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Confirmant les constats du Haut commissariat au Plan qui estime que le pouvoir d’achat des ménages s’érode de plus en plus, Bank Al-Maghri qui vient de publier son rapport sur la stabilité financière en 2015 et les tendance de l’endettement des ménages constate que ceux-ci, déjà endettés, empruntent de moins en moins aux banques en particulier pour l’achat de logements en preéfèrent les longues échéances pour les remborsements.

Le rapport précise que les ménages ont vu leur patrimoine financier poursuivre sa progression en 2015, reflétée à travers la croissance dynamique de leurs dépôts ainsi qu’une hausse de leurs placements en valeurs mobilières. Leur endettement a progressé globalement en phase avec le PIB.

L’analyse des données d’un échantillon de ménages ayant renouvelé ou contracté de nouveaux crédits à la consommation au cours de l’année 2015, fait ressortir que leur taux d’endettement s’est élevé à 31,1% contre 30% en 2014.

Le taux de défauts de paiement des ménages s’est replié pour la première fois depuis 3 ans se situant à 7,5%.

Les entreprises non financières, en revanche ont vu leur dette financière de nouveau décélérer

en lien avec la contraction de leur dette bancaire. Cette tendance a été plus marquée au niveau des entreprises privées qui ont vu, pour la première fois depuis dix ans, leur dette financière se contracter à 48% du PIB. A contrario, l’endettement financier des entreprises non financières publiques a continué sa progression (23% du PIB en 2015), tiré essentiellement par sa composante extérieure.

L’étude des données financières d’un échantillon de 1684 entreprises non financières publiques et privées indique que les délais de paiement des créances inter-entreprises se sont de nouveau allongés, en particulier pour les entreprises privées atteignant des niveaux alarmants pour les TPME et certains secteurs d’activité, notamment la promotion immobilière, le BTP et les transports et communication. Cette situation qui pèse lourdement sur les trésoreries des entreprises nécessite d’accélérer la réforme du cadre légal (lois sur les délais de paiement) et de veiller à sa mise en oeuvre effective.

Les défauts de paiement des entreprises, ont quant à eux, continué de s’accroitre pour se situer à 9,7% de leur dette bancaire.

Les dépôts bancaires des ménages continuent de progresser

Le patrimoine financier des ménages marocains s’est élevé à 700 milliards de dirhams en 2015 en hausse de 7,1%, contre 6,8% en 2014.

La répartition de ce patrimoine est demeurée stable au cours des trois dernières années avec une part de 82% de dépôts bancaires, alors que les placements en valeurs mobilières et en assurance vie ont représenté 10% et 8% respectivement

Le renforcement de ces avoirs se retrouve essentiellement au niveau des dépôts, qui ont maintenu un rythme de progression dynamique de 6,7% après 6,6% en 2014.

Les dépôts à vue ont atteint un encours de 320 milliards de dirhams en 2015, en hausse de 7% par rapport à l’année dernière représentant une part de 46% des avoirs financiers des ménages. Leurs avoirs détenus, auprès des banques, sous forme de comptes d’épargne continuent de représenter 24% de leurs dépôts avec un encours de 135 milliards de dirhams, marquant une progression de l’ordre de 6,6%, en ralentissement par rapport à l’année dernière.

Les dépôts à terme se sont maintenus à 19% de ces avoirs et ce, en dépit d’une décélération de leur encours à 4,6% après 7,1% l’année précédente, pour totaliser 108 milliards de dirhams.

Les placements des ménages en valeurs mobilières ont totalisé 74 milliards de dirhams à fin 2015, enregistrant une progression de 10,9% après 9,8% une année auparavant. Cette progression provient essentiellement de l’évolution des placements en titres de propriété qui ont progressé de 12,8% atteignant 65 milliards de dirhams, représentant 88% du total, suivis par les titres de créances privés qui ont totalisé 9 milliards de dirhams, après 3 milliards de dirhams en 2014, représentant 12% du total. La part des placements en titres d’Etat a reculé à moins de 1%.

La dette financière des ménages s’est accrue de 5,1% contre 4,8% un an auparavant pour totaliser 297 milliards de dirhams.

Le ratio de cette dette rapportée au PIB s’est établi à 30%, niveau quasi similaire à celui de l’année 2014. Comparé à d’autres économies, ce ratio est situé à un niveau plus élevé que celui des pays en développement et émergents, et demeure en deçà des niveaux observés dans les économies avancées.

La répartition de la dette financière des ménages est demeurée généralement stable. En moyenne, les crédits à l’habitat en constituent près de 64% contre 36% environ pour les crédits à la consommation.

Les crédits contractés par les ménages pour financer l’achat de biens immobiliers ont poursuivi leur rythme baissier entamé depuis 2010. Leur croissance est revenue de 6,7% en 2014

à 5% en 2015, du fait notamment d’un repli de 1,6% de la nouvelle production du crédit qui a totalisé près de 27 milliards de dirhams à fin 2015. Ce ralentissement intervient, cette année,

dans un contexte caractérisé par une baisse de 3,5% des ventes des biens immobiliers résidentiels, concomitante à une hausse de leur prix de 0,9%.

Dans un contexte de baisse des taux d’intérêt assortissant les crédits à l’habitat, les ménages ont continué à privilégier l’endettement à taux fixe qui a représenté 89% de leurs dettes à l’habitat contractées en 2015, une part qui n’a cessé d’augmenter d’une année à l’autre.

Les ménages ont plus tendance à contracter les crédits immobiliers sur des durées de plus en plus longues, laissant entrevoir une certaine pression sur leurs revenus. En effet, les crédits à l’habitat dont la durée de remboursement est comprise entre 20 et 30 ans ont constitué 57% de l’encours de crédits à l’habitat à fin 2015, contre 55% en 2014, alors que les crédits dont la durée se situe entre 10 et 20 ans n’en représentent que 35% au lieu de 37% une année auparavant.

L’analyse du profil des bénéficiaires des crédits à l’habitat a fait ressortir une baisse de la part des ménages dont le revenu est inférieur à 4.000 dirhams, à 32% contre 38% en 2014 et 40%

en 2013, au profit des ménages à revenus supérieurs. En effet, la part de ceux dont le revenu est compris entre 4.000 et 10.000 dirhams a augmenté de 34% à 38%, et ceux dont le revenu est supérieur à 10.000 dirhams ont bénéficié de 30% des crédits à l’habitat au lieu de 28% auparavant.

La majorité des bénéficiaires, soit environ 79%, sont des salariés et des fonctionnaires, suivis par les artisans et les commerçants avec 14%. Ces bénéficiaires appartiennent, pour une part de 64%, à la tranche d’âge allant de 30 à 49 ans contre une part de 29% pour les personnes âgées de 50 ans et plus. Les jeunes de moins de 30 ans ont moins tendance à contracter des crédits immobiliers et ne représentent que 7% du total de l’échantillon

de l’enquête.

 

Longues échéances de remboursement

Après deux années de faible progression, la dette finançant la consommation des ménages, s’est accélérée de 5,8%, en 2015, pour atteindre 106,4 milliards de dirhams. Cette dette est orientée majoritairement au financement des projets personnels avec une part de 63%, suivis par les achats de voitures (36%).

A l’instar des crédits à l’habitat, les ménages ont de plus en plus tendance à contracter des crédits à la consommation avec des échéances de remboursement plus longues. La part des crédits contractés pour des maturités dépassant 5 ans est passée de 49% en 2009 à 64% en 2015. Celle des crédits à maturité comprise entre 2 et 5 ans ne représente actuellement que 28%, tandis que les crédits à une durée inférieure à 2 ans ne dépassent pas 8%.

Par milieu de résidence, les ménages résidant au Maroc ont cumulé une dette de l’ordre de 276 milliards de dirhams, enregistrant une progression de 4,6% en 2015 contre 5,3% en 2014. Son ratio par rapport au PIB est revenu à 28,1% après 28,6% en 2014. Par ailleurs, la dette financière des ménages marocains résidant à l’étranger a progressé de 12% en 2015, représentant environ le tiers de leurs transferts, un ratio quasi stable depuis 2009.

Après trois années de hausses significatives (15% en moyenne), l’accroissement des défauts de paiement des ménages s’est limité à 0,8% en 2015, ramenant leur taux de défaut 8 à 7,5% après 7,8% en 2014 reflétant un net ralentissement des défauts sur les crédits à l’habitat.

Ainsi, le taux de défaut des ménages s’est établi à 6,1% pour leurs prêts à l’habitat et à 10% pour ceux à la consommation contre 6,4% et 10,4% respectivement une année auparavant.

La baisse de ce taux a concerné aussi bien les ménages résidents que ceux non-résidents s’établissant respectivement à 6,9% et 6,3% contre 7,7% et 8,7% à la fin de l’année 2014.

Les ménages les plus nantis sont les plus endettés

Bank Al-Maghrib procède à une analyse de l’endettement financier d’un échantillon de particuliers cumulant 182.471 contrats de crédit à la consommation, tout en présentant une vue sur cet endettement selon la catégorie socioprofessionnelle, le groupe d’âge et la tranche de revenu. Un focus est effectué sur les ménages ayant une charge de dette dépassant 40% de leur revenu.

La tendance à la hausse du taux d’endettement des ménages étudiés se poursuit. En 2015, ce taux s’est établi à 31,1%, alors qu’il était de l’ordre de 30% au niveau de l’échantillon de 2014.

La répartition des ménages bénéficiaires de crédit à la consommation est restée globalement stable. La catégorie des fonctionnaires est celle qui a contracté le plus de crédit à la consommation, avec une part de près de 43% contre 43,5% pour l’échantillon de 2014. Leur charge d’endettement moyenne en 2015 s’élève à 32,5% contre près de 30% une année auparavant.

Les salariés occupent la deuxième position, constituant près de 36% de l’échantillon, avec un taux d’endettement représentant près de 31% de leur revenu contre 31,6%

en 2014.

Les retraités et les personnes exerçant une profession libérale constituent respectivement 14,2% et 6,9% de la population de l’échantillon. Ils supportent une charge d’endettement de l’ordre de 27,6% et de 30,1%.

Les ménages qui affichent les taux d’endettement les plus importants sont ceux disposant de revenus plus élevés. En effet, ceux dont les salaires dépassent 6.000 dirhams sont endettés à près de 33% de leurs revenus, ceux dont le salaire est compris entre 4.000 et 6.000 disposent d’une dette avoisinant 31% de leurs revenus tandis que ceux avec un revenu inférieur à 4.000 dirhams ont un taux d’endettement moyen situé à près de 27%.

Par tranche d’âge, les particuliers les plus endettés sont ceux dont l’âge varie entre 41 ans et 60 ans, avec une part représentant près de la moitié de l’échantillon étudié et un taux d’endettement moyen d’environ 33%. Les personnes de la tranche d’âge 31-40 ans représentent 24% de l’échantillon et affichent un taux d’endettement moyen de 31,6%.

Les jeunes de moins de 30 ans ont, quant à eux, une dette moyenne représentant 27,8% de leur revenu.

Les ménages à charge d’endettement supérieure à 40% par rapport à leur revenu ont représenté 25,1% de l’ensemble de l’échantillon étudié, contre 23,1% comparativement à 2014. Cette population est constituée, en majorité, de fonctionnaires et salariés (83,9%) et de particuliers bénéficiant d’un salaire supérieur à 6.000 dirhams (67,1%).

En outre, la proportion des ménages avec un taux d’endettement supérieur à 40% est plus marquée chez les moins jeunes. En effet, les individus âgés de plus de 51 ans représentent près de 40%, suivis par la tranche d’âge 41-

50 ans avec une part de 26,2%, puis ceux dont l’âge est situé entre 31 et 40 ans avec une part de 25,4%. Les ménages âgés de moins de 30 ans ne représentent que près de 9% de cette population.