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Les objections de la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) élevées systématiquement à l’encontre des remarques et constats de la Cour des comptes qui parsèment le rapport de cette institution sur cette entreprise n’auront pas suffi à réfuter ceux-ci et à justifier les égarements, les défaillances et les insuffisances dans les gestion de la SMIT et qui remettent en cause l’existence même de la société qui grève les finances de l’Etat et dilapide son patrimoine.

Le contrôle de la Cour des comptes a porté essentiellement les missions légales de la SMIT et les aspects de gestion courante de cette société, appelés aussi activités de support. Un focus particulier a été mis sur le Plan Azur, chantier structurant des deux Visions touristiques de 2010 et 2020, vu d’une part son poids déterminant dans le chantier « produit » de ces dernières et vu d’autre part, que les missions de la SMIT concourent toutes à la réalisation du « produit touristique ».

Outre les larges prérogatives dont se trouve investie la SMIT et concourant à la réalisation du produit touristique, celle-ci est chargée en vertu de son texte de création du suivi des contrats et conventions conclus avec des investisseurs touristiques. De par ses prérogatives en matière de suivi, la SMIT doit centraliser toutes les informations afférentes aux projets touristiques, surtout ceux matérialisés par des conventions ou contrats.

Si la responsabilité du chantier Azur est partagée par plusieurs parties, tant publiques que privées, la SMIT se trouve engagée de par ses missions légales, mais aussi de par les dispositions la concernant expressément au niveau du contrat programme de la Vision 2020.

La Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT) est une société anonyme à directoire et conseil de surveillance, créée par la loi n° 10-07, promulguée par le dahir n° 107-169 du 30 novembre 2007, portant restructuration et changement de dénomination de la Société Nationale d’Aménagement de la Baie d’Agadir (SONABA) placée sous la tutelle technique du ministère du tourisme.

Selon la même loi, la SMIT est née de l’absorption, par la SONABA, de la Société Nationale de la Baie de Tanger (SNABT) et la Direction des aménagements et des Investissements (DAI) relevant du ministère du tourisme. La SMIT continue ainsi de bénéficier des privilèges des sociétés qui étaient à l’origine de sa création, notamment le privilège d’expropriation, et se subroge à leurs obligations et missions.

La SMIT dispose d’un effectif global de 120 agents. Elle apour objet principal de réaliser ou faire réaliser, pour le compte de l’Etat ou des personnes morales de droit public, sur l’ensemble du territoire national, les missions suivantes :

La réalisation des études. Il s’agit des études de toute nature nécessaires à la définition et à la mise en oeuvre de la stratégie de développement du tourisme arrêté par les pouvoirs publics.

La promotion des investissements touristiques : promotion du développement touristique auprès des investisseurs et la recherche et la mobilisation des ressources de financement en faveur de développement touristique ;

Le consulting : consultation de toute nature donnée aux pouvoirs publics dans les domaines de sa compétence.

Prospection d’investisseurs peu concluante : absence de grands gestionnaires dans l’hôtellerie

 

La SMIT compte aussi parmi ses missions la promotion du développement touristique auprès des investisseurs ainsi que la recherche et la mobilisation des ressources de financement en faveur du développement touristique. Cette mission se recoupe avec celle exercée directement par d’autres organismes de promotion, notamment l’AMDI.

La société ne procède pas par la suite à l’exploitation de ces veilles pour suggérer ou concevoir de nouveaux produits touristiques à construire ou à valoriser dans le contexte marocain.

La promotion des investissements touristiques est menée par la SMIT surtout via sa présence aux salons internationaux spécialisés. En effet, l’étude BCG 2010 avait présenté à la SMIT une liste des principaux salons relatifs à l’investissement touristique dans le monde contenant 28 forums et salons.

Cependant, il est à signaler le retard pris par la SMIT pour commencer ses actions de promotion. En effet, à la lecture des rapports présentés au conseil de surveillance, le démarchage n’a commencé effectivement qu’en 2012 ; alors que la loi et les statuts conférant à la SMIT les missions de promotion et de mobilisation des financements pour le développement touristique sont entrés en vigueur depuis 2008.

La SMIT souligne qu’elle organise également des Road Shows vers de grandes cités émettrices d’investissements telles que Londres, Vienne, Abu Dhabi et New York…, en  vue d’organiser des rencontres avec les investisseurs potentiels cibles et leur présenter les différentes opportunités d’investissement dans le secteur touristique au Maroc. A ce titre, la SMIT soutient qu’elle a approché de 2012 jusqu’aux premiers mois de 2015 un total de 158 prospects répartis comme suit :

Le tableau de bord du suivi des actions de démarchage 2012-2014 fait apparaitre que les nouveaux contacts ont été menés essentiellement sur la zone MENA, soit près de 60% de l’ensemble des actions ; et ce pour un résultat très modeste, soit seulement 03 conventions signées.

En effet, la plupart des contacts sont concentrés sur les pays du golfe et ils débouchent rarement sur la signature d’une convention ou même d’un mémorandum d’entente (MOU : Memorandum Of Understanding).

En termes de résultats, les conventions signées proviennent des rencontres type B to B pour 03 conventions, des road show pour 02, des appels à manifestation d’intérêt pour 02 et des mailings pour une seule convention signée.

Par contre, le bilan des participations aux forums, est néant en termes de conventionnement.

Les prospects démarchés par la SMIT sur la zone MENA ne sont pas toujours des spécialistes du tourisme, mais sont en général des fonds d’investissements, ayant déjà des participations dans des projets immobiliers et touristiques ou cherchant à se diversifier vers le tourisme. Lesdits prospects sont principalement issus de l’Arabie saoudite, des Emirats Arabes Unies, de Turquie et de Chine.

A cet égard, il est à remarquer l’absence, parmi les prospects approchés sur la zone MENA, de grands gestionnaires dans l’hôtellerie ou encore dans l’animation touristique.

Concernant la zone Amérique-USA, il a été relevé que 13 des 24 prospects démarchés étaient des banques, fonds ou assurances. Le désengagement de l’Américain Colony  Capital, de la station Taghazout, laissant en souffrance des arriérés bancaires conséquents, est un exemple de l’inadéquation des profils des prospects démarchés.

En effet, les prospects opérant vraiment dans la gestion hôtelière ou dans l’animation touristique, parmi ceux démarchés, sont principalement issus de l’Europe et ils sont souvent approchés à l’occasion de l’IHIF (International Hotel Investment Forum) tenu à Berlin ; mais il faut souligner que leur démarchage est peu concluant.

Pour ce qui est des prospects nationaux, la liste des prospects démarchés contient beaucoup d’hôteliers, mais aussi deux investisseurs et un industriel cherchant à se diversifier vers l’hôtellerie et le tourisme. Ceci a abouti à la signature de quatre conventions avec des hôteliers et des promoteurs immobiliers, et qui portent notamment sur des lots hôteliers et deux villages de vacances.

Dans l’ensemble, les actions de démarchage 2012-2014 ne débouchent que rarement sur des MOU ou sur la signature de conventions. En effet, moins de 10 conventions ont été signées sur toute la période précitée.

La SMIT gonfle les chiffres

Concernant la recherche et la mobilisation des ressources de financement en faveur du développement touristique, la SMIT affirme qu’elle a contribué à la mise en place des instruments de financement FMDT, pour l’amorçage de projets touristiques, et WESSAL capital, pour canaliser des capitaux institutionnels étrangers vers des projets touristiques d’envergure.

Toutefois, la mise en place des deux fonds ne peut être attribuée à la SMIT et à ses efforts en cette matière. En effet, pour le FMDT, sa création a été prévue par le contrat programme national de la Vision 2020 et a été institué en 2011 sous forme de société anonyme, avec un capital social initial de 1,5 milliard de dirhams souscrit par l’Etat à hauteur des 2/3 et par le Fonds Hassan II à hauteur du 1/3.

Par ailleurs, l’institution de ces deux fonds n’était pas suffisante pour intéresser et convaincre les investisseurs privés de la viabilité et la rentabilité des projets touristiques structurants.

En effet, le recours à la CDG s’est avéré incontournable pour constituer, à titre d’exemple, le tour de table des actionnaires des deux sociétés d’aménagement des stations Saidia et Taghazout.

Il en découle que les investisseurs privés montrent encore des réticences à s’engager dans des projets touristiques d’envergure autres que des unités hôtelières dans des villes où les taux de fréquentation se maintiennent à des rythmes soutenus.

Par conséquent, l’intéressement des investisseurs nationaux et internationaux aux projets touristiques souffre encore de déficits tangibles vu que le modèle économique de ce genre de projets n’est pas bien affiné et défendu auprès de ces investisseurs.

On rejoint par là le constat déjà relevé au niveau de l’analyse des études d’ingénierie réalisées par la SMIT et qui consistait en le manque du volet analyse de faisabilité dans les études de concepts ; ce qui ne permet pas de stimuler les investisseurs pour s’engager dans la réalisation de tels produits.

 

Evolution des investissements touristiques

Tel qu’il ressort de la répartition des objectifs d’investissement de la Vision 2020 par programme et par territoire, l’objectif en matière d’investissement global est d’environ 150 Milliards DH.

En ce qui concerne l’investissement touristique en tant que résultat principal de l’effort de promotion, la SMIT soutient qu’il s’est accru à un rythme notable durant la période 2010-2014 avec des investissements conventionnés engagés de l’ordre de 57 Milliards DH sur toute la période précitée, et ce malgré la conjoncture internationale difficile.

La SMIT précise également que ces investissements ont été répartis en 22,02 milliards dirhams en hôtellerie, 7,54 Milliards DH en animation et 0,25 Milliards en RIPT (Résidence Immobilière de Promotion Touristique). Elle relève même une augmentation significative des investissements en animation pour constituer 25% de l’investissement global sur la période 2010-2014. Elle souligne également une prédominance des investissements nationaux et ceux provenant de la région MENA avec respectivement 42% et 22% de l’investissement touristique total engagé sur la période précitée4.

Toutefois, la SMIT n’a pas été en mesure de produire une situation récente des investissements touristiques annuels répartis par région, et ventilés par catégorie de projets et pays d’origine de l’investisseur même après plusieurs relances. Ceci renseigne sur le manque de finesse des données qu’elle est censée maîtriser en tant qu’acteur dans la promotion des investissements touristiques.

Le recours à l’AMDI a en revanche permis de recueillir des statistiques officielles relatives aux investissements touristiques ayant fait l’objet d’une convention et validés par la commission des investissements présidée par le chef de gouvernement.

Lesdits investissements ont totalisé un montant de 51,21 Milliards DH5 sur toute la période 2009-2014.