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Sept pays s’affirment comme les fers de lance de la Quatrième révolution industrielle. Le Rapport mondial sur les technologies de l’information du Forum économique mondial distingue sept pays pour leur excellente performance en matière de fructification économique des investissements réalisés dans les technologies de l’information et de la communication (TIC)

Voir notre article : World Economic Forum/« Rapport mondial sur les technologies de l’information 2016 »  : le Maroc, classé 78ème, ne tire pas profit des avantages des TIC.

À l’échelle du globe, le rapport constate une augmentation générale de la capacité d’innovation des pays, même si seuls un petit nombre d’entre eux sont parvenus à ce jour à traduire ces investissements en retombées économiques ou sociales significatives.

Singapour trône en première place de l’indice NRI (Networked Readiness Index : indice de préparation aux réseaux) du rapport, suivie par la Finlande, la Suède, la Norvège et les États-Unis

À l’échelle mondiale, la Finlande, la Suisse, la Suède, Israël, Singapour, les Pays-Bas et les États-Unis caracolent en tête de la course par leur capacité à tirer profit des investissements dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour générer un impact économique, selon le Rapport mondial sur les technologies de l’information 2016 publié ce jour par le Forum économique mondial.

En moyenne, ce groupe de nations économiques performantes au sommet du pilier Impact économique de l’indice NRI, affiche un score 33 % supérieur à celui des autres économies développées, et 100 % supérieur à celui des économies émergentes et en voie de développement. Ces sept pays sont connus pour avoir adopté très tôt et avec enthousiasme les TIC, et leur émergence est d’autant plus significative qu’elle démontre que, dans un environnement de facteurs favorables marqué notamment par une saine réglementation, une infrastructure de qualité et une main-d’oeuvre compétente, le déploiement des TIC est en mesure d’ouvrir la voie à des avantages plus vastes.

L’échappée belle de ces sept nations économiques envoie des signaux forts aux autres pays, étant donné le rôle que la « préparation aux réseaux » est susceptible de jouer au moment où l’on assiste à une transition mondiale vers la Quatrième révolution industrielle. Le Rapport mondial sur les technologies de l’information 2016 constate la grande confiance des décideurs économiques dans l’accroissement de la capacité d’innovation, laissant ainsi entrevoir le début d’une accélération de l’impact économique et social des TIC dans les autres économies. Toutefois, à titre de mise en garde, les données NRI avancent également que les particuliers font preuve d’un enthousiasme bien plus grand que les gouvernements et les entreprises en matière d’adoption des TIC ; alors qu’aucune évolution sensible n’est décelable depuis 2012 dans certaines régions.

 

 

Singapour à la première place de l’indice NRI ?

 

L’édition 2016 de l’indice NRI sur la préparation aux réseaux place Singapour en tête des pays susceptibles d’exploiter les TIC pour générer des impacts économiques et sociaux. La Finlande, ex-numéro un en 2014, figure pour la seconde année consécutive en seconde position, suivie par la Suède (3e), la Norvège (4e) et les États-Unis (5e), ces derniers ayant gagné 2 places. Les autres économies du top 10 sont les Pays-Bas, la Suisse, le Royaume-Uni, le Luxembourg et le Japon.

Tandis que les échelons supérieurs de l’indice NRI démontrent encore une fois une forte corrélation entre la préparation aux réseaux et le revenu par habitant, près de 75 % des pays listés dans l’indice cette année ont amélioré leur score en 2016. Néanmoins, tant à l’échelle mondiale qu’au niveau des régions, la convergence reste difficile à atteindre, quatre régions – Eurasie, Europe émergente, MENAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Pakistan) et Afrique subsaharienne – ayant vu leur écart se creuser un peu plus depuis 2012 entre la mieux préparée et la moins bien préparée aux réseaux.

Quant aux grands marchés émergents également inclus dans l’indice NRI, la Russie conserve sa 41e place. Elle est suivie par la Chine, qui gagne 3 points et s’établit à la 59e place. L’Afrique du Sud affiche une progression remarquable de 10 points pour atteindre la 65e place, tandis que le Brésil est en partie parvenu à redresser la barre pour atteindre la 72e position cette année et que l’Inde perd deux points et descend à la 91e place.

L’Europe reste à l’avant-poste de la technologie avec pas moins de sept pays dans le top 10. L’écart de performance s’avère toutefois important, la Grèce perdant quatre points pour s’établir à la 70e place, et la Bosnie-Herzégovine fermant la marche en 97e position. Plusieurs pays d’Europe de l’Est, notamment la République slovaque, la Pologne et la République tchèque, font des bonds en avant et se hissent dans le top 50 de l’indice NRI. Un succès dû en grande partie à des prix plus abordables et à des améliorations significatives de l’impact économique et social. Une percée remarquable est également à noter du côté de l’Italie, qui gagne 10 points et figure désormais à la 45e place, l’impact économique et social des TIC commençant à porter ses fruits (progression de 18 places dans le classement de l’impact mondial – « Global Impact »).

La région Eurasie poursuit sur sa lancée ascendante avec un indice NRI moyen en hausse significative depuis 2012. Une amélioration indéniable est observée tout particulièrement au niveau des quatre rubriques qui composent l’indice, à savoir l’environnement, la préparation, l’utilisation et l’impact. La locomotive de la région est le Kazakhstan, qui poursuit sa trajectoire ascendante de ces dernières années pour s’établir à la 39e place.

La Malaisie est en tête du peloton des économies de l’Asie émergente et gagne un point en 2016 pour se hisser à la 31e position au classement général. Le pays confirme sa bonne performance, largement soutenue par un gouvernement entièrement impliqué dans le déploiement de l’agenda numérique. Le top 5 de la région en termes de préparation générale aux TIC est inchangé par rapport à 2015 : Malaisie, Mongolie, Thaïlande, Chine et Sri Lanka. Le groupe des pays de l’Asie émergente progresse et les écarts tendent à se resserrer depuis 2012. Si le taux d’usage individuel de la région reste l’un des plus faibles du monde, il connaît une forte hausse depuis quelques années.

La fourchette de performance par pays dans la région d’Amérique latine et des Caraïbes reste très large, avec près de 100 places d’écart entre le Chili (38e) et Haïti (137e). Sur le front de la performance, aucune évolution marquée n’a été observée entre 2015 et 2016, le Chili et Haïti conservant leurs positions respectives tandis que la moitié des autres pays du groupe améliorent leur classement et que l’autre moitié recule. En termes de score absolu, néanmoins, la région progresse dans l’indice NRI et les écarts se resserrent depuis 2012. Afin de stimuler les forces d’innovation cruciales pour la prospérité dans le monde numérisé et pour la Quatrième révolution industrielle, de nombreux gouvernements de la région devront impérieusement renforcer leurs efforts pour améliorer leur cadre réglementaire et leurs environnements d’innovation.

Les Émirats arabes unis (26e) et le Qatar (27e) restent les locomotives du monde arabe en termes de préparation aux réseaux. Par ailleurs, deux pays de la région MENAP (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan) affichent deux des meilleures progressions de l’indice 2016 : il s’agit du Koweït (61e) et du Liban (88e) avec une hausse de 11 points chacun. Dans les deux cas, la performance est tirée par les particuliers, rattrapés dernièrement par le secteur des entreprises qui contribuent largement aux succès enregistrés. Alors que les gouvernements sont à la traîne sur le front du déploiement numérique (le Koweït et le Liban pointant respectivement à la 81e et à la 124e place), le secteur privé de ces deux pays se caractérise par le poids accru accordé aux TIC, qui transparaît dans la vision et les efforts des gouvernements pour améliorer le cadre réglementaire.

Sure le plan régional, dans la région MENA, le Maroc vient en 9ème posdition parmi les Top 10 des pays de cette région, à une place devant la Tunisie.

L’indice NRI souligne également que les plus belles progressions sont signées par un certain nombre de pays d’Afrique subsaharienne, dont l’Afrique du Sud (65e place, en hausse de 10 points), l’Éthiopie (120e, en hausse de 10 points) et la Côte d’Ivoire (106e, en hausse de 9 points). Le leadership sur le front du déploiement numérique est assuré par divers groupes de parties prenantes. Si les efforts sont très largement tirés par les gouvernements en Éthiopie et en Côte d’Ivoire, l’essor provient majoritairement du secteur privé en Afrique du Sud. Les plus grands défis à surmonter pour la Côte d’Ivoire sont l’infrastructure et l’attractivité des prix ; pour l’Afrique du Sud, c’est le renversement de tendance à la détérioration du climat des affaires et de l’environnement d’innovation ; quant à l’Éthiopie, il lui faut dynamiser l’usage individuel et les compétences dans le domaine des TIC.

L’économie numérique est un pilier essentiel de l’architecture de la Quatrième révolution industrielle. Pour que la technologie numérique soit en mesure contribuer, aujourd’hui comme demain, à générer des retombées économiques et sociales, les sociétés doivent anticiper son impact sur les marchés et garantir des conditions justes aux salariés travaillant dans les environnements de marché passés aux numérique. « De nouveaux modèles de gouvernance vont s’imposer », affirme Richard Samans, directeur du Centre for the Global Agenda et membre du directoire du Forum économique mondial de Genève.

« Les flux de données transfrontalières stimulent l’innovation et la croissance », explique Pastora Valero, vice-présidente des Affaires gouvernementales chez Cisco. « Les pays et les entreprises les plus innovantes savent que c’est la libre circulation des idées et des informations qui permettent le progrès des processus et des produits. Les initiatives qui encouragent la libre circulation des données sont déterminantes pour soutenir le caractère mondial de l’économie des données. »

La mesure de l’impact économique et social de l’économie du numérique est fondamentale pour élaborer des décisions stratégiques appropriées à la fois au sein des économies développées et dans les pays en voie de développement. « L’indice de préparation aux réseaux NRI est un outil précieux pour aider les dirigeants de la sphère publique et du secteur privé à exploiter tout le potentiel des technologies », atteste Soumitra Dutta, Cornell University.

« Le “numérique” est plus qu’une simple question de technologie. C’est un état d’esprit, et la source de

nouveaux modèles d’entreprise, de nouveaux schémas de consommation, et de nouvelles pistes qui s’offrent aux entreprises et aux particuliers pour organiser, produire, échanger et innover. Dans le jeu planétaire de l’innovation numérique, la performance et le progrès réalisés par les économies émergentes telles que Singapour, les Émirats arabes unis ou l’Afrique du Sud sont remarquables : ils annoncent probablement de nouveaux progrès, encore plus saisissants, en matière d’exploitation des technologies numériques au service de la compétitivité, de la croissance et du progrès social pour les années à venir », proclame Bruno Lanvin, INSEAD.

« Pour aller de l’avant, il sera crucial de renforcer les efforts en matière de collecte de données afin de mieux suivre les impacts distributionnels des transformations actuellement à l’oeuvre. Ainsi, il sera possible de façonner l’économie numérique dans un sens bénéfique à maints égards », affirme Silja Baller, Forum économique mondial.

 

Que nous enseigne le Rapport mondial sur les technologies de l’information 2016 sur la Quatrième révolution industrielle ?

En plus de livrer des informations claires sur la performance des différents pays en matière de déploiement de la révolution numérique, le rapport relève un certain nombre d’évolutions observées en 2016 dans l’adoption des TIC :

Quelle est la part du numérique dans les innovations ? Au moment où la numérisation de l’économie mondiale s’accélère, il semble que l’innovation se définisse beaucoup moins au sens étroit de la technologie. Par exemple, si le rapport note une progression de l’innovation des modèles d’entreprise dans plus de 100 pays, il pointe en revanche une stagnation du pilier Utilisation commerciale. Il convient d’en déduire que si l’innovation est une priorité absolue pour de nombreuses entreprises, ces dernières laissent encore leur échapper des opportunités qui leur permettraient d’accroître les retombées grâce à l’adoption des TIC.

Les brevets sont en recul en tant qu’outils de mesure de la capacité d’innovation : tandis que les esprits des dirigeants économiques du monde entier sont de plus en plus occupés par la question de l’innovation, on assiste à un recul inexorable des outils traditionnels de mesures de l’innovation, tels que le nombre de dépôts de brevets, qui ne fournissent qu’une image de plus en plus réduite de l’histoire. Ce constat peut être lié au fait que la transformation en cours est alimentée par un type d’innovation différent, fondé de plus en plus sur les technologies numériques et sur les nouveaux modèles d’entreprise auxquels ces dernières ouvrent la voie.

La fracture numérique, qui demeure un défi chronique, est en train de s’aggraver : sur les 12 piliers couverts par le rapport, l’infrastructure est celui où les progrès sont les moins marqués. Pire encore: depuis 2012, les pays en queue de peloton enregistrent une détérioration de leur infrastructure en termes absolus. L’infrastructure est un facteur clé de la préparation des pays aux réseaux, à côté de l’attractivité des prix et des compétences, jouant le rôle de passerelle vers un usage accru des TIC et, in fine un impact économique et social renforcé.

En matière d’impact social, un nouvel essor s’avère nécessaire dans les domaines cruciaux, même si le constat global indique une tendance à la hausse : si le pilier de l’impact social de l’indice NRI affiche une évolution globalement positive depuis 2012, la plupart des régions enregistrent un recul de l’une de ses composantes majeures, à savoir l’impact des TIC sur l’efficacité gouvernementale. Un autre indicateur essentiel de l’impact social, les TIC et l’accès aux services de base, entame un redressement en 2016 après plusieurs années de déclin. Ce constat indique qu’un nombre croissant d’individus jouissent des avantages d’un accès en ligne aux services de santé, de finance, d’assurance et autres. Les plus fortes hausses de l’impact social dans leur ensemble ont été enregistrées dans les pays aux revenus les plus élevés.

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