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Habitat III/Rapport UNESCO. La culture est indissociable de l’attractivité, de la créativité et de la durabilité des villes et s’inscrit au cœur du développement urbain. Elle est un outil stratégique pour revitaliser les établissements informels et les quartiers marginalisés

Plus de la moitié de la population étant désormais urbaine, c’est en particulier dans les villes que se jouera l’atteinte des objectifs du développement durable, et ce dans toutes les régions du monde. Dans un rapport publié à l’occasion de la tenue, à Quito, capital de l’Equateur, de la Conférence Habitat III, l’organisation des Nations Unis pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) affirme qu’alors que le système des Nations Unies engage la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et du Nouveau Programme pour les villes – qui sera adopté en octobre 2016 lors de la Troisième Conférence des Nations Unies sur le logement et de développement urbain durable (Habitat III) – il est essentiel de mutualiser les expériences et bonnes pratiques pour construire l’avenir de nos villes.

Les défis à relever sont considérables et les villes sont en première ligne des enjeux du développement durable, concernant notamment l’éducation, la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, le développement de sociétés inclusives et l’efficacité des institutions. Toutefois, les villes sont également l’une des réalisations humaines les plus remarquables pour élaborer des solutions et construire l’avenir. Elles rassemblent les individus créatifs et productifs et leur offre un espace pour échanger, inventer et innover. Des villes antiques de Mésopotamie aux trépidantes métropoles contemporaines en passant par les villes-États de la Renaissance italienne, les zones urbaines ont compté parmi les moteurs les plus puissants du développement humain. Aujourd’hui, plus que jamais, c’est sur les villes que nous devons compter.

La culture est au coeur du renouveau des villes et de leur capacité d’innovation. En rassemblant de nombreuses informations et expériences concrètes, le présent rapport démontre que la culture est un atout stratégique pour

construire des villes plus inclusives, créatives et durables. La créativité et la diversité culturelle constituent des facteurs clés de la réussite des villes. Les activités culturelles peuvent également favoriser l’inclusion sociale et le dialogue entre les différentes communautés. Le patrimoine, matériel et immatériel, fait partie intégrante de l’identité urbaine et contribue à créer un sentiment d’appartenance et de cohésion. La culture est ce qui constitue l’âme d’une ville et lui permet d’évoluer et de construire un avenir meilleur, assurant la dignité pour tous. Cette réflexion a été au centre du travail de l’UNESCO ces dernières décennies, notamment dans le cadre de l’élaboration de programmes tels que le Réseau des villes créatives, le Réseau des villes apprenantes et intelligentes ou la protection des paysages urbains historiques. Cette vision a été renforcée par la reconnaissance explicite du rôle de la culture en tant que vecteur du développement durable, et en tant que l’une des conditions essentielles pour atteindre l’objectif de développement

durable n° 11 de « faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ».

Une ville centrée sur l’humain est un espace centré sur la culture. Nous devons traduire cette réalité en politiques plus efficaces et en gouvernance urbaine durable. Les villes sont devenues des laboratoires vivants pour évaluer la façon dont certains des défis les plus pressants auxquels nous sommes confrontés sont négociés, gérés et vécus. Nous devons renforcer les atouts culturels des villes, en particulier le patrimoine qui offre aux habitants un sens et un sentiment d’identité, et le potentiel créatif qui stimule la vitalité, la qualité de vie et la prospérité de nos villes.

Aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire, l’humanité est majoritairement urbaine.

En 2015, par l’adoption des 17 Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, la communauté

internationale s’est engagée à éliminer la pauvreté, à lutter contre les inégalités et l’injustice et à favoriser la protection durable de l’environnement d’ici à 2030. En mettant à profit les résultats des efforts de plaidoyer et des programmes conduits sur le terrain pendant plusieurs décennies, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 reconnaît que la culture joue un rôle à part entière dans la réalisation de nombreux ODD, notamment ceux qui traitent de la qualité de l’éducation, de la croissance économique, des modes de consommation et de production durables ainsi que des sociétés pacifiques et ouvertes à tous. Fait notable, la culture est directement mentionnée dans l’Objectif 11, visant à « faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ».

Habitat III, troisième Conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable (octobre 2016, Quito, Équateur), offre une occasion unique – à l’échelle d’une génération – pour orienter, dans le contexte des ODD, le Nouveau Programme pour les villes et garantir que la culture joue un rôle crucial dans sa mise en œuvre au cours des décennies à venir. Le Nouveau Programme pour les villes doit relever les immenses défis qu’implique cette transformation,  de la création de logements décents et d’espaces verts pour tous à la mise en place d’infrastructures et de services à la disposition de milliards de personnes, tout en maîtrisant la consommation de l’espace, la pollution de l’environnement, les risques et aléas, les épidémies et les bouleversements sociaux.

Dans un contexte mondial où le nombre, la superficie et la densité des grands centres urbains vont en s’accroissant, l’enjeu est notamment de préserver la qualité de vie, de protéger les identités urbaines, de valoriser les cultures locales et de promouvoir les expressions et industries créatives, ainsi que les arts et le patrimoine, piliers d’un développement social et économique durable.

La culture est indissociable de l’attractivité, de la créativité et de la durabilité des villes et s’inscrit au coeur du développement urbain, comme en témoignent, au fil de l’histoire, les édifices d’intérêt culturel, le patrimoine et les traditions. Sans culture, les villes ne sauraient être des espaces dynamiques de vie et se réduiraient à de simples constructions de béton et d’acier, dans un environnement social en voie de dégradation. C’est bien la culture qui fait la différence. Mais comment, dès lors, pourrait-elle être mieux prise en compte pour que les politiques de planification urbaine durable soient plus efficaces ?

En tant qu’institution des Nations Unies en charge de la culture, l’UNESCO a intensifié ses efforts pour promouvoir le rôle de la culture dans les processus de développement urbain liés, en particulier, à la réduction de la pauvreté, à l’égalité des genres, à la justice sociale, à la réduction des risques de catastrophes et à la qualité de vie. Le milieu urbain relève directement du mandat de l’UNESCO et de ses domaines de compétence, notamment dans le cadre de ses six conventions culturelles relatives au patrimoine matériel et immatériel, à la diversité des expressions culturelles et aux industries culturelles et créatives, ainsi qu’au trafic illicite des biens culturels. L’UNESCO formule des propositions innovantes et aide les États membres à mettre en place des politiques, des normes et standards, à travers l’aide à la formulation des politiques, la programmation, le suivi et l’étude comparative. En ce qui concerne la sauvegarde du patrimoine culturel, l’Organisation relève les défis de plus en plus complexes engendrés par les processus mondiaux et sensibilise le public à la nécessité de préserver les valeurs et la signification culturelle des villes transmises par les générations antérieures. Au fil des années, l’UNESCO a développé ses réseaux afin de promouvoir la coopération avec les villes et les collectivités

locales et de les encourager à coopérer entre elles, à des fins de concertation et d’action commune.

En 2015, convaincue que la culture constituait un outil essentiel pour servir le développement urbain durable, notamment par la sauvegarde du patrimoine culturel et la promotion de la diversité des expressions culturelles, l’UNESCO a engagé, dans le cadre de son Initiative sur la culture et le développement urbain durable, la préparation du Rapport mondial sur la culture pour le développement urbain durable, intitulé Culture : Futur urbain, élaboré avec le soutien de neuf partenaires régionaux et de leurs réseaux respectifs, d’experts de haut niveau et d’organisations internationales couvrant toutes les régions du monde.

En adéquation avec les principaux points d’entrée de la culture dans le Programme 2030 – et notamment l’Objectif 11 qui préconise de « faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables » et dont la cible 11.4 invite à « renforcer les efforts de protection et de préservation du patrimoine culturel et naturel mondial » – le rapport propose une réflexion sur la gestion des changements qui affectent les villes, en s’appuyant sur la culture comme levier du développement. Il se présente comme un cadre d’orientation stratégique destiné à aider les gouvernements à mettre en oeuvre le Programme 2030 et, à ce titre, contribue de manière essentielle à l’action commune des Nations Unies dans le cadre du Nouvel Programme pour les villes. Il étudie, pour la première fois à cette échelle, le rôle de la culture dans le développement urbain durable. Il analyse les situations, tendances, menaces et perspectives dans les différents contextes régionaux et offre un aperçu global de la conservation et de la sauvegarde du patrimoine urbain matériel et immatériel, ainsi que de la promotion des industries culturelles et créatives comme fondement du développement urbain durable.

Rôle de la culture dans le développement urbain durable

Le patrimoine urbain constitue un domaine d’activité particulièrement étendu, tant dans le secteur universitaire que dans celui des politiques publiques. Dans toutes les régions du monde, les questions relatives à la conservation et à la revitalisation du patrimoine urbain ont occupé une place importante, bien qu’à des degrés divers, dans les professions liées à l’architecture et à la planification, ainsi que dans les processus et politiques de gestion du patrimoine culturel. Cette situation contrastée reflète sans doute la diversité des approches développées par les universitaires et décideurs à l’égard du patrimoine urbain, une catégorie qui n’est arrivée sur le devant de la scène que relativement récemment, après avoir pris essor en Europe et en Amérique du Nord dans les années 1960. Cependant, aucune recherche systématique sur la situation du patrimoine urbain n’a été conduite à ce jour à l’échelle mondiale, en raison notamment de la grande diversité des pratiques et de la multiplicité des démarches existantes.

Si le patrimoine monumental et archéologique a trouvé une définition « mondiale » et s’appuie sur un système scientifique international largement reconnu de principes et pratiques, il n’en est pas de même pour le patrimoine urbain. Les professionnels du patrimoine ont tenté d’inscrire la conservation du patrimoine urbain dans le cadre des chartes existantes, telles que, par exemple, la Charte de Washington pour la sauvegarde des villes historiques (ICOMOS, 1987). Cependant,

dans la réalité, la pratique en vigueur diffère foncièrement de ce système de principes établis, même dans les régions où des politiques publiques en faveur du patrimoine urbain sont effectivement mises en oeuvre. La Recommandation de 2011 concernant le paysage urbain historique constitue ainsi une tentative de prendre en compte cette diversité dans le cadre d’un ensemble unifié de directives.

C’est dans ce cadre, et dans la perspective d’Habitat III, que l’UNESCO a engagé, en lien avec des partenaires issus de toutes les régions du monde, une étude de la situation mondiale du patrimoine urbain. Les résultats principaux sont synthétisés ci-après. Ce travail de recherche confirme non seulement la grande diversité des situations dans les différentes régions du monde, mais aussi l’intérêt grandissant des autorités, des communautés locales et des habitants pour la préservation de leurs villes et établissements historiques, ainsi que pour le renforcement du rôle de la culture dans la régénération urbaine. Les résultats de cette étude, menée par plusieurs équipes dans différentes régions, mettent en évidence la nécessité de poursuivre l’exploration de cet important domaine du patrimoine, aujourd’hui en plein essor. Ils soulignent enfin l’importance de développer les réseaux de professionnels, afin de promouvoir la culture et le patrimoine en tant que vecteurs et catalyseurs essentiels du développement urbain durable, priorités que l’UNESCO s’est engagée à mettre en oeuvre à l’avenir.

Zone 1 : Afrique subsaharienne

Remontant au VIIIe siècle, l’histoire urbaine de l’Afrique subsaharienne fait aujourd’hui l’objet d’une redécouverte progressive.

La particularité des villes africaines – et notamment leur patrimoine précolonial, colonial et postcolonial – ainsi que le rôle primordial des pratiques immatérielles doivent être plus largement reconnus.

Dans le cadre de la révolution urbaine à l’oeuvre sur le continent africain, les pressions liées à l’urbanisation et à une régulation insuffisante de l’aménagement menacent le patrimoine urbain et entraînent la disparition de valeurs et de pratiques communautaires traditionnelles.

Prendre en compte les enjeux du développement, tels que l’accès à l’éducation, aux services de base et aux infrastructures urbaines, est une condition essentielle pour que la conservation urbaine soit inclusive et porteuse de sens pour les populations.

Dans les villes africaines marquées par des populations récemment urbanisées et par des inégalités ancrées dans les systèmes de ségrégation issus de l’époque coloniale, les approches fondées sur la culture sont particulièrement adaptées pour construire un sentiment d’appartenance.

Alors qu’une nouvelle génération d’entrepreneurs culturels voit le jour, la culture contribue de plus en plus à renforcer la participation communautaire et à renouveler les relations entre les pouvoirs publics et les citoyens.

Les stratégies de développement urbain ont souvent ignoré les réalités sociales et culturelles propres aux villes africaines. La culture peut désormais devenir un outil stratégique pour revitaliser les établissements informels ou les quartiers marginalisés dans l’espace urbain.

Zone 2 : Afrique du Nord

Si l’apparition de l’Islam au VIIe siècle a marqué l’émergence de la culture urbaine dans la région, l’Empire ottoman a eu une influence significative sur la forme et la configuration spatiale de nombreuses villes arabes entre le XVIe et le XXe siècle.

À partir des années 1950, l’urbanisation massive a transformé les sociétés urbaines en profondeur et a exacerbé les crises sociales, tandis que les paysages urbains étaient radicalement redessinés dans la quasi-totalité du monde arabe.

Le patrimoine urbain est de plus en en plus considéré comme un atout pour les villes du Maghreb, du Machrek et – plus récemment – de la péninsule arabique.

Bien qu’il se soit dégradé en raison des bouleversements démographiques et sociaux, le modèle urbain de la médina, propre aux villes arabes et caractérisé par la densité et la mixité des usages, est riche d’enseignements pour la durabilité future des villes.

La pratique de l’indivision dans les bâtiments historiques, associée à des systèmes juridiques insuffisants, constitue un obstacle majeur à la conservation et à la régénération urbaine.

Construire des stratégies plus intégrées de conservation et de régénération urbaine, mettant notamment l’accent sur les besoins en matière de logement, est une priorité essentielle.

La préservation du patrimoine urbain s’affirme comme un enjeu décisif au sein de nombreux mouvements de la société civile, et sert de point d’appui pour l’engagement communautaire, même si une gouvernance urbaine réellement participative est encore loin d’être atteinte.

Zone 3 : Europe

En raison de son passé antique et médiéval, l’Europe est dotée d’un système urbain très développé, qui résulte d’un processus de stratification caractérisé par une transformation ou une réutilisation continue des structures préexistantes.

Les premiers fondements méthodologiques de la conservation et de la régénération urbaine ont été établis dans les années 1960, suivis par un élargissement progressif du champ d’application territorial et conceptuel du patrimoine urbain.

Les villes européennes ont fait l’objet d’un vaste programme de conservation et de régénération et constituent aujourd’hui l’un des ensembles de patrimoine urbain les plus vastes et les mieux préservés au monde.

La conservation et la régénération urbaines en Europe sont principalement dirigées et financées par les autorités publiques nationales et locales et sont étroitement liées aux programmes de l’Union européenne.

La culture joue un rôle croissant dans les stratégies de régénération urbaine, notamment dans celles qui visent à revitaliser les espaces publics et à réhabiliter les zones industrielles en déclin.

La pratique de la conservation urbaine a ouvert la voie à des approches nouvelles et à des instruments innovants pour renforcer la durabilité urbaine et environnementale, en mettant l’accent sur les savoirs locaux, la créativité et le bien-être. Lutter contre la muséification et la gentrification, tout en favorisant des modèles de tourisme durable, demeure une priorité pour préserver l’authenticité des quartiers historiques.

 

Zone 4 : Arménie, Azerbaïdjan, Bélarus, Fédération de Russie, Géorgie,

Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan, Ouzbékistan,

Ukraine.

Les styles architecturaux et les morphologies urbaines de la région ont été façonnés par les influences byzantines, orientales, islamiques et européennes, tandis que l’aménagement du territoire de l’époque soviétique a favorisé l’émergence d’environnements urbains standardisés.

Les villes conservent encore une mixité sociale et culturelle et présentent des phénomènes de gentrification assez limités, même si la ségrégation sociale et spatiale s’est accentuée au cours des dix dernières années.

Les projets de conservation du patrimoine urbain au niveau communautaire se multiplient et les mouvements citoyens centrés sur les questions urbaines intègrent progressivement une dimension culturelle.

La culture joue un rôle déterminant en faveur du dialogue, de la cohésion sociale et de l’atténuation des conflits, au travers de multiples initiatives nationales et transnationales visant à apaiser les tensions ethniques.

La culture contribue depuis peu aux économies urbaines de la région, en particulier dans les villes petites et moyennes, grâce au tourisme culturel et au développement – encore relativement modeste – du secteur de la création.

Des pratiques de conservation et de régénération urbaines voient le jour dans le cadre de la réutilisation d’anciens bâtiments industriels et d’espaces publics datant de l’ère soviétique, et des projets de revitalisation des villes historiques sont engagés.

Le marketing urbain se généralise également, dans un contexte où l’environnement architectural mêle souvent le tissu historique urbain aux mémoires culturelles et aux projets d’urbanisme modernes.

 

Zone 5 : Asie du Sud

Foyer de civilisations urbaines parmi les plus anciennes de l’humanité, l’Asie du Sud compte aujourd’hui plusieurs des villes les plus grandes et les plus denses au monde, marquées par le développement informel et la pauvreté urbaine.

L’authenticité et l’intégrité du patrimoine urbain de la région sont de plus en plus menacées par l’urbanisation accélérée, des pratiques inadaptées en matière d’aménagement du territoire et des projets de rénovation urbaine standardisés.

À l’heure actuelle, les politiques d’atténuation des risques et les mécanismes de gestion préventive qui leur sont associés ne suffisent pas à protéger le patrimoine urbain, en particulier au regard de la vulnérabilité de la région face aux catastrophes naturelles.

Les processus de conservation et de régénération urbaines ont récemment fait l’objet de politiques gouvernementales, mettant notamment l’accent sur l’espace public, mais celles-ci demeurent marginales au regard de l’ensemble des programmes liés à la ville.

Alors que la conservation du patrimoine est une priorité secondaire dans les programmes de développement, les besoins des plus démunis exigent de porter une attention particulière à la régénération urbaine, en revisitant les dispositifs innovants de lutte contre la pauvreté développés dans la région.

Les stratégies urbaines fondées sur la culture peuvent poser les bases d’une participation communautaire plus large, équitable et efficace, dans un contexte où celle-ci demeure insuffisante.

Le développement de stratégies touristiques inclusives et durables est essentiel, les pratiques touristiques inadaptées contribuant à la marchandisation du patrimoine urbain et à la dégradation de son authenticité, tout en négligeant les besoins des populations locales.

Zone 6 : Asie-Pacifique

La région abrite une tradition urbaine ancienne et riche, visible notamment dans les villes-comptoirs et marchandes, les villes portuaires ou les sites sacrés, qui ont par la suite été influencés par la présence coloniale européenne.

L’urbanisation de masse et les pressions immobilières et foncières ont profondément modifié les fonctions socioéconomiques et l’organisation spatiale des villes, affectant particulièrement les ensembles historiques.

Bien que des stratégies de régénération aient été mises en oeuvre dans différents quartiers historiques à travers la région, la conservation urbaine continue d’être envisagée de façon isolée, indépendamment des questions plus larges de développement urbain.

La plupart des villes connaissent des phénomènes de gentrification, tant dans les nouveaux quartiers que dans les zones historiques, ce qui a entraîné des déplacements forcés de populations à faible revenu d’une ampleur sans précédent.

La conservation et la régénération urbaines ont favorisé la continuité culturelle, la cohésion sociale et la participation communautaire, en remettant en question les modèles « imposés d’en haut ».

Du fait de la spéculation immobilière croissante et de la tendance à la privatisation observée dans les villes, les espaces publics ont été placés au coeur des efforts de conservation et de régénération.

Dans un contexte où les pratiques de gestion des risques environnementaux demeurent insuffisantes, une approche fondée sur la culture peut contribuer à renforcer la résilience urbaine.

Zone 7 : Amérique du Nord

L’histoire des villes d’Amérique du Nord, qui a été fortement influencée par le développement des colonies européennes à partir du XVIIe siècle, a connu une forte accélération au XIXe siècle, avec la révolution industrielle.

Les pratiques modernistes et l’essor de l’automobile ont joué un rôle déterminant dans l’émergence de modèles d’urbanisation favorisant le développement concentrique et vertical des centresvilles et l’expansion des banlieues et zones péri-urbaines. Les efforts de rénovation urbaine et la priorité accordée aux nouvelles constructions plutôt qu’à la réhabilitation ont entraîné la destruction à grande échelle de quartiers denses, mixtes et de faible hauteur.

L’immigration étant l’un des traits caractéristiques des sociétés nord-américaines, la diversité culturelle a façonné les paysages urbains et a favorisé la justice sociale et les mouvements de démocratie participative.

La culture a occupé une place centrale dans de nombreuses politiques de régénération urbaine mises en oeuvre après les années 1960, notamment dans le cadre des stratégies de reconversion post-industrielle.

Le secteur non lucratif a contribué de façon particulièrement innovante à promouvoir la conservation et la régénération urbaine, tandis que le secteur privé a fourni une part importante des financements nécessaires.

Une nouvelle conception de l’urbanisme durable voit le jour, qui associe le patrimoine, la création contemporaine et les préoccupations environnementales, et plaide en faveur de villes polycentriques, denses et aux usages mixtes.

 

Zone 8 : Amérique Latine

Si, à partir du XVIe siècle, l’environnement bâti des villes de la région a été fortement influencé par l’époque coloniale, celui-ci présente néanmoins des influences culturelles très variées, et notamment un important héritage urbain datant de l’époque précolombienne.

Si l’urbanisation dans la région est marquée par l’essor des mégalopoles et l’étalement urbain, les villes sont également caractérisées par une fragmentation spatiale, source d’inégalités et de violence urbaine. La variété des conditions climatiques et géographiques a produit des paysages urbains très divers. La relation entre les villes et l’environnement, ainsi que leur exposition aux risques naturels constituent des caractéristiques régionales importantes.

La régénération urbaine, qui a connu un essor important dans les années 1990, a continué de se développer au cours des dernières décennies. La rénovation des espaces publics est ainsi devenue une priorité dans les politiques locales.

Malgré un engagement politique croissant en faveur de la conservation urbaine, les effets de celle-ci sur les phénomènes plus larges de développement urbain ne sont pas assez pris en compte, ce qui plaide en faveur d’approches plus globales dans la gestion des villes.

Si la conservation et la régénération urbaines ont été traditionnellement mises en oeuvre par les pouvoirs publics, un nombre croissant d’acteurs très divers – issus de la société civile et du secteur privé – y contribuent désormais, ce qui permet le développement de partenariats innovants. Il demeure impératif de résoudre la question du logement dans les quartiers historiques, souvent affectés par des phénomènes de gentrification ou par un recul progressif du nombre de résidents.