44008963

Il y a lieu de relever à ce niveau un recul significatif des investissements conventionnés dans le secteur du tourisme et ayant fait l’objet de convention, toutes catégories confondues, notamment à partir de l’année 2011 ; et ce contrairement à ce que prétend la SMIT dans sa situation des investissements présentée dans le tableau précédent, constate la Cour des comptes..

Elle note, par ailleurs, aussi le caractère insignifiant des montants investis en animation seule selon les données communiquées par l’AMDI, et ce pour toute la période 2009-2014.

Il est constaté à cet égard le grand écart entre le montant de 7,54 milliards de dirhams investi en animation de 2010 à mi-2014 selon la SMIT, et celui de 1,18 milliards seulement investi de 2009 jusqu’à fin 2014 en même animation selon les données communiquées par l’AMDI.

. Concernant la répartition régionale des investissements conventionnés, il est à noter la persistance d’une certaine concentration en cette matière sur les régions de Marrakech et Casablanca et plus récemment la région de Tanger-Tétouan en termes de captage d’investissements touristiques. En effet, cette dernière a accaparé environ 40% de l’ensemble des investissements conventionnés au niveau national sur toute la période 2009 à 2014

Par ailleurs, les régions autres que celles de Marrakech, Casablanca, Tanger et Rabat, n’ont reçu sur la période 2009 à 2014 que des investissements touristiques conventionnés à titre occasionnel, c’est-à-dire une ou deux fois sur toute la période 2009-2014.

Pour ce qui est des pays d’origine des investisseurs, il faut souligner la dominance des capitaux exclusivement marocains dans les montants investis entre 2009 et 2014, et ce à raison de 31 % de l’ensemble des montants investis dans le tourisme en conventionnement sur toute la période précitée.

Il est à préciser que seuls 52, parmi les 63 projets validés au niveau de la commission des investissements entre 2009 et 2014, ont été réalisés ou sont encore en cours de réalisation ; tandis que les autres sont soit en résiliation soit en souffrance.

De ce qui précède, il s’avère que la SMIT n’a pas pu démontrer une valeur ajoutée consistante en matière d’attraction des investissements touristiques, ni une réactivité pour fournir l’information demandée, surtout que des entités de promotion des investissements, en l’occurrence l’AMDI, ont pu fournir des informations précises sur les investissements touristiques. De ce fait, des questions, ayant trait au rôle effectif de la société dans la promotion des investissements, deviennent de plus en plus légitimes.

Le CPR de Rabat-Salé-Zemmour-Zaërs n’est toujours pas signé

 

 

Le contrat programme relatif à la Vision 2020 partait du constat que le tourisme au Maroc était caractérisé par sa concentration sur deux destinations, Marrakech et Agadir, qui totalisaient près de 70% des nuitées internationales. Cette concentration géographique ne permet pas de mettre en avant toutes les potentialités du territoire marocain. Pour permettre au secteur touristique de jouer pleinement ce rôle, la Vision 2020 s’était alors inscrite dans une approche intégrée et volontariste d’aménagement du territoire national.

C’est dans ce cadre qu’ont été créés huit territoires touristiques présentant la cohérence, l’attractivité et la masse critique nécessaires (en termes de capacités d’hébergement, d’actifs touristiques et de desserte aérienne) pour disposer d’une visibilité internationale et accéder au statut de destination à part entière ; chaque destination étant à même d’offrir une expérience unique, en complémentarité et en cohérence avec toutes les autres.

En effet, ce découpage, qui transcende le découpage administratif, était conçu pour permettre aux régions de tirer profit de l’ensemble de leurs potentialités : sites naturels, patrimoine culturel, ….

Pour la concrétisation du principe de développement touristique territorial, la mesure n°1 du contrat programme de la Vision 2020 a prévu l’élaboration de contrats programmes régionaux (CPR) de développement touristique s’inscrivant dans le cadre des orientations définies pour chacun des territoires, au plus tard, à fin décembre 2011.

 

 

Rôle de la SMIT dans la mise en oeuvre de la Vision 2020

Pour acter le processus d’implémentation de cette vision, la SMIT a commencé par l’élaboration en décembre 2011 d’une stratégie 2020 pour préparer l’opérationnalisation des axes retenus par le contrat programme 2020. Elle y a procédé notamment à la répartition des objectifs d’investissement et de capacité de la Vision 2020 par programme et par territoire ainsi que par année. Elle a procédé enfin à l’établissement d’un plan d’implémentation des objectifs de la dite vision.

Ledit plan a été par la suite décliné en 2012, sous forme de CPR qui fixaient la vocation de chaque région et proposaient des projets prioritaires à réaliser pour valoriser le produit touristique en chaque région. Il est à préciser que ces contrats, au nombre de 15, ont été signés par les gouverneurs et les walis des régions concernés courant 2012 et 2013. A souligner à ce niveau que le CPR de la région Rabat-Salé-Zemmour- Zaer jusqu’à fin juillet 2015 n’est toujours pas signé.

Cependant, la logique de territoire dans le déploiement de l’infrastructure touristique, que préconisait la Vision 2020, a été abandonnée au profit de la région comme entité administrative pouvant s’engager à contribuer à la réalisation des aménagements touristiques définis dans les contrats programmes.

Par ailleurs, ces contrats programmes avaient permis de déterminer un positionnement à partir des ressources touristiques et des contraintes de chaque région. Il y a été développé ensuite des plans d’actions notamment en matière de développement de produit, de promotion et de soutien à l’investissement, de transport et de formation.

Il faut préciser aussi à ce titre que la SMIT a été chargée explicitement au niveau de ces contrats programmes régionaux des actions relatives à l’identification du foncier, au développement de préconcept, au placement des projets via le démarchage des investisseurs ainsi qu’à la sélection des aménageurs développeurs et la contractualisation des engagements en matière de valorisation des lots touristiques.

Le pilotage et le suivi des CPR ont été attribués aux Agences de Développement Touristique (ADT). Toutefois, dans l’attente de la création de celles-ci, lesdites attributions ont été conférées à un comité local présidé par le Wali de la région en question.

Cependant, la convention pour l’opérationnalisation du produit nature de la Vision 2020, dite QARIATI, n’a été signée qu’en 2014 pour des engagements financiers totaux s’élevant à 2,34 milliards de dirhams de différents ministères et prévoit par ailleurs une rémunération forfaitaire annuelle de 20 millions de dirhams pour la SMIT au titre de son pilotage de la mise en oeuvre dudit produit.

En conclusion, la SMIT s’est lancée dans une série d’études enchainant définition de produit touristique et proposition d’aménagement jusqu’au milieu de l’année 2014, sans toutefois pouvoir amorcer une vraie dynamique de mise en oeuvre de produit touristique proprement dit tel que défini dans les CPR.

Fiasco des contrats programmes régionaux. Taux de réalisation des projets : 0,29 %

Concernant l’état d’avancement de mise en œuvre des différents CPR, la SMIT a présenté à la Cour un bilan d’opérationnalisation des produits conçus dans le cadre desdits CPR valable jusqu’à juin 2015 .

La Cour des comptes précise, à cet égard, qu’un projet engagé, selon la SMIT, est un projet dont une convention ou un mémorandum ont été signé, ou dont les travaux concernant sa propre réalisation sont déjà en cours.

L’analyse de la situation détaillée des projets engagés dans le cadre des CPR a permis de relever des contradictions. Ainsi, plusieurs projets cités pour justifier les montants engagés par région n’étaient pas inscrits au départ dans les CPR. En effet, selon la situation décrivant l’état d’avancement des projets CPR, un montant de 47,53 Milliards DH est engagé avant 2011, année de signature des premiers CPR. Ce montant correspond à des projets touristiques répertoriés par la SMIT sur ladite situation sans qu’ils émanent des CPR.

De plus, la SMIT soutient que des projets ont été engagés dans le cadre du contrat programme de la région de Rabat pour un total de 9,5 milliards de DH, alors que ledit contrat, comme précité, n’était toujours pas signé à fin juillet 2015.

Il en est de même du parc d’attraction SindiPark et les trois golfs, présentés pour appuyer les réalisations du contrat programme de la région de Casablanca, alors qu’ils ne figurent pas sur la liste des projets répertoriés au sein dudit contrat. C’est le cas aussi des Malls commerciaux, de Casablanca, Tanger et Agadir.

En conclusion, il s’avère que cette situation, présentée comme celle de l’implémentation des CPR est plutôt une sorte d’inventaire de projets initiés ou juste suggérés, et que la SMIT estime qu’ils peuvent avoir un effet sur les flux touristiques au sein des régions concernées. C’est en effet une situation qui s’écarte largement des listes annexées aux CPR faisant montrer les projets à réaliser dans le cadre de leur mise en oeuvre.

Ceci conforte le constat selon lequel la SMIT ne dispose pas d’un mécanisme de monitoring et/ou de reporting dédié au suivi de l’implémentation des CPR et permettant de cerner les investissements touristiques réellement engagés dans les différentes régions.

Par ailleurs, l’imprécision des informations fournies par la SMIT au sujet de la mise en oeuvre des CPR et des autres aspects revus par la commission de contrôle et sa tendance à surévaluer les performances réalisées, a contraint cette dernière à s’adresser directement au ministère du tourisme. A cet égard la Direction de la stratégie et de la coopération au sein dudit ministère a remis à mi-juillet 2015 un autre état d’avancement de réalisation des projets issus des contrats programmes .

Il en ressort notamment, en termes d’investissement, que le taux de réalisation des projets issus des CPR, selon cette situation communiquée par le ministère, est de 0,29 % correspondant aux projets réalisés. En y incluant les projets en cours de réalisation, ce taux pourrait atteindre 19,82 %.

Ces taux sont très en deçà de celui de 73% défendu par la SMIT dans sa première situation livrée à la commission de contrôle et reprise d’une manière formelle dans son rapport au conseil de surveillance daté de juin 2015.

Remise en cause des chiffres de la SMIT

En termes quantitatif, l’état d’avancement présenté par la SMIT fait apparaitre un taux d’engagement national moyen de 73% des investissements prévus dans les différents CPR. La SMIT a confirmé ce taux dans son rapport présenté devant son conseil de surveillance tenu fin Juin 2015.

La SMIT avait présenté dans son rapport au comité de surveillance en date de 22 Décembre 2014 une situation de mise en oeuvre des projets inscrits au niveau des CPR qui fait ressortir un « taux d’avancement moyen des projets CPR » de 31% en décembre 2014. La comparaison de ce taux avec celui arrêté en juin 2015 qui est de 73% montre que ledit taux a plus que doublé en l’espace de cinq mois seulement.

Mais, le taux de réalisation de 31% à fin 2014 lui-même est à reconsidérer étant donné que plusieurs CPR n’ont été signés qu’en milieu de l’année 2013, voire en 2014.

 

 

En contradiction avec les objectifs de la « Vision 2020 » :

Concentration des investissements touristiques sur certaines régions matures

 

Il est bien noté sur le PV au conseil de surveillance que 31% est un taux d’avancement des projets CPR à fin 2014, et que 73% est aussi un taux d’avancement desdits projets selon la situation livrée à la Cour en Mai 2015.

Par ailleurs, et outre les CPR signés avec les régions, la SMIT continuait à signer en 2014 d’autres contrats avec certaines collectivités territoriales pour les assister et les accompagner dans la réalisation d’études d’ingénierie et de mise en oeuvre du produit touristique. On cite à titre d’exemple, la convention relative au développement de l’offre tourisme nature en arrière-pays d’El Hoceima, une autre concernant le tourisme Rural et de Nature à Berkane ….

Néanmoins, il est à observer que cet enchainement d’études et de conventions depuis 2010 jusqu’à 2015 en vue de décliner les objectifs de la Vision 2020 témoigne plutôt du manque d’une démarche claire et structurée traduite par un planning d’opérationnalisation des programmes découlant de ladite vision.

guise de conclusion, l’analyse détaillée des CPR et des taux de réalisation des projets révèle une faible implémentation desdits contrats, à l’exception de rares actions engagées dans ce cadre mais qui restent très limitées en termes de nombre et de montants investis.

 

 

Base de données basique et imprécise

Sur un autre registre, la SMIT tient, sur tableur, une base de données globale renseignant sur des projets ou aménagements à caractère touristique et en attente d’être réalisés. sur la dite base, 2655 projets ont été recensés enchainant des actions de valorisation des médinas, des réalisations de différents types d’hébergements (hôtels, villages de vacances, camping…) ainsi que d’autres aménagements plutôt à caractère urbain tels que ceux des corniches,…

Ladite base englobe également des projets inscrits au niveau des CPR ; ceux conventionnés de ce type totalisent sur ladite base un investissement prévu d’environ 36 milliards de dirhams, soit 22% du total des investissements à réaliser dans le cadre des CPR.

Toutefois, la base de données en question contient des imprécisions et des contradictions, ce qui rend difficile toute analyse objective des données extraites de ladite base. A titre d’exemple, la plupart des projets sont considérés, au sein de cette dernière, comme étant déjà engagés juste suite à la signature d’un MOU ou de la convention les concernant.

Par ailleurs, dans son rapport pour son conseil de surveillance de juin 2013, la SMIT s’était engagée à faire migrer cette base vers un logiciel plus performant, mais sans résultat.

Concernant la concordance des réalisations supposées des CPR avec les objectifs de la Vision 2020, il faut souligner que l’état d’avancement défendu par la SMIT fait apparaitre une persistance de la concentration des investissements touristiques sur certaines régions dites matures en termes d’attractivité touristique.

En effet, la situation présentée par région administrative fait apparaitre des taux de réalisation dépassant 100%, en capacité et en investissement, pour les régions de Marrakech, Agadir et Casablanca.

Ainsi, les deux territoires Marrakech et Agadir ont accaparé à eux seuls, selon les situations précitées, plus de 50 milliards de dirhams d’investissements engagés dans le cadre de la Vision 2020 ; soit presque la moitié de l’investissement total supposé engagé au niveau national, selon la SMIT.

La persistance de cette concentration régionale en matière d’investissement touristique est en écart par rapport à l’objectif fixé dans le contrat programme de la Vision 2020 pour ce qui est de la favorisation de l’émergence de destinations touristiques autres que celles de Marrakech et Agadir. Ceci conforte l’idée selon laquelle les investissements touristiques évoluent indépendamment des actions entreprises par l’Etat et de ses démembrements, en l’occurrence la SMIT, et qui visent à les développer et à les orienter vers d’autres destinations autres que celles présentant une certaine maturité et disposant déjà de la capacité critique.

En conséquence, l’implémentation de la Vision 2020 telle que reflétée par la situation présentée par la SMIT, n’a pas permis l’introduction de l’équilibre souhaité par la Vision 2020 entre les régions en matière d’investissements touristiques d’une part, et n’a pas favorisé la diversification recherchée dans l’offre touristique nationale notamment en matière d’animation et loisirs d’autre part.