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Sur fond de regain d’inquiétude concernant la croissance économique mondiale, le chômage des jeunes repart à la hausse après plusieurs années d’amélioration, constate un nouveau rapport de l’OIT (Organisation internationale du Travail).

 

«Emploi et questions sociales dans le monde, tendance pour les jeunes 2016» note que la croissance économique mondiale, selon les estimations, devrait atteindre 3,2 pour cent en 2016, soit une baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport aux prévisions pour fin 2015. Cette révision à la baisse tient au fait que certains des principaux pays émergents exportateurs de produits de base,

dont l’Argentine, le Brésil et la Fédération de Russie, ont connu une récession plus grave que prévu.

De plus, la croissance dans les pays en développement, à peine 4,2 pour cent en 2016, se situe à son niveau le plus bas depuis 2003. Même si l’on prévoit une légère amélioration de la croissance mondiale en 2017, les décisions en matière d’investissement et d’embauche à l’échelle mondiale demeurent modestes en raison de l’incertitude liée à un environnement en constante évolution.

En conséquence, après plusieurs années d’amélioration, le taux mondial du chômage chez les jeunes repart à la hausse et devrait atteindre 13,1 pour cent en 2016 (contre 12,9 en 2015). Soit un taux très proche de son niveau record de 2013 (13,2 pour cent) et qui devrait rester inchangé en 2017. Ainsi, après une baisse de quelque 3 millions entre 2012 et 2015, le nombre de jeunes sans emploi dans le monde augmentera d’un demi-million en 2016 pour atteindre 71 millions et se maintiendra à ce niveau en 2017.

Cette détérioration est particulièrement marquée dans les pays émergents où le taux de chômage devrait passer de 13,3 pour cent en 2015 à 13,7 pour cent en 2017 (soit 53,5 millions de chômeurs en 2017 contre 52,9 millions en 2015). Le taux de chômage des jeunes dans les pays en développement devrait demeurer relativement stable, autour de 9,5 pour cent en 2016, mais, en chiffres absolus,

il devrait s’accroître d’environ 0,2 million en 2016 pour atteindre 7,9 millions de jeunes sans emploi en 2017, en grande partie en raison de l’augmentation de la population active. Enfin, dans les pays développés, le taux de chômage des jeunes devrait atteindre en 2016 le taux mondial le plus élevé (14,5 pour cent ou 9,8 millions) et, malgré une amélioration prévue en 2017, les progrès marquent le pas (le taux ne reculant qu’à 14,3 pour cent en 2017.

 

 

… et la qualité de l’emploi, notamment dans les pays émergents et en développement, demeure un problème majeur pour les jeunes…

Les chiffres du chômage ne reflètent pas la gravité de la situation du marché de l’emploi des jeunes car, parmi les jeunes qui travaillent, un grand nombre ne gagnent pas suffisamment pour se sortir de la pauvreté. En fait, quelque 156 millions de jeunes dans les pays émergents et en développement vivent dans une situation d’extrême pauvreté (avec moins de 1,90 dollar E.-U par personne et par jour) ou de pauvreté modérée (entre 1,90 dollar E.-U et 3,10 dollars E.-U) alors qu’ils ont un emploi. En outre,

le taux de pauvreté au travail est plus élevé chez les jeunes que chez les adultes: 37,7 pour cent des jeunes qui travaillent vivent dans des conditions de pauvreté extrême ou de pauvreté modérée en 2016 contre 26 pour cent des adultes qui travaillent.

Par ailleurs, dans les pays développés pour lesquels on dispose d’informations, les jeunes risquent davantage de souffrir de pauvreté relative (définie ici comme vivant avec moins de 60 pour cent du revenu médian) alors qu’ils ont un emploi. Par exemple, la proportion de jeunes travailleurs considérés comme exposés au risque de pauvreté était de 12,7 pour cent en 2014 dans l’Europe des 28, par rapport à 9,6 pour cent des adultes qui travaillent. Outre de faibles salaires, les jeunes occupent souvent, faute de mieux, des emplois informels, à temps partiel ou temporaires. Par exemple, dans l’Europe des 28, parmi les jeunes travaillant à temps partiel ou dans le cadre d’emplois temporaires en 2014, respectivement 29 et 37 pour cent environ le font malgré eux.

 

 

… d’où une volonté accrue de migrer

 Face à la perspective de pointer au chômage, de faire partie des travailleurs pauvres et/ou d’occuper des emplois précaires, les jeunes ont tendance à rechercher à l’étranger de meilleures possibilités d’éducation et d’emploi. En 2015, près de 51 millions de migrants internationaux étaient âgés de 15 à 29 ans, dont plus de la moitié résidaient dans les économies développées. De plus, en 2015, au niveau mondial, 20 pour cent des jeunes appartenant à cette tranche d’âge sont disposés à s’installer de manière permanente dans un autre pays. Au niveau régional, c’est en Afrique subsaharienne, en

Amérique latine et aux Caraïbes que l’on trouve le plus grand nombre de jeunes souhaitant migrer, soit 38 pour cent en 2015, suivis de près par l’Europe de l’Est, avec 37 pour cent. Le pourcentage de jeunes désireux de partir reste élevé, 35 pour cent en Afrique du Nord ainsi que dans les États arabes où ce taux est passé de 21 pour cent en 2009 à 28 pour cent en 2015. En revanche, ces tendances sont, en moyenne, les plus faibles en Asie du Sud et en Amérique du Nord où, respectivement, seulement 17 et 15 pour cent des jeunes sont désireux de quitter leur pays (les données relatives à l’Amérique du Nord se réfèrent à 2014). Dans chacune des régions, et notamment en Afrique subsaharienne et en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, les différences entre pays demeurent importantes, les jeunes dans les pays plus pauvres étant, de manière générale, les plus désireux de migrer.

 

 

Des progrès ont été réalisés en matière de niveau d’instruction, mais beaucoup trop de jeunes ne sont ni pourvus d’un emploi, ni étudiants ni en formation…

Le taux d’activité des jeunes au niveau mondial suit une tendance durable à la baisse, passant de 53,6 pour cent en 2000 à 45,8 pour cent en 2016. Les possibilités accrues de poursuivre des études secondaires supérieures, avec un taux brut de scolarisation mondial de près de 75 pour cent, expliquent en bonne partie la baisse du taux d’activité des jeunes entre 15 et 19 ans, ce qui doit être considéré comme un facteur positif qui leur permet d’élargir leur gamme de compétences et leurs connaissances en vue de trouver de meilleurs emplois à l’avenir. Pour autant, un nombre important de jeunes, notamment dans les pays en développement, ne peuvent pas être scolarisés (parce qu’ils doivent travailler par nécessité économique ou pour compléter le revenu du foyer), étant de ce fait exposés au risque de rester pris au piège de la pauvreté, car ils ne peuvent pas accéder à de meilleurs emplois.

Pour les jeunes âgés de 20 à 29 ans, l’absence de possibilités d’emploi viables est souvent le principal facteur décourageant leur participation au marché du travail. Les taux de chômage des jeunes demeurant toujours élevés et la transition entre l’école et la vie active devenant de plus en plus difficile, un nombre croissant de jeunes ne sont ni étudiants, ni pourvus d’un emploi, ni en formation (NEET), une situation qui comporte des risques de détérioration des compétences, de sous-emploi et de découragement.

Selon des enquêtes menées dans 28 pays du monde entier, environ 25 pour cent des jeunes âgés de 15 à 29 ans relèvent de la catégorie NEET. Les résultats montrent aussi à quel point ce taux augmente avec l’âge. Ce problème est particulièrement grave dans les pays développés où, en dépit d’un accès généralisé aux possibilités d’enseignement supérieur, les taux de la catégorie NEET pour les jeunes de plus de 20 ans sont toujours largement supérieurs à ceux des jeunes âgés de 15 à 19 ans.

 

 

… alors que les écarts persistants entre les sexes font obstacle au progrès social

La plupart des indicateurs du marché du travail révèlent de grandes disparités entre les jeunes hommes et les jeunes femmes, qui déterminent et génèrent des disparités plus importantes durant la période de transition vers l’âge adulte. Ces disparités peuvent représenter des inégalités de chances et refléter des obstacles culturels et socio-économiques profondément ancrés qui tendent à désavantager les femmes de manière disproportionnée.

Et, en dépit de quelques modestes améliorations dans un certain nombre de domaines et régions, les choses évoluent lentement. En 2016, par exemple, le taux d’activité des jeunes hommes s’élève à 53,9 pour cent, contre 37,3 pour cent pour les jeunes femmes – soit un écart de 16,6 points de pourcentage. À titre de comparaison, l’écart était d’environ 17,8 points de pourcentage en 2000 (62 pour cent pour les jeunes hommes contre 44,2 pour cent pour les jeunes femmes). Le problème est particulièrement criant en Asie du Sud, dans les États arabes et en Afrique du Nord, où les taux d’activité des jeunes femmes en 2016 sont inférieurs, respectivement, de 32,9, 32,3 et 30,2 points de pourcentage à ceux des jeunes hommes.

Les jeunes femmes, de surcroît, sont confrontées au niveau mondial à des taux de chômage plus élevés que leurs homologues masculins. En 2016, 13,7 pour cent des jeunes femmes de la population active sont au chômage – soit 1 point de pourcentage de plus que les jeunes hommes. Les États arabes et l’Afrique du Nord affichent les écarts les plus marqués en matière de taux de chômage entre les

hommes et les femmes âgés de 15 à 24 ans, soit respectivement 27,6 et 20,3 points de pourcentage en 2016 – malgré la hausse du niveau d’instruction des jeunes femmes dans ces régions.

Cela étant, le taux de chômage des femmes n’est pas partout supérieur à celui des hommes. Par exemple, en 2016, dans plusieurs régions (à savoir en Europe du Nord, du Sud et de l’Ouest, en Asie de l’Est et en Amérique du Nord), les taux de chômage des jeunes femmes sont plus faibles que ceux de leurs homologues masculins.

Dans une perspective d’avenir, si l’on veut réaliser les objectifs du développement durable (ODD), il faut corriger les déficits de travail décent et les inégalités du marché du travail, notamment pour les jeunes, ces deux facteurs étant à la fois les indicateurs et les conséquences d’inégalités plus vastes.

 

 

Améliorer la situation pour les jeunes est essentiel à l’édification de sociétés inclusives et durables

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 offre une occasion unique d’intégrer des politiques en faveur des jeunes dans les stratégies globales de développement durable. Après tout, améliorer la situation des jeunes grâce à des politiques sociales et d’emploi des jeunes est au cœur de l’édification de sociétés inclusives et durables et de la réalisation des objectifs du développement durable. À cet égard, les quatre objectifs stratégiques de la Déclaration de l’OIT sur la justice sociale pour une mondialisation équitable, adoptée en 2008 et évaluée en 2016, peuvent contribuer à élaborer et à mettre au point des stratégies nationales pour l’emploi des jeunes, à remédier aux déficits de travail décent pour les jeunes, à lutter contre la pauvreté et l’inégalité et à donner aux jeunes les moyens de bâtir un avenir plus équitable et plus prospère.