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Un modèle touristique unique en son genre qui associe croissance vigoureuse, gestion responsable de l’environnement et respect de l’authenticité socioculturelle, selon l’OCDE.

Malgré les défis inhérents à la crise économique mondiale, à l’instabilité géopolitique et aux catastrophes naturelles, le tourisme continue de faire preuve d’une résilience remarquable. Il reste l’un des secteurs de l’économie mondiale qui se démarquent par leur ampleur et leur essor rapide, ainsi qu’une source précieuse de création d’emplois, de croissance économique, de recettes d’exportation et de valeur ajoutée intérieure.

L’Organisation de coopération et de développement en Europe (OCDE) vient de publier son rapport phare « Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2016 » qui met en lumière les principales réformes intervenues dans l’organisation et la gouvernance du tourisme, analyse différents thèmes d’actualité pour les politiques du tourisme et propose, en couvrant 50 pays Membres et Partenaires de l’OCDE, une vision mondiale du sujet.

Le rapport de l’OCDE comprend des fiches profil pays, dont celle consacrée à la politique du tourisme au Maroc.

Place du tourisme dans l’économie

 

Le tourisme est l’un des principaux moteurs de l’économie au Maroc. Le secteur touristique marocain a enregistré de bons résultats en 2014 : on a dénombré 10.3 millions d’arrivées de touristes internationaux, soit une augmentation de 2.4 % en glissement annuel. Le secteur a employé 505 000 personnes (4.7 % de l’ensemble des emplois) et contribué à hauteur de 61.9 milliards MAD au PIB (6.7 % du PIB total). La consommation touristique intérieure s’est élevée à 105.5 milliards MAD.

La France reste le marché émetteur de voyageurs le plus vigoureux, avec près de 1.8 million de touristes, ce qui représente 17.4 % des arrivées totales au Maroc en 2014. Les autres grands marchés d’origine du tourisme marocain sont l’Espagne (6.6 %), suivie du Royaume-Uni (4.6 %), qui a enregistré une augmentation de 73.4 % entre 2008 et 2014, et de la Belgique (environ 2.6 %).

Le tourisme est le premier poste des exportations de services : il génère un revenu en devises étrangères de 59.3 milliards MAD, en hausse de 2.9 % par rapport à 2013. Les recettes des voyages internationaux ont représenté 45 % des exportations de services du Maroc en 2014.

Gouvernance et financement du tourisme

 

Les institutions chargées de développer le tourisme au Maroc doivent respecter le Contrat programme national qui définit la stratégie touristique nationale, Vision 2020, pour la période 2010 à 2020.

Le ministère du Tourisme est chargé de travailler avec les administrations concernées à la rédaction, la mise en oeuvre et l’évaluation de la stratégie pour le tourisme. Il mène des travaux de recherche ; rédige et supervise les lois sur l’organisation des activités touristiques ; assure la gestion et le contrôle du respect des réglementations ; guide et contrôle les services décentralisés et la gestion de leurs ressources ; contribue à la stratégie de formation au tourisme et supervise des établissements de formation publics ; et enfin, cultive des relations et la coopération avec les organisations spécialisées.

Les organismes suivants sont rattachés au ministère du Tourisme et placés sous son contrôle :

– la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT), dont la mission consiste à promouvoir l’investissement par la mise en oeuvre de la stratégie de développement pour le tourisme, en concevant, en mettant sur pied et en suivant les principaux projets touristiques ;

– l’Office national marocain du tourisme (ONMT), qui est responsable de la promotion, de la commercialisation et du développement de la destination et du transport aérien.

Le ministère entretient des contacts réguliers avec les différentes parties prenantes dans un cadre institutionnel bien défini et rationnel. Plusieurs organismes sont concernés par les liens avec le secteur privé :

– Six comités, co-présidés par le ministère du Tourisme et le président de la Confédération nationale du tourisme, axent leurs efforts sur l’engagement du secteur privé en faveur de la stratégie Vision 2020, la définition des grandes questions à traiter et la mobilisation des parties concernées pour régler les problèmes. Ces comités s’occupent des questions suivantes : gouvernance, compétitivité, transport aérien, production et investissement, capital humain et durabilité.

– L’Observatoire du tourisme, qui est une initiative publique-privée créée en 2005 pour soutenir le développement du secteur touristique. Ses trois principaux rôles sont la fourniture d’informations, la communication et le suivi.

Le ministère du tourisme dispose de 24 représentants régionaux et provinciaux dont les rôles principaux consistent à récolter des informations, apporter leur concours aux organismes du secteur, promouvoir le tourisme, contrôler les sites touristiques, inspecter, coordonner et gérer les activités, veiller au bon fonctionnement des établissements de formation et mettre en oeuvre les décisions des pouvoirs publics.

Le budget du ministère provient du budget central et s’est élevé à 724 millions MAD en 2015, dont 64 % affectés aux investissements. Le budget d’investissement est divisé entre les différentes entités placées sous la responsabilité du ministère : 23 % pour l’administration centrale ; 11 % pour les établissements de formation ; 55 % pour l’Office national marocain du tourisme ; et 11 % pour la Société marocaine d’ingénierie touristique.

L’ONMT a d’autres sources de financement, en premier lieu la taxe de promotion touristique – une taxe payée par les touristes et prélevée sur les séjours avec nuitée dans les hébergements bénéficiant d’un classement, qui varie de 1 MAD à 15 MAD par nuit en fonction de la catégorie d’établissement.

Politiques et programmes liés au tourisme

 

La stratégie Vision 2020 du Maroc a pour but de doubler la taille de l’industrie touristique marocaine, pour la hisser au rang des 20 premières destinations touristiques mondiales et faire du Maroc une référence en matière de développement durable dans le bassin méditerranéen. Cette ambition s’exprime dans un modèle touristique unique en son genre qui associe croissance vigoureuse, gestion responsable de l’environnement et respect de l’authenticité socioculturelle. La stratégie repose sur trois éléments fondamentaux : une politique de planification régionale pour le tourisme, une nouvelle structure de gouvernance et une démarche intégrée de développement durable.

Pour réaliser la stratégie Vision 2020, il a fallu mettre au point plusieurs plans thématiques intégrés axés sur la commercialisation, la compétitivité, les ressources humaines et la durabilité.

Les principaux enjeux de Vision 2020 sont notamment la mise en oeuvre de six grands plans de développement pour créer un portefeuille de produits diversifiés, en misant sur la culture, le bord de mer et la nature, avec comme thème sous-jacent la durabilité, ces plans étant accompagnés de programmes centrés sur certains créneaux à forte valeur ajoutée :

– Azur 2020, dont le but est de proposer au Maroc une gamme de stations balnéaires compétitive à l’échelle internationale ;

– la culture et le patrimoine, en structurant et en valorisant le patrimoine du Maroc, pour permettre ainsi la création de produits touristiques cohérents et attractifs ;

– le développement respectueux de l’environnement durable, dont le but est de valoriser et de préserver les ressources naturelles et rurales ;

– le tourisme interne, en proposant un produit adapté aux Marocains ;

– le divertissement, les sports et les loisirs, le but étant de créer une offre riche et variée qui vienne compléter les infrastructures touristiques de base ;

– des niches à haute valeur ajoutée en rapport avec le tourisme d’affaires, de bien-être et de santé.

Les principales priorités pour améliorer les performances du tourisme sont les suivantes :

– accroître la qualité de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur ;

– améliorer l’attractivité du secteur pour les jeunes ;

– faire en sorte que les entreprises touristiques soient plus compétitives ;

– donner au Maroc davantage de visibilité sur internet en tant que destination touristique ;

– diversifier l’offre touristique ;

– déployer le suivi en matière de durabilité dans le secteur touristique.

Le Maroc reconnaît que dans un environnement où la concurrence fait rage et dans un contexte économique mondial difficile, la qualité de l’expérience touristique joue un rôle décisif dans la pérennisation des résultats positifs enregistrés par le secteur ces dernières années et dans le maintien de la place du pays parmi les destinations touristiques mondiales.

Une attention particulière a donc été accordée à l’hébergement et à la mise en place d’un programme de qualité, notamment un système de classement destiné à faire en sorte que la qualité de service corresponde aux attentes des touristes (encadré 1.18). Cependant, si le système est obligatoire, de nombreux établissements fonctionnent en dehors de ce dernier, ce qui a des conséquences en termes de qualité, engendre une concurrence déloyale et nuit à l’image de la destination.

Les ministères du Tourisme et de l’Intérieur ont mis en place une démarche participative intégrée pour y remédier, qui passe par :

– la prévention, en rappelant combien il est important d’appliquer les dispositions juridiques et réglementaires qui régissent les processus d’autorisation et de classement des hébergements touristiques ;

– le redressement, en menant une opération pour régulariser la situation, adossée à la sensibilisation des établissements non classés à l’importance du respect du système de classement.

Le Maroc a joué un rôle déterminant dans la promotion du développement durable du tourisme. En 2014, le pays a été élu co-responsable du Programme tourisme durable, qui fait partie du Cadre décennal de programmation concernant les modes de consommation et de production durables (10YFP10) des Nations Unies. Au Maroc, Vision 2020 suit les principes du développement durable en mettant l’accent sur l’amélioration des compétences nécessaires dans le secteur au moyen d’une plate-forme de formation en ligne, de mesures de sensibilisation et de guides de bonnes pratiques. Le ministère assure un suivi en matière de durabilité grâce à des indicateurs qui sont en cours de déploiement dans tout le pays. Il cherche également à utiliser le tourisme dans la protection et la promotion de sites écologiques et a lancé des projets pilotes concernant l’impact du tourisme sur les populations locales.