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A l’occasion de la présentation des résultats de l’Enquête Nationale sur la Perception par les ménages de quelques cibles des principaux Objectifs de Développement Durable, M. Ahmed LAHLIMI ALAMI, Haut-Commissaire au Plan a a exposé le processus qui a débouché sur la ralisation de l’enquête nationale sur les ménages marocains destinée appréhender la perception par les Marocains des problématiques posées par autant que possible d’objectifs prévus par l’Agenda 2030 pour le Développement Durable.

M. Lahlimi est remonté à l’année 2010 au cours de laquelle l’Assemblée Générale des Nations-Unies, en présence des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres, a procédé à l’évaluation du niveau de réalisation par la communauté internationale des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), cinq années avant leur échéance.

Les Nations-Unies et les pays membres au sein de cette institution et à différentes échelles nationale et régionale, a-t-il précisé ont, depuis lors, mobilisé l’expertise disponible et organisé de multiples consultations de citoyens, d’académiciens et d’acteurs de la société civile pour procéder, dans une démarche participative, à une évaluation circonstanciée des acquis des OMD et analyser les défis d’avenir, avec l’ambition de contribuer à esquisser les grandes lignes de ce modèle de développement, définir les pré-requis politiques et sociétaux de sa promotion et fixer les performances attendues de ses résultats en termes de croissance économique, de bien-être social, de qualité environnementale et d’universalité des valeurs.

Ce processus de mobilisation à tous les niveaux des savoirs et des expériences auquel le Maroc a activement contribué a été couronné par l’adoption par l’Assemblée Générale des Nations-Unies du rapport « Transformer notre monde : le programme de Développement Durable à l’horizon 2030 »qui a fondé le nouvel Agenda International de Développement dont le Royaume du Maroc, à l’instar de la communauté internationale, s’est engagé à réaliser les recommandations, au cours de la prochaine quinzaine d’années.

Avec l’approche conceptuelle et les modalités opérationnelles de mise en œuvre qui ont présidé à la définition des 17 objectifs et 169 cibles que préconise cet agenda, ces derniers se distinguent, d’une manière substantielle, des OMD adoptés au début du siècle, même s’ils en intègrent quelques-uns parmi ceux qui n’ont pas été réalisés en 2015. Le poids distinctif entre les deux agendas procède autant de leur démarche programmatique que de la nature de leurs objectifs et s’explique, en partie, par le contexte de leur élaboration.

Le contexte international qui était, comme vous vous en souvenez, marqué, au début du siècle, par les promesses d’une mondialisation triomphante, présente 15 ans après, un paysage plutôt de doutes et d’incertitudes ,avec la montée des inégalités sociales et territoriales, la dégradation des actifs naturels et la perduration encore persistante des effets d’une succession de crises économiques et financières que connaissent, depuis, tous les pays riches et moins riches.

Aussi, l’Agenda 2030 pour le Développement Durable a-t-il, d’emblée, opté d’inscrire ses objectifs dans une matrice de durabilité et leur donner une portée mondialisée requérant l’adhésion de l’ensemble des membres de la communauté internationale, sans distinction de leur niveau de développement, à la différence des OMD adressés plus particulièrement aux pays en développement.

Le nouvel Agenda de Développement se distingue également par la rupture qu’il opère avec la sectorialité des objectifs et des cibles, par l’interconnectivité du contenu de ces derniers et la transversalité de leur référentiel de valeurs. Surdéterminées par l’exigence de durabilité, les synergies positives, promises par ce cadre conceptuel et ses implications opérationnelles, ont vocation à favoriser une égale accumulation du capital au niveau de ses 5 sphères physique, naturelle, institutionnelle, sociale et environnementale et à consolider le référentiel sociétal du modèle de développement dans son ensemble autour des 3 valeurs cardinales de l’inclusion, de l’équité et de la solidarité.

 

Impératif de s’approprier les ODD

 

  1. Lahlimi a évoqué l’impératif que l’ensemble des acteurs de la vie nationale contribuent à l’appropriation des ODD par notre pays et ce, par un effort soutenu d’adaptation de leur contenu et de leur démarche à nos réalités économiques, sociales, culturelles et institutionnelles et par une campagne appropriée de leur promotion auprès des plus larges secteurs de l’opinion publique.

Il a rappelé l’annone, il ya quelques mois, du projet de réalisation d’une enquête nationale pour enrichir la base des microdonnées accumulées par le HCP sur les ménages marocains et ce, en vue d’appréhender la perception par nos citoyens des problématiques posées par autant que possible d’objectifs prévus par l’Agenda 2030 pour le Développement Durable.

Réalisée entre le 1erjuillet et le 19 août 2016, cette enquête qui a couvert l’ensemble du territoire national avec un échantillon permettant d’en régionaliser les résultats, s’est fixé comme objectif, d’une part, d’appréhender l’évaluation par les citoyens, dans leur vécu quotidien, des dimensions du développement humain dans notre pays et des facteurs à l’origine de leur niveaux actuels et d’autre part, de recueillir leur point de vue sur les choix que devrait opérer notre pays pour atteindre, dans les meilleures conditions, les Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’horizon 2030.

 

 

Les insuffisances incriminées

 

M. Lahlimi a, par la suite, exposé quelques résultats de l’Enquête Nationale sur la Perception par les ménages de quelques cibles des principaux Objectifs de Développement Durable

Au plan de la dimension environnementale, il a relevé la large perception par les Marocains concitoyens (60%) des changements climatiques et de leurs effets sur la régularité des pluies, le niveau des températures et le niveau des ressources en eau.

Les perceptions négatives se réfèrent aux insuffisances en matière d’assainissement liquide (26%), de gestion des déchets (65%), ainsi qu’à la promiscuité démographique dans les lieux d’habitat et la pollution de l’air.

En dehors de sa facture jugée élevée par la majorité, l’accès à l’eau et l’électricité est largement perçu comme satisfaisant. Un point de vue négatif est exprimé sur le niveau de qualité et de sécurité des transports routiers ainsi que sur celui des espaces verts et de la forêt avec une large demande, pour les protéger, d’une plus grande sévérité dans le contrôle et la sanction.

 

Aux plans de la santé et de l’enseignement, les reproches récurrents ciblent largement l’éloignement et le faible équipement des structures sanitaires et scolaires, avec une mention particulière du mauvais accueil et de la corruption dans les centres sanitaires. La faiblesse des équipements sociaux, le faible niveau du personnel et le faible rendement externe de l’enseignement sont largement mis en exergue. Si, à cet égard, 80% de nos concitoyens ont inscrit leurs enfants dans les établissements d’enseignement public, 43% accordent leur préférence à ce secteur de l’enseignement, alors que 30% souhaitent une politique d’encouragement à l’enseignement privé.

 

Aux plans de la croissance et de l’emploi, pour 57%, la finalité de la politique économique doit être l’emploi, pour 33% l’amélioration des conditions de vie et pour 10% la création de la richesse nationale. Il est à cet égard remarquable que parmi les différentes catégories d’emploi, 41% privilégie l’auto-emploi, 33% l’emploi public et 5% l’emploi dans le secteur privé.

 

Au plan de la paix sociale, pour les 2/3 des ménages, la criminalité dans leur environnement c’est d’abord les vols ou les actes de violence physique. Le chômage et la drogue en sont perçus comme les principales causes. Plus de 50% perçoivent, par ailleurs, une hausse de la corruption pratiquement dans tous les domaines et institutions et, en particulier, dans le secteur de la santé. Pour faire face à ces maux, une plus grande rigueur de la loi et une plus grande sévérité de la justice sont considérées comme la solution souhaitable. Malgré cela, il est remarquable que 50% au total, – 47,8% en milieu urbain et 52,2% en milieu rural – sont pour l’abolition de la peine de mort.

Au plan du niveau de vie, et en décalage avec les données statistiques basées sur les différentes méthodes d’analyse, près de 44% de nos concitoyens considèrent que l’extrême pauvreté est une réalité dans leur environnement. Plus de 80% d’entre eux pointent la mendicité comme un phénomène fréquent ou très fréquent et 45% en attribuent la raison au chômage, 33% à la lucrativité de la pratique. D’une façon générale, le chômage, la précarité de l’emploi et les difficultés d’accès aux programmes sociaux avec un accent particulier sur les limites de la protection sociale et de la couverture médicale sont cités comme les causes explicatives de l’indigence sociale.

L’égalité des sexes au Maroc est perçue comme une réalité par 41% de la population. Plus de 70% attribuent l’origine des inégalités dans ce domaine aux valeurs héritées de la tradition et à des comportements innés chez l’homme. En grande majorité favorable à la parité hommes-femmes dans tous les domaines de la vie économique et institutionnelle, la population est, cependant, à 87% contre toute parité dans le partage de l’héritage.

A cet égard, il y a lieu de noter le décalage paradoxal, dans ce domaine, entre l’expression d’une adhésion à l’égalité des sexes dans tous les domaines et à la parité dans toutes les institutions, d’une part et l’accord donné par plus de 60% de la population à des affirmations telles que : « la priorité doit être donnée aux hommes dans le marché du travail » ou encore «  le travail de la femmes se fait au détriment de l’éducation des enfants » ou encore « les hommes sont plus capables d’assumer les responsabilités que les femmes ».

 

En conclusion, à travers la perception transversale que nos concitoyens ont de l’origine des maux et déficits sociaux qu’ils dénoncent, d’une part et celle qu’ils ont des atouts de leur pays, a relevé les données suivantes :

–              la large incrimination par nos concitoyens de la pauvreté, du chômage et de la drogue dans les phénomènes de la violence, comme leur incrimination des inégalités dans le domaine de l’emploi, de la santé et des services sociaux à la corruption et au népotisme.

–              l’explication récurrente de nos concitoyens par le peu de rigueur du système coercitif qu’ils donnent, par ailleurs, à tous les maux et déficits sociaux qu’ils dénoncent dans leur vie quotidienne, ils expriment l’existence dans notre société d’une large demande d’ordre.

Par ailleurs,

–              pour plus de 80%, le Maroc arrivera à réaliser totalement l’ensemble des ODD à l’horizon 2030 ;

–              50% de nos concitoyens déclarent avoir pris des initiatives en faveur de l’environnement au cours des 5 dernières années et 65% se déclarent disposés à en prendre pour contribuer à sa protection par le recours, notamment, à l’énergie solaire au lieu du gaz et du bois ;

–              plus de 90% de nos citoyens jugent notre société paisible et en attribuent les conflits, quand ils existent, à un déficit moral ;

Au total, l’ensemble des réponses données par nos concitoyens aux questions posées par l’enquête sont largement synthétisées par le tableau ci-dessous qui reproduit leurs réponses à la question suivante :

 

 » Quelles sont les conditions que notre pays doit réaliser pour atteindre les ODD à l’horizon 2030 « .

 

 » Quelles sont les conditions que notre pays doit réaliser pour atteindre les ODD à l’horizon 2030 « .

  Urbain Rural Total
La réforme de l’administration 18,3% 19,4% 18,7%
Une présence plus forte de l’autorité de l’Etat 18,7% 17,6% 18,3%
La réforme de l’enseignement 15,2% 11,4% 13,8%
L’égalité d’accès à l’enseignement et à la santé 12,2% 14,2% 13,0%
La démocratie 12,7% 13,2% 12,9%
Le soutien des initiatives privées 11,5% 13,8% 12,4%
La planification 11,3% 10,4% 11,0%

 

La diversité des questions et des réponses fournies par l’Enquête Nationale sur la Perception par les ménages de quelques cibles des principaux Objectifs de Développement Durable ne peut se résumer à ces quelques remarques. Les différents modules qui la composent mériteraient d’être plus analysés et donner lieu à une explication, par les académiciens, les experts et les acteurs de la vie sociale et politique, pour en tirer les meilleures leçons au profit du développement de notre pays.