présente un cadre d’action, en mettant l’accent sur les politiques et les partenariats que les villes et les pays peuvent mettre en place pour améliorer les perspectives d’avenir des citadins. Une sélection de bonnes pratiques tirées de l’expérience de différentes villes dans le monde a permis de distinguer cinq domaines clés de politiques publiques : l’emploi ; l’éducation et les compétences ; le logement ; le transport ; des services de qualité et l’environnement. En s’appuyant sur la longue lignée des travaux de l’OCDE sur les politiques urbaines, le rapport plaide en faveur d’une meilleure coordination entre les efforts menés aux niveaux local et national à l’échelle pertinente afin d’améliorer la vie en ville. Mettre en place des institutions inclusives qui puissent répondre aux attentes des citoyens, contribuer à enrichir leurs compétences et à créer un environnement économique favorable peut contribuer à favoriser les opportunités pour tous. A contrario, la tendance à marginaliser certains groupes est plus prononcée dans les villes dont les structures de gouvernance sont fragmentées.

Les pratiques de politiques publiques décrites dans le rapport de l’OCDE soulignent également l’importance du leadership local dans le pilotage des politiques urbaines dans une perspective inclusive. Pour soutenir les dirigeants locaux, l’OCDE et la Fondation Ford ont lancé en mars 2016 une coalition mondiale réunissant des « Maires Champions», qui se sont engagés à défendre  une croissance inclusive dans les villes. Une cinquantaine de Maires Champions ont signé la Proposition de New York pour une croissance inclusive dans les villes, qui propose une feuille de route en faveur du changement et d’un engagement commun à mettre les villes au service de tous.

Ce rapport contribue à un engagement politique mondial sans précédent en faveur de villes plus durables, inclusives et résilientes à travers la réalisation du nouvel agenda urbain Habitat III. Avec cet ouvrage, l’OCDE se tient prête à aider les décideurs à adopter des politiques publiques permettant de se renforcer mutuellement et de donner une voix à chacun – pour que les villes soient des lieux de vie qui offrent de meilleures perspectives pour les générations actuelles et futures.

En quoi les villes sont-elles importantes pour une croissance inclusive ?

Les villes se caractérisent à la fois par des possibilités de prospérité et des inégalités marquées entre les plus riches et les plus pauvres. C’est également dans les villes que les politiques de croissance inclusive peuvent progresser. Ce rapport présente de nouvelles données relatives à la croissance inclusive des villes de l’OCDE et propose un cadre d’action aussi bien en matière de capital humain et social (emplois et éducation) qu’en matière d’espace urbain (logement, transport, environnement et accès aux services).

Qu’est-ce qu’une ville inclusive ?

Les villes produisent une part considérable de la richesse nationale. A travers leur capacité à favoriser l’ascension de leurs résidents en termes de revenus, d’éducation ou d’emploi, elles favorisent la mobilité sociale. Cependant, la montée des inégalités, la mauvaise qualité des services, la fragmentation des marchés du travail et la rigidité des institutions entravent les possibilités de croissance inclusive des villes — une croissance qui permette de créer des opportunités pour toutes les couches de la population afin que chacun puisse contribuer à la création de richesses et bénéficier de ses retombées.

Prenant conscience que les fortes inégalités ne sont socialement, économiquement et politiquement pas soutenables à terme, la promotion de la croissance inclusive passe par la mise en oeuvre de politiques publiques qui considèrent la croissance et l’égalité comme deux objectifs qui se renforcent mutuellement. Les politiques publiques peuvent influer sur les performances d’une ville — puisque même au sein d’un même pays, la situation peut être très différente d’une ville à l’autre en termes de productivité et d’inégalités.

Un changement de cap des politiques publiques en faveur de la croissance inclusive Les politiques de croissance inclusive se fondent sur une approche holistique qui associe croissance et cohésion sociale. L’approche de l’OCDE en matière de politiques urbaines en faveur d’une croissance inclusive repose sur les caractéristiques suivantes :

– Echelle géographique : les politiques doivent s’adapter à différentes échelles, aux niveaux des quartiers, des communes et des aires métropolitaines. Leur perspective s’étend au-delà des frontières administratives pour mieux prendre en compte la diversité des espaces de vie, de travail, d’études et de socialisation.

-Stratégie :  le bien-être est pluridimensionnel et exige une action qui combine plusieurs domaines de politiques publiques.

– Effets distributionnels à travers la société : les politiques doivent s’adresser à toutes les couches de la population urbaine, car leur impact peut varier d’un groupe socioéconomique à l’autre.

– Gouvernance pluri-niveaux et pluri-acteurs : la collaboration entre les différents niveaux d’administration, les acteurs privés, la société civile et les citoyens est essentielle. Cette approche est en ligne avec les objectifs de développement durable et le nouvel agenda urbain Habitat III, qui prône des villes inclusives, sûres, résilientes et durables. La réalisation de cet objectif exige un engagement de tous pour réellement faire changer les choses.

Les villes favorisent la productivité et l’innovation

Les performances économiques se traduisent-elles par des améliorations de la qualité de vie au sein de la société urbaine ? Comment les différents groupes de population participent-ils à la prospérité ? Selon une mesure simple de la croissance économique et de l’inclusion sur le marché du travail, il apparaît que les villes de l’OCDE ont suivi différentes voies vers la croissance inclusive au cours des 15 dernières années .

Au-delà du seul aspect économique, un grand nombre de facteurs influent sur le bien-être. La qualité de vie est liée au fait d’occuper un bon emploi, d’avoir accès à une éducation de qualité, de se sentir en sécurité au sein de sa communauté et de bénéficier d’un environnement sain – autant de facteurs qui entrent en jeu au niveau local. Une grande variété de dimensions est nécessaire pour mesurer l’amélioration de la qualité de vie. Des efforts sont aujourd’hui déployés dans divers pays pour améliorer la disponibilité de données pertinentes au niveau local. Toutefois, les villes et les pays doivent encore redoubler d’efforts pour comprendre quelle est la situation des différentes couches de la population et de quelle façon se répartissent au sein de la société urbaine les améliorations économiques sociales.

Une manière simple de mesurer la croissance inclusive est de déterminer si les villes ont réussi à se développer économiquement tout en impliquant une plus grande partie de leurs habitants dans ce processus. Au sein de l’OCDE, les villes ont emprunté des voies très différentes depuis 2000. Si certaines villes ont enregistré une hausse de la croissance de leur PIB et de la participation de leurs habitants au marché du travail (comme Tallinn, Santiago, Perth et Jeonju), d’autres ont vu leur PIB augmenter mais leur taux de participation au marché du travail reculer (comme Poznan, Querétaro, Takamatsu). D’autres encore enregistrent une stagnation de ces deux indicateurs, voire un recul des deux (comme Catane, Las Vegas, Albuquerque)

La population urbaine a plus de chances de mener une vie meilleure…

Les grandes villes offrent de nombreuses opportunités de mobilité sociale, et elles favorisent la productivité en attirant une main-d’œuvre très qualifiée et des entreprises innovantes – malgré un coût de la vie plus élevé et une pollution atmosphérique plus forte. Les grandes villes peuvent également exercer un effet bénéfique sur les performances économiques des régions avoisinantes, et contribuent à la prospérité nationale.

Les villes peuvent promouvoir la mobilité sociale : Dans les pays de l’OCDE, les villes représentent 50 % de la population totale tout en ayant contribué à hauteur de 60 % à la croissance du PIB et des créations d’emploi au cours des 15 dernières années. Chaque création d’un nouvel emploi en ville peut contribuer à la création d’autres emplois, du fait d’une demande accrue en biens ou services locaux. En outre, le revenu des ménages urbains est, en moyenne, supérieur de 18 % à celui des ménages non urbains (même si le coût élevé de la vie peut en partie contrebalancer cet avantage). Les habitants des villes sont également plus susceptibles d’accroître leur revenu quelle que soit leur situation d’origine. Au Canada et aux États-Unis, par exemple, les perspectives salariales des habitants urbains sont moins déterminées par la situation économique de leurs parents que celles des citoyens non urbains.

Les villes favorisent la productivité et l’innovation : La concentration en capital humain au sein des villes contribue à renforcer la productivité. En moyenne, près de 40 % de la tranche de la population urbaine âgée de 25 à 64 ans a suivi des études supérieures, soit 10 points de pourcentage de plus qu’en dehors des villes. De même, l’innovation naît surtout dans les villes. En 2013, 70 % des brevets ont été délivrés dans des villes, dans les 19 pays de l’OCDE pour lesquels ces données sont disponibles (OCDE, 2016).